J’ai longtemps caressé le rêve un peu fou d’offrir un scénario de film sportif à Denys Arcand.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Je l’ai croisé pour la première fois lors d’un match de hockey amical il y a quelques décennies. Nous allions luncher après nos parties et je buvais chacune des paroles de ce grand cinéaste québécois. Des liens d’amitié se sont développés. Mon idole est devenue au fil des ans mon mentor.

Nous avons lancé en 2001 Paroles d’hommes, un livre sur les grandes questions existentielles avec Pierre Foglia, Guy A. Lepage, Richard Garneau, le père Emmett Johns Pops et lui. Je venais d’avoir 30 ans, je posais à ces hommes plus mûrs des questions que j’aurais posées à mon père, si j’en avais eu un.

Il valait mieux oublier le film de sport, cependant. Denys, dont le film Les invasions barbares lui avait valu l’Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2004 et les Césars (en France) du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario, sans oublier ses deux autres visites aux Oscars en 1989 pour Jésus de Montréal et en 1986 pour Le déclin de l’empire américain, n’en avait jamais fait et n’en ferait probablement jamais. « Trop difficile de trouver un acteur à la physionomie d’un athlète professionnel », me répétait-il.

Denys était d’ailleurs très pointilleux quand venait le temps de me nommer des films de sport réussis à ses yeux. Un seul revenait dans ses conversations : Chariots of Fire, un film britannique gagnant de l’Oscar du meilleur film en 1982. Ce film inspiré d’un fait vécu raconte la rivalité entre deux athlètes olympiques en 1924 : Harold Abrahams, victime d’antisémitisme et des barrières hiérarchiques sociales, et Eric Liddell, farouche protestant presbytérien pratiquant dont les convictions l’empêchaient de courir le dimanche.

Aux fins de ce texte sur les meilleurs films de sport, j’ai passé un coup de fil à Denys cette semaine, curieux de savoir s’il avait pu tomber sous le charme d’autres films sportifs ces 10 dernières années.

Son discours n’avait pas beaucoup changé.

Les films de sport les plus faciles pour “tricher” sont probablement la boxe. Tu filmes ça de très proche, tu fais des plans et tu coupes, de façon à ce qu’on ne remarque pas que les gars sont de mauvais boxeurs. Mais au tennis, au golf et au hockey, tu le vois tout de suite.

Denys Arcand

Le contexte de Chariots of Fire s’y prêtait bien également. « C’est de la course à pied. Tu ne verras pas la différence entre quelqu’un qui court relativement correctement et un champion du monde parce que c’est une question d’endurance, et l’endurance, ça ne se perçoit pas sur film. »

IMAGE FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Chariots of Fire est un film britannique, réalisé par Hugh Hudson, gagnant de l’Oscar du meilleur film en 1982.

Non seulement ce fameux film lui a plu sur le plan cinématographique, mais il a fait ressurgir de beaux souvenirs. « C’est l’atmosphère anglaise autour de ça, qui est toujours très belle. Ça se passe dans un très grand collège anglais à Cambridge et mon frère Bernard a fait son doctorat en anthropologie à Cambridge. Je lui ai rendu visite et j’ai joué au tennis sur leurs terrains de gazon. Je suis toujours demeuré un peu émerveillé par les lieux. Tout ce qui environnait ce film était très joli, la campagne anglaise. Les plans du début, sur le bord de la mer, sont fantastiques. Et puis, en plus, c’est un scénario assez bien fait. Le gars ne veut pas courir le dimanche et même le prince de Galles ne peut pas le faire changer d’idée. »

Denys Arcand a tout de même été séduit par d’autres films touchant le sport. « Moneyball [2011, réalisé par Bennett Miller, avec Brad Pitt] est intéressant, mais c’est un film sur l’arrivée des statistiques dans le sport. C’est le fun, mais ça n’est pas sur le jeu de baseball comme tel.

« Sinon, Million Dollar Baby [2004, réalisé par Clint Eastwood, avec Hilary Swank] est un superbe film, mais même si l’actrice n’est pas une vraie boxeuse, ils peuvent tricher avec un bon réalisateur et un bon monteur. Ça demeure un film magnifique. »

PHOTO FOURNIE PAR WARNER BROS.

En 2004, Clint Eastwood a joué et a réalisé le film Million Dollar Baby, qui met également en vedette Hilary Swank.

Notre cinéaste de 78 ans, grand sportif dans l’âme, fera probablement son deuil d’un film sur le sport. 

Il ne me reste plus beaucoup de films à faire et je ne crois pas en faire sur le sport, à moins d’une illumination.

Denys Arcand

« Les sportifs, comme je l’ai déjà dit, sont physiquement différents du commun des mortels. Si tu marches à côté de Vincent Lecavalier, tu sais que Vincent Lecavalier n’est pas un homme ordinaire. Jean Pascal, c’est pareil. Ce sont des spécimens humains hors du commun. Avoir un tel type de sportif qui a aussi fait le conservatoire, c’est une combinaison presque impossible.

« Là où ils ont essayé le mieux, c’est avec le film Tin Cup, poursuit Denys Arcand, dont le dernier film, La chute de l’empire américain, remonte à 2018. Ça a pris un an à Kevin Coster à apprendre à avoir un élan de golf assez crédible. La compagnie avait beaucoup d’argent et ils l’ont mis sur les meilleurs instructeurs américains. Mais le scénario est absolument pourri et ridicule. »

Denys Arcand est rentré de Floride ces dernières semaines. Il est en plein processus de création chez lui, au Québec. « Je voulais écrire un scénario extrêmement lentement, mais confiné à la maison, je réalise que j’écris à un rythme un peu plus élevé que ce que je croyais. »

Le confinement a ses avantages !

NOTE : Denys Arcand m’a écrit après l’interview pour vous donner une autre suggestion cinématographique : « Petit ajout sur les films de sport. J’ai vu un film suédois assez bon hier soir : Borg vs McEnroe (2017). On peut le trouver sur iTunes pour moins de cinq dollars. Évidemment, les acteurs sont doublés, mais c’est quand même intéressant. Le film essaie d’entrer à l’intérieur de la tête de Björn Borg. »