Le père a été entraîneur de volley-ball chez les Carabins. Le fils était joueur de ce même sport. Une page se tournera dans les prochaines semaines avec la retraite du premier et la fin de carrière universitaire du second au terme du Championnat canadien, à la mi-mars.

Pascal Milano
Pascal Milano La Presse

Jean-Pierre Chancy, ancien étudiant à l’Université de Montréal, ex-entraîneur de l’équipe féminine de volley-ball des Carabins, puis coordonnateur du sport d’excellence, fréquente le CEPSUM quasi quotidiennement depuis plus de 40 ans. Gabriel est aussi un habitué des lieux, ayant arpenté ses couloirs dans l’ombre du paternel avant de fouler les terrains comme passeur pendant cinq ans.

Et voilà que le père prendra sa retraite tout prochainement et que le fils mettra un terme à sa carrière universitaire à la fin du Championnat canadien de volley-ball, à la mi-mars.

« Je trouve ça symbolique, résume Jean-Pierre Chancy. C’est la fin d’un beau parcours qui a commencé depuis qu’il est né. En ce qui me concerne, Gabriel est un Carabin depuis qu’il est né. »

En 1995, année de naissance de son garçon, Jean-Pierre Chancy est entraîneur de l’équipe féminine depuis la saison 1989-1990. Parce que son propre frère avait besoin d’un entraîneur pour lancer une équipe au cégep, il est arrivé dans le milieu du volley-ball par le plus grand des hasards.

Après avoir été notamment impliqué avec le Club de volleyball Celtique et l’équipe collégiale de Bois-de-Boulogne, il a rejoint les Carabins, et les lieux qu’il connaissait déjà parfaitement, lors du lancement du programme féminin en 1989.

AU CEPSUM ou, parfois, lors des déplacements, il était accompagné de son jeune garçon Gabriel. Pas tannant pour un sou, le bambin était captivé par ce qu’il voyait.

La passion du volley-ball était très évidente chez lui. Avant même l’école primaire, il ne pensait qu’à ça et ne faisait que ça. Quand j’analysais des matchs sur vidéo, il m’accompagnait du début à la fin. Son livre de chevet n’était pas une bande dessinée, mais le magazine Volleyball Monthly.

 Jean-Pierre Chancy, au sujet de son fils Gabriel

« Dans mes cours d’éducation physique, je répétais les gestes que je voyais lors des entraînements de mon père, se rappelle Gabriel. J’avais toujours un ballon dans les mains et j’essayais d’enseigner à mes amis comment jouer. Au primaire, deux ou trois amis connaissaient mon historique de volley-ball et ils sont devenus assez habiles. »

On comprendra que le jeune garçon, qui a baigné très tôt dans le volley-ball (« Quand j’étais bébé et que ma mère jouait chez les seniors, elle prenait des pauses pendant les sets et les matchs pour pouvoir m’allaiter »), a vite été en avance sur les autres. On se doute également qu’il n’allait pas choisir un autre programme que celui des Carabins au moment d’entrer à l’université en 2015.

« Ça n’a pas été une décision très difficile, reconnaît-il. C’était quand même spécial de porter ce maillot. Toute ma jeunesse, je venais au CEPSUM, je me promenais et je regardais les autres jouer en me disant que je voulais faire ça moi aussi. C’était une belle réalisation. »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Jean-Pierre Chancy et son fils Gabriel quitteront les Carabins de l’Université de Montréal dans les prochaines semaines : le premier prend sa retraite, le second mettra fin à sa carrière au terme du Championnat canadien de volley-ball, à la mi-mars.

Gabriel Chancy, qui étudie en administration des affaires après un baccalauréat en droit, a obtenu le titre de recrue de l’année en 2016. Habitué des premières équipes, il a aussi été choisi, le mois dernier, comme athlète par excellence du Réseau du sport étudiant du Québec. En regardant dans le rétroviseur, une petite nostalgie est présente.

« Ça fait quand même cinq ans que j’ai la même routine, que je suis avec les mêmes joueurs et que je représente le même programme. Il y a un sentiment de tristesse, mais je suis fier de mon parcours et de celui de l’équipe. J’ai hâte de passer à autre chose. J’aimerais me trouver un contrat professionnel en Europe ou ailleurs dans le monde. »

Indépendance sportive

Jean-Pierre Chancy, en retraite progressive depuis juillet dernier, occupait le poste de coordonnateur au sport d’excellence après avoir décidé de quitter son rôle d’entraîneur en 2005. Il était responsable de la gestion de certaines équipes, des bourses, du respect des règles ou du projet académique des étudiants athlètes.

« Je dis souvent que je partage mon père avec 500 autres athlètes, mais c’est le sentiment qu’il a lui aussi », rigole Gabriel Chancy, âgé de 24 ans.

Il éprouve aussi le sentiment du devoir accompli après avoir contribué au rayonnement des équipes sportives de l’Université de Montréal. « Il faut comprendre que l’organisation est encore assez jeune. Dans les 25 dernières années, il y a eu énormément de croissance. Maintenant, les Carabins sont reconnus un peu partout dans le paysage sportif québécois et canadien. Je crois qu’il y a effectivement ce sentiment du devoir accompli et qu’il n’y a pas de mal à passer le flambeau à d’autres. »

Dans les dernières années, il a évidemment gardé un œil attentif sur l’équipe masculine de volley-ball. « Ce n’est plus le centre de notre relation », distingue cependant Gabriel. Une manière de dire que son père a pris un pas de recul pour mieux lui laisser la possibilité d’apprendre auprès des personnes impliquées sur le terrain.

« Depuis que je suis arrivé chez les Carabins, on parle beaucoup moins de volley-ball, dit Gabriel Chancy. C’était important pour lui et pour moi que je bâtisse mes relations avec les entraîneurs et que je commence à trouver mon indépendance dans le sport. »

Gabriel Chancy disputera ses dernières compétitions universitaires dans le cadre de la finale provinciale, dès vendredi au CEPSUM, contre le Rouge et Or de l’Université Laval. Les deux équipes sont déjà qualifiées pour le Championnat canadien qui aura lieu le week-end suivant à Winnipeg.

Ensuite, la page se tournera pour lui et son père. « Mais ce n’est pas parce que je prends ma retraite que je n’irai plus au CEPSUM », prévient Jean-Pierre Chancy.

Carabin un jour…