L’équipe canadienne de natation artistique a interrompu ses activités à la suite d’allégations formulées par ses athlètes.

Donna Spencer
La Presse Canadienne

La cheffe de la direction de l’organisation, Jackie Buckingham, a refusé de préciser la nature des allégations jeudi.

Elle a cependant mentionné qu’une enquête était en cours au sujet de la conduite du personnel au centre d’entraînement national situé à Montréal.

« Nous avons suspendu nos opérations pour une courte période de temps, espérons-le, pendant que nous procédons à une enquête interne pour colliger les informations qui nous ont été transmises par quelques athlètes et d’autres intervenants près de l’équipe », a déclaré Buckingham à La Presse Canadienne.

« Il y a eu des commentaires liés à la conduite. Certains portent sur la sécurité de nos athlètes, qui est une priorité pour Natation artistique Canada », a-t-elle ajouté.

Selon Radio-Canada Sports, « une firme externe a été mandatée pour enquêter sur des allégations d’abus et de harcèlement ». Des propos envers les communautés noires, musulmanes et LGBTQ auraient été tenus par l’entraîneur-chef de l’équipe Gabor Szauder et auraient offensé des athlètes.

PHOTO TIRÉE DU SITE INTERNET DE NATATION ARTISTIQUE CANADA

Gabor Szauder

« Je ne veux pas discuter d’allégations spécifiques, de plaintes ou de mots qui auraient été utilisés parce que nous entendons des versions contradictoires », a évoqué Buckingham.

« Nous voulons nous assurer qu’avant de nous prononcer sur cet enjeu, nous sachions précisément ce à quoi nous sommes confrontés en compagnie de nos athlètes », a-t-elle renchéri.

L’équipe canadienne de natation artistique, jadis connue sous le nom de nage synchronisée, a récemment repris l’entraînement au Centre sportif du Parc olympique après avoir interrompu ses activités à cause de la pandémie de COVID-19.

L’équipe nationale, qui comprend 18 nageuses des quatre coins du pays, a interrompu ses entraînements lundi.

La Québécoise Jacqueline Simoneau, qui avait terminé septième de l’épreuve en duo avec Karine Thomas aux Jeux olympiques de Rio en 2016, fait notamment partie de cette équipe.

Du groupe des 18, plusieurs d’entre elles ont décroché l’or aux Jeux panaméricains de 2019, assurant du même coup la place du Canada aux Jeux olympiques de Tokyo en 2021 dans l’épreuve par équipes et celle en duo.

Les Canadiennes ont repris l’entraînement le 17 septembre, après une pause provoquée par la pandémie de coronavirus.

« Nos athlètes ont vécu du stress intense à cause de la COVID-19 », a dit Buckingham.

« Elles sont affectées, elles se demandent si les Jeux auront lieu, elles se demandent si elles seront suffisamment prêtes pour faire partie de l’équipe, si nous serons en mesure d’atteindre nos objectifs en termes de performances, parce que nous avons passé beaucoup de temps à l’extérieur de la piscine.

« Nous devons travailler avec elles pour nous assurer qu’elles se sentent bien mentalement, et nous verrons à quel point elles ont été affectées, a-t-elle poursuivi. Notre objectif est de nous améliorer, et c’est ce que nous ferons. »

Les allégations proviendraient autant de l’intérieur que de l’extérieur de l’organisation, a souligné Buckingham.

Certaines d’entre elles auraient été formulées par le coordonnateur de la sécurité dans le sport du Tribunal arbitral du Sport (TAS), a-t-elle précisé.

Les organisations sportives nationales doivent répondre à certaines exigences sécuritaires du TAS, et une personne doit être désignée d’avance pour analyser les plaintes afin de recevoir le financement de Sports Canada.

Le Centre de règlement des différends sportifs du Canada fournit une unité d’enquête indépendante pour analyser les allégations de harcèlement et d’abus dans les organisations sportives.

À nous le podium (ANP) et l’Association des entraîneurs du Canada ont organisé la semaine dernière un sommet virtuel portant sur la sécurité dans le sport et s’adressant spécifiquement aux entraîneurs, lequel a attiré 180 participants.

Buckingham ignore si un représentant du TAS y a participé.

« Nos athlètes doivent nous dire ce qu’elles vivent afin de se sentir dans un environnement sécuritaire », a-t-elle martelé.

« Comment pouvons-nous travailler ensemble à une résolution qui leur permettra de se sentir à l’aise pour reprendre l’entraînement ? », a-t-elle conclu.