Cette fois, ce devrait être la bonne pour Heidi Levasseur. Six ans après les premières discussions – lors d’un défi entre Montréal et Québec, et après un premier report, l’athlète devrait finalement traverser l’océan Atlantique à la nage en 2020. Son projet Atlantica, dont l’objectif est de sensibiliser les gens à la protection des océans, la conduira des côtes du Sénégal à celles du Brésil à partir du mois de décembre 2020. Au total, il devrait lui falloir de quatre à six mois pour parcourir les 3000 km.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

« Je ne suis pas encore nerveuse. Ça va peut-être arriver quand je vais m’approcher de la concrétisation du projet. Je suis surtout excitée parce que je vois les choses se placer de plus en plus, dit-elle. J’ai autant d’enthousiasme même si certains éléments ont pris d’autres formes. Le fond et le noyau n’ont jamais changé : je vais traverser l’Atlantique. »

On l’a dit, Atlantica est né en 2014 lorsque son massothérapeute a évoqué la traversée pour la première fois. Elle-même avait déjà cette idée un peu folle derrière la tête. À ce moment-là, se doutait-elle qu’elle allait embarquer dans un marathon de plus de six ans ? Qu’elle y passerait tout son temps jusqu’à faire des sacrifices dans sa vie quotidienne ?

« Ma famille me soutient beaucoup. On vit humblement, on fait du covoiturage et plein de choses comme ça qui réduisent les dépenses, illustre-t-elle. Je suis commanditée pour le gym, et les services de massothérapie et de chiropractie sont offerts. Ça m’aide à aller vers mon objectif. »

Un travail de longue haleine

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Le trajet Atlantica conduira Heidi Levasseur des côtes du Sénégal à celles du Brésil à partir du mois de décembre 2020.

Au départ, elle avait prévu réaliser son aventure dans un laps de temps de deux ou trois ans. Très vite, cependant, elle a compris qu’il lui faudrait plus de temps pour approfondir le sujet. Elle s’est notamment rendue en France à plusieurs reprises afin de consulter des navigateurs et des aventuriers qui auraient envisagé des expéditions similaires.

Une aventure comme ça, ça ne s’est jamais fait, alors c’est dur de savoir à quoi s’attendre. Il n’y a pas de référence. Il faut prendre les morceaux un peu partout et les mettre ensemble.

Heidi Levasseur

« Oui, le projet a changé depuis le début. Il y a eu des ajustements et des lâcher-prises. »

Par exemple, elle avait initialement prévu un trajet entre le Canada et la France. Ce sera plutôt entre le Sénégal et le Brésil, soit la plus courte distance entre les continents africain et sud-américain. En termes de rythme, elle avait imaginé nager pendant trois jours suivis de plages de récupération d’une journée.

« On va vouloir s’adapter aux conditions de la mer. Si les conditions sont bonnes pendant quatre ou cinq jours, on va essayer d’en profiter le plus possible. Si c’est dangereux, je vais plutôt prendre du repos. Il n’y aura pas un tempo prédéfini. »

Une donnée fixe

Un élément n’a cependant pas évolué. Le meilleur moment de l’année pour démarrer le projet est en décembre. À cette période-là, les risques de tempêtes et d’ouragans sont très faibles, précise-t-elle. Initialement, l’aventure était d’ailleurs prévue pour décembre 2019.

« Je vois [ce report] de manière très positive même si, sur le coup, ma réaction était différente. Quand, en juin dernier, mon directeur et moi avons parlé de la repousser, j’ai dû prendre quelques respirations. Mais ça me permet d’être encore plus préparée, d’augmenter la notoriété et les partenariats. De toute façon, je ne pouvais pas partir sans bateau. Des fois, avec les grands projets comme ceux-là, il faut prendre le temps nécessaire. »

Aujourd’hui, le bateau accompagnateur – un catamaran à moteur d’une longueur de 19,50 m pouvant atteindre la vitesse de 15 nœuds – a été trouvé et l’équipage a été, en très grande partie, recruté. Elle pourrait toutefois ajouter une ou deux personnes d’ici le départ.

Entraînement progressif

PHOTO FOURNIE PAR HEIDI LEVASSEUR

Heidi Levasseur à l'entraînement. Au total, il devrait lui falloir de quatre à six mois pour parcourir les 3000 km nécessaires pour relever son défi.

À travers les derniers préparatifs, elle doit aussi continuer à s’entraîner pour cette traversée qui nécessitera deux millions de coups de bras.

« L’entraînement doit être progressif et, par ailleurs, il faut tenir compte du boulot que j’ai encore à faire. Je dois maintenir mon énergie à tous les niveaux. À un an de l’aventure, c’est plus un maintien que je fais avec de l’entraînement à la piscine et du gym. Il y aura une progression au printemps, puis une activité en eau libre durant l’été. »

À l’automne, la grosse préparation va s’enclencher. De septembre à décembre, il y aura plusieurs pratiques en mer.

Heidi Levasseur

Et en décembre, donc, elle se jettera finalement à l’eau pour le projet d’une vie qui a nécessité tant de démarches sur le plan du financement. Entre le catamaran, les salaires de l’équipage, les assurances et les équipements – dont une combinaison anti-requins et un appareil GPS qui permettra d’homologuer la traversée, il lui a fallu trouver plus d’un million de dollars.

« J’ai gardé le cap durant toutes ces années. Chaque fois qu’il y avait des embûches, il y avait toujours une petite voix qui me disait : “Je vais essayer d’une autre façon, je dois trouver une autre personne pour telle chose ou je dois continuer parce que je n’ai pas tout fait pour réussir.” À ma surprise, les choses se placent, même si tout n’est pas encore ficelé. Il y a plus de bonnes nouvelles maintenant qu’il y a deux ou trois ans. »