Un kilo, ce n’est pas grand-chose, n’est-ce pas ? Quelle différence peut-il y avoir entre soulever 134 kg et 133 kg ? Beaucoup de répétitions et de sueur, répond l’haltérophile Kristel Ngarlem, qui a récolté trois médailles à la Coupe du monde de Rome la semaine dernière en battant, au passage, son record à l’épaulé-jeté.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

« Pour le commun des mortels, un kilo, ça ne semble pas beaucoup plus, mais il faut le comparer au 100 mètres lorsque les coureurs essaient de retrancher des dixièmes de seconde. Ça prend quand même beaucoup de temps. Refaire le même temps est déjà un effort en soi », illustre celle qui concourt chez les moins de 76 kg.

En Italie, la Montréalaise a pris le troisième rang à l’arraché (99 kg) et au combiné (233 kg). Mais le clou du voyage a été cette première place à l’épaulé-jeté avec une barre record à 134 kg.

« J’avais déjà touché cette barre-là et même 135 kg, mais je n’avais pas exécuté le mouvement au complet. Généralement, il faut toucher la barre une fois avant d’être vraiment confiante et d’être certaine de la réussir au complet une deuxième fois », dit-elle.

Des mois de travail et une planification adéquate sont nécessaires pour acquérir la confiance qui mène à un nouveau record. À l’heure actuelle, elle a les yeux rivés vers les 135 kg lors des Championnats panaméricains, qui se tiendront du 17 au 24 avril en République dominicaine. Encore ce petit kilo supplémentaire…

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À plus long terme, elle s’est fixé l’objectif de soulever 138 kg à l’épaulé-jeté. Toute sa préparation est maintenant basée sur ce but. « Avant, je faisais du 80 % de 134 kg, maintenant, je fais du 80 % de 138 kg. Toute la moyenne d’entraînement est un peu majorée. C’est toujours en lien avec l’objectif que tu veux atteindre. »

Son entraîneur regarde énormément des vidéos de ses levers afin d’analyser le moindre mouvement. Lors de chaque entraînement, elle en travaille de trois à quatre spécifiquement. Au niveau des barres, elle fait bien quelques simulations dans les semaines précédant une compétition, mais il n’est pas toujours productif de soulever le poids érigé en objectif. « Ça peut être la barre à laquelle tu pars la compétition ou le deuxième essai », dit-elle.

Pour l’épaulé-jeté, il n’y a rien d’aussi semblable que l’adrénaline ressentie en compétition. C’est difficile à reproduire.

Kristel Ngarlem

À Rome, Ngarlem est également montée sur le podium de l’arraché en soulevant 96, puis 99 kg. Son record est de 100 kg en compétition et de 101 kg à l’entraînement. Par rapport à l’épaulé-jeté, elle est consciente d’être un peu moins performante.

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« C’est un mouvement qui est plus technique, et la marge de manœuvre est moins grande. Je le travaille, je m’améliore, mais ma progression n’est pas aussi grande que pour l’épaulé-jeté. Il va suffire que je réussisse un bon deuxième ou troisième essai et ça va fonctionner. »

Changement de préparation

Ngarlem, 24 ans, a récemment changé de préparateur physique. Hier, elle a d’ailleurs rencontré les médias au Centre d’entraînement Munéris Performance, où elle suit les conseils de Jean-Philippe Tessier.

« Il suivait mes compétitions et je suis allée avec lui pour son aspect technique dans les mouvements. On travaille beaucoup sur mes faiblesses d’épaules et d’autres aspects qu’il avait remarqués et que je n’avais pas travaillés depuis longtemps.

« Je crois que ça s’est reflété dans la performance à Rome. J’ai réussi cinq levers sur six, ce qui est une bonne moyenne. J’ai juste raté mon premier arraché, qui est pourtant une barre [95 kg] que je maîtrise et que je réussis à l’entraînement. »

Sitôt revenue de Rome, Ngarlem s’est projetée vers les Championnats panaméricains, qui détermineront sa présence ou non lors des Jeux olympiques de Tokyo (24 juillet au 9 août). En plus des huit athlètes les mieux placées au classement de la Fédération internationale d’haltérophilie, un billet est accordé lors des compétitions continentales.

La quête du ou des kilos supplémentaires à lever promet de s’intensifier…