Quatre mois plus tard, l’ex-entraîneur-chef de l’équipe masculine de patinage de vitesse sur courte piste ne s’explique pas son congédiement.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

La préparation pour sa deuxième saison était enclenchée depuis deux mois et demi quand Éric Bédard a reçu un appel à son bureau à l’aréna Maurice-Richard, à la fin de juin. Ses patronnes voulaient le voir.

Après avoir dirigé sa séance matinale, l’entraîneur de l’équipe masculine canadienne de patinage de vitesse sur courte piste a donc traversé l’Esplanade du Parc olympique pour se rendre à l’Institut national du sport du Québec. Susan Auch, chef de la direction de Patinage de vitesse Canada (PVC), et Jennifer Cottin, directrice haute performance pour le courte piste, l’attendaient dans une salle.

De but en blanc, les deux dirigeantes lui ont annoncé son congédiement, 11 mois après son embauche. « Ça s’est fait froidement. Très, très froidement », raconte Bédard. Sa demande de retourner à son bureau lui a été refusée.

Quatre mois et demi plus tard, l’ancien coach était un spectateur attentif à la Coupe du monde de Montréal, le week-end dernier. Entre deux conseils à des clients à son stand de Nagano Skate, entreprise spécialisée en équipements de patinage dont il est coactionnaire, il n’avait qu’une volée de marches à monter pour suivre l’action sur la glace.

Dans le milieu, personne n’arrive à expliquer son départ subit. Bédard lui-même ne comprend toujours pas pourquoi l’équipe canadienne lui a montré la porte.

Je n’ai aucune idée de ce qui est arrivé. Ils m’ont dit : c’est un licenciement basé sur une réorganisation et des contraintes budgétaires. […] Ils n’ont pas voulu m’en dire davantage.

Éric Bédard

Arrivé en catastrophe en août 2018 pour suppléer à Derrick Campbell parti entraîner la Chine, Bédard a hérité d’un groupe démotivé et laissé un peu à lui-même. Il défend son bilan.

« Tout ce que je peux dire, c’est que les gars étaient bien contents quand je suis arrivé. Oui, les entraînements étaient durs et intenses, mais il fallait rattraper le temps perdu durant l’été. On a eu une belle saison côté résultats : un record canadien au 500 m [Steven Dubois à Salt Lake City, NDLR] et un autre au relais. »

L’homme de 42 ans pensait s’être attiré la faveur des dirigeants de PVC. Il souligne avoir été nommé chef d’équipe pour trois des cinq Coupes du monde et aux Championnats du monde de Sofia, en plus de remplir ses fonctions d’entraîneur. Au printemps, il a aussi dirigé un stage préparatoire en Arizona.

« Vraiment fâché »

Il affirme n’avoir rien vu venir. « J’étais vraiment fâché de la situation, surtout que je n’avais eu aucun avertissement sur le plan du comportement, de la structure ou de la planification d’entraînement. Au contraire, ils me donnaient des responsabilités supplémentaires. Ils étaient satisfaits.

« En mars, j’ai même eu une évaluation annuelle avec Shawn Holman [chef du sport de PVC] et Jennifer Cottin. Tout allait bien. Je n’ai pas eu de réprimande verbale ou par écrit. »

Dernier arrivé dans le groupe d’entraîneurs, le triple athlète olympique et quadruple médaillé pense qu’il était peut-être le plus facile à tasser « sur le plan financier ».

Jennifer Cottin refuse d’entrer dans les détails qui ont mené au congédiement de l’entraîneur masculin, s’en tenant à la raison invoquée dans le communiqué initial.

« On a fait le changement parce qu’on voulait changer de structure de coaching, a indiqué la directrice haute performance. On y avait pensé avant ; on s’est dit qu’on ne le ferait pas tout de suite. À la fin de l’année, on a pris la décision que c’était le moment pour faire le changement de structure. On a dit : c’est l’année 1 [du cycle olympique], c’est le moment de faire le changement si on en a besoin. »

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

Éric Bédard ne comprend toujours pas pourquoi l’équipe canadienne de patinage de vitesse sur courte piste lui a montré la porte.

Sébastien Cros, un Français d’origine qui avait conduit l’équipe féminine à de beaux succès au début de la décennie, a pris la relève de Bédard. Après quelques années en Pologne et en Russie, il était revenu au Canada en 2017 pour prendre les commandes du programme NextGen et ensuite de l’équipe féminine de développement. Jonathon Cavar a repris les rênes et chapeaute maintenant les groupes féminin et masculin. Jeffrey Scholten, coach du groupe NextGen, le soutient dans ce rôle.

Cette structure est intérimaire, a précisé Cottin, qui doit embaucher un entraîneur-chef national qui supervisera les équipes féminine et masculine.

« Au Canada, on a toujours eu un chef pour les femmes et un chef pour les hommes. On voulait garder cette structure, mais aussi mettre quelqu’un en place qui a une responsabilité technique sur l’ensemble du programme et qui assumera un alignement total. Ce changement-là faisait en sorte qu’on avait besoin de faire un changement dans le staff. »

L’objectif est de dénicher ce nouvel entraîneur-chef national avant le début de la prochaine saison.

Girard et Cournoyer

Le renvoi de Bédard est survenu un mois après la retraite surprise du médaillé d’or olympique Samuel Girard à l’âge de 22 ans. Le double médaillé Charle Cournoyer, 28 ans, est lui aussi parti sur ces entrefaites.

Si ces retraites – surtout celle de Girard – ont secoué le milieu, impossible d’établir un lien direct avec le départ de l’entraîneur originaire de la Mauricie. Le vétéran Charles Hamelin n’était pas d’accord avec ce changement, même s’il s’est rallié à Cros, dont il estime les compétences.

À l’évidence, Bédard a conservé de forts liens avec ses anciens athlètes. La majorité d’entre eux, dont Girard, ont participé aux camps pour jeunes organisés par Nagano Skate, l’autre volet de l’entreprise dont Hamelin est aussi actionnaire. Les Dubois, Pascal Dion et Cédrik Blais sont aussi venus le visiter dans les coursives de l’aréna Maurice-Richard durant la Coupe du monde.

Encore « amer » des circonstances de son renvoi, déçu d’avoir perdu un job de rêve sans avoir véritablement eu le temps de faire ses preuves, Bédard refuse de s’apitoyer sur son sort. Et continue de partager sa passion pour le patinage de vitesse.