Les premières suggestions, lorsque l’on tape le nom de Maxime Leboeuf dans un moteur de recherche, l’associent à la course à pied et à la Banque du Canada. S’agit-il d’homonymes ? Non, tout simplement de la même personne qui concilie les deux sphères avec succès. Cet ancien membre de l’équipe nationale de biathlon et actuel économiste senior collectionne les bons résultats en course à pied, avec des raquettes ou sur des skis.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

Ces dernières semaines, son attention s’est cependant portée sur le marathon de Montréal, où il essaiera de battre son record réalisé en 2015 à Boston (2 h 25 min 10 s). Une saine rivalité avec son grand frère, plus rapide de 90 secondes lors du marathon de Zurich ce printemps, a servi de premier déclic à un retour sur la distance.

« Ça fait longtemps que je voulais refaire un marathon, mais je n’étais pas très motivé à m’entraîner. C’est quand même difficile avec mon horaire et je suis un peu tout seul dans ma région. Qu’il ait fait ce temps, ça m’a donné un petit coup de pouce, raconte l’homme de 32 ans qui travaille à Ottawa. Avec ma femme, on va aussi avoir un deuxième enfant en octobre et les deux prochaines années vont être plus difficiles. Le timing est parfait pour ce marathon en septembre. »

Le deuxième déclic est survenu au retour de deux semaines de vacances cet été. En plein cœur d’un sentier technique, il a réalisé qu’il filait à un rythme de 3 min 30 s/km. Au même moment, Maxime Leboeuf, qui cherchait un gros défi pour la deuxième partie de l’année, a pensé au marathon de Montréal. À moins de 10 semaines de l’évènement, il a donc entamé sa préparation particulière. Le parcours lui convient-il ?

« La difficulté, c’est la montée, juste avant le 30e kilomètre, qui arrive à un mauvais moment. Si tu es parti trop vite, elle va probablement t’achever et t’amener à un point difficile, répond-il. J’espère y arriver avec de bonnes jambes pour être capable de bien monter et de récupérer vite. » 

Les montées, c’est pas mal ma force avec toute la course en sentier, le ski de fond et la course en raquettes que je pratique. Je suis plus bâti que la plupart des coureurs et ça joue à mon avantage à ce niveau.

Maxime Leboeuf

Il s’est mis à la course en sentier, il y a cinq ans, afin de briser la monotonie qui peut parfois exister sur l’asphalte. Pour être plus précis, il avait besoin de trouver une source de motivation supplémentaire et de se mettre en quête de nouveaux records personnels. En juin dernier, il est devenu le champion canadien d’ultra-trail en remportant l’épreuve de 110 km lors du Québec Mega Trail (QMT). « Un beau baptême sur les longues distances », dit-il.

« Il y avait de l’incertitude parce que c’était ma première distance supérieure à 100 km. Je n’ai pas eu de gros moments difficiles en étant capable de maintenir le rythme du début à la fin. Mon corps et ma tête ont tenu le coup, c’est ça qui m’a surpris. Le résultat est relatif. Je savais que je pouvais bien faire et que, dans une bonne journée et avec un entraînement bien planifié, je pouvais peut-être rester avec Mathieu [Blanchard]. J’ai eu une journée exceptionnelle et lui a eu une journée très moyenne. »

À l’arrivée, l’économiste-coureur a retrouvé son rôle de papa. Il a porté son fils Éli lors des derniers mètres de l’épreuve. Pour le principal intéressé, ce geste signifiait beaucoup.

« Il y a des sacrifices au niveau de la famille. Je suis passionné, alors quand je pars six heures pour m’entraîner à Tremblant, c’est ma blonde qui reste à la maison, illustre-t-il. Je performe mieux depuis que j’ai un enfant parce que je m’entraîne mieux. On l’intègre dans notre processus et, par exemple, lors de ma préparation pour le QMT, je devais faire la moitié de mon millage avec la poussette. »

En quête d’équilibre

Par l’entremise de leurs parents, Maxime, son frère François et sa sœur Audrey ont très vite appris les bienfaits de la nature et de l’activité physique. Les trois se sont ensuite retrouvés au sein de l’équipe canadienne de biathlon. Maxime Leboeuf reconnaît avoir eu une « très bonne carrière chez les juniors », mais que le ressort s’est rapidement brisé au niveau senior.

« Je n’étais plus très motivé et j’avais le goût de retourner à l’école. J’avais de la difficulté à me dire que ma vie n’était qu’un seul sport. J’aime faire plein d’affaires, alors que j’avais l’impression de ne faire qu’un seul truc. Quand ça ne va pas bien, que tu es blessé ou que les résultats ne sont pas là, malgré les efforts, c’est vraiment difficile. »

En 2009, voyant que l’équipe olympique se remplissait et ne souhaitant pas revivre un autre cycle, il a tourné la page. À l’Université de l’Alberta, à Edmonton, il a trouvé l’équilibre qu’il avait tant cherché en se mettant à la course à pied. 

Ça a réorienté ma vision et ça m’a réconcilié avec le sport.

Maxime Leboeuf, à propos de la course à pied

Depuis, le polyvalent athlète s’est illustré sur différents tableaux. Il a déjà été champion du monde de course en raquettes (« Ça ne vaut pas une médaille en biathlon parce qu’il manquait beaucoup de gens [élite] »), a remporté le pentathlon des neiges et a gagné les quatre dernières éditions de la Coupe du monde de triathlon d’hiver. « C’est probablement le titre dont je suis le plus fier, parce qu’ils offrent du soutien financier à de bons athlètes pour qu’ils viennent se mesurer à nous. »

L’économiste – qui analyse les risques de vulnérabilité sur le système canadien – travaille à 60 % depuis deux ans et demi. Cela lui laisse donc deux jours par semaine pour s’entraîner et gérer Unis pour le sport, une organisation qui met en relation les athlètes de haut niveau et ceux qui veulent se perfectionner dans le sport. Elle offre, par exemple, des plans d’entraînement gratuits ou payants, selon les besoins.

« J’ai trouvé un équilibre qui est vraiment bon. Ça me permet de faire d’autres trucs sans me brûler. Quelqu’un qui travaillerait à temps plein et qui ferait tout ce que je fais, c’est pas mal sûr qu’il ferait un burnout. Ça fait beaucoup. »

Parole d’homme fort occupé depuis longtemps…