Seule sur son embarcation au milieu de l’Atlantique en 2013, Mylène Paquette a bien dû trouver des moyens de chasser les idées noires. Face à un quotidien bouleversé, et avec parfois l’impression de ne pas avancer, elle a dû se rattacher à quelques éléments positifs.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

La navigatrice est à même de dresser plusieurs parallèles entre son aventure de 129 jours en plein océan et le contexte actuel qui bouscule les habitudes, limite les rapports sociaux et oblige à faire preuve de patience.

Tout est une question d’attitude, indique-t-elle, lorsqu’on lui demande la meilleure manière d’affronter individuellement une période difficile.

« Ce que je dis souvent, c’est que la seule chose sur laquelle on a du contrôle, c’est notre attitude à adopter. Je me rappelle que j’étais confinée dans ma cabine et qu’il était dangereux de sortir sur le pont. Je me disais : “Bon, la chose la plus facile à faire, ce serait de chialer, mais c’est plus dur de te dire que ça ne te rendra pas service.”

« S’observer en train d’avoir une mauvaise attitude et en changer, ça demande beaucoup d’humilité. Il faut aussi être en mesure d’en parler à tes proches pour qu’ils t’aident à garder cette bonne attitude. »

Malgré toute la bonne volonté du monde, les moments de découragement ne sont parfois pas très loin. Sur une embarcation à rames océaniques, cela peut être occasionné par des systèmes dépressionnaires ou par une forte tempête qui nous fait dériver. Dans la tragique crise sanitaire, l’accumulation de mauvaises nouvelles a également de quoi jouer sur le moral.

La solution de Mylène Paquette en 2013 ? Sur une feuille de papier, qu’elle collait au plafond de sa cabine, elle écrivait cinq belles choses qui lui arrivaient dans la journée.

« Quand les idées moroses et l’attitude négative revenaient, je me couchais sur mon lit et je voyais ce que j’avais écrit. Je comprenais que, non, ce n’est pas vrai qu’il ne m’était arrivé que de mauvaises choses.

« Ça pouvait être le fait de croiser des baleines ou d’avoir eu une belle conversation avec des élèves d’une école. Après une dizaine de jours, c’est plus dur de trouver des éléments différents, mais ça m’obligeait à être à la chasse aux éléments positifs. »

La proximité physique

« C’est le fun de découvrir autre chose que la proximité physique », indiquait la navigatrice à La Presse avant son grand départ d’Halifax, en Nouvelle-Écosse. Il reste que, malgré les contacts radio avec son équipe, la solitude a tout de même fait son petit effet. Environ deux mois après ses premiers coups de rames, elle se rappelle un épisode qui avait illustré ce manque de contacts.

« Plusieurs oiseaux s’étaient endormis sur mon bateau. L’un d’eux était plus petit et il n’arrivait pas à prendre son élan pour partir. Il avait tellement peur que je sentais son cœur battre dans mes mains. Je me disais que j’étais en train de l’aider, mais je le remerciais aussi parce que cela faisait des semaines que je n’avais pas eu de contact avec un autre être vivant. La proximité avec un autre être vivant, c’est vraiment un privilège. »

PHOTO FOURNIE PAR MYLÈNE PAQUETTE

Mylène Paquette lors de sa traversée de l’Atlantique à la rame, en août 2013

L’après-traversée, ou la conclusion de n’importe quelle grande aventure, est également très riche en enseignements. Dans son cas, elle se rappelle les nombreuses entrevues, de longues conférences de presse et des sollicitations en tout genre. L’humeur oscillait entre la fierté de susciter un tel intérêt et la sensation d’être « pressée comme un citron ».

Un an plus tard, elle se sentait même « perdre l’équilibre » lorsqu’elle enchaînait les différentes conférences. « Je pleurais en me rendant chez mes différents clients. Il fallait que je sorte le trop-plein d’émotions qui m’accompagnait tous les jours. C’était le clash d’être sur scène, d’être ovationnée, applaudie, puis de me trouver seule dans mon auto. Ça a pris plusieurs mois avant que j’assume cette traversée-là. »

Au bout du compte, toute cette aventure l’a changée et rendue plus forte. Elle pense que cet épisode de la COVID-19 aboutira à une introspection individuelle et générale.

« On va regarder dans notre rétroviseur et se demander ce que l’on a appris. Qu’est-ce qui est important pour moi ? Qu’est-ce qui est important pour ma famille ? Il y aura peut-être des changements dans la façon d’aborder les choses ou de dire oui à des offres. Ceux qui ont perdu leur emploi vont peut-être changer de domaine parce qu’ils vont décider que leur famille est plus importante. »

Une pensée pour ses ex-collègues

Jointe en début de semaine, Mylène Paquette est en congé de maternité pour quelques semaines encore. Toutes ses conférences ont évidemment été annulées ce printemps. Dans les prochaines semaines, elle proposera à ses anciens clients une mini visioconférence adaptée à la COVID-19.

« Je ne fais pas ça gratuitement, mais presque. À ma façon, je veux apporter un baume à ces gens-là pour réitérer les points déjà partagés en conférence et les adapter à ce qu’ils vivent actuellement. »

En attendant, elle passe le plus de temps possible avec son fils de 10 mois. Elle a également une grosse pensée pour ses anciens collègues de l’hôpital Sainte-Justine. Elle y a longtemps été préposée aux bénéficiaires.

« À la blague, mais avec un fond de vérité, j’ai toujours dit que je retournerai travailler comme préposée en cas de mesures de guerre ou lors de situations extraordinaires. Mais comme je suis dans les personnes à risque, à cause de mon asthme, et qu’on a un bébé de 10 mois, mon chum me supplie de ne pas y aller. »