Lysanne Richard aurait détesté finir sa saison sur une mauvaise note, le week-end dernier à Bilbao. Non seulement la plongeuse de haut vol aurait dû ruminer une mauvaise performance jusqu’à la prochaine compétition, au mois de mai, mais un tel scénario n’aurait pas été représentatif d’une saison particulièrement constante en dépit des blessures.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

« Le plus gros défi de la saison a concerné ma santé », reconnaît d’ailleurs celle qui s’est finalement classée en deuxième position en Espagne. En haut de la liste, on retrouve encore les douleurs au cou. Ce cou l’avait obligée à rater de longs mois en 2017 et, elle le sait maintenant, qui ne « reviendra jamais à 100 %. » Cela a d’ailleurs été le fil conducteur de sa saison, qu’elle a tout de même conclue au deuxième rang du classement mondial de la FINA et au troisième rang de celui du Red Bull Cliff Diving.

« Je pensais que c’était réglé, mais j’ai commencé l’année avec une faiblesse au cou. Plus la saison avançait, plus il faisait des siennes. En Italie [le 2 juin], juste après la Coupe du monde en Chine, mon corps n’allait pas bien. J’ai eu un petit claquage au mollet. J’étais moins solide et j’avais moins de puissance dans mes départs, ce qui a aggravé ma blessure au cou. La situation a encore empiré aux Açores [le 22 juin] et j’ai dû prendre une pause. »

Les blessures sont un peu un défi dans mon cas parce que je suis vraiment plus vieille que les autres athlètes du circuit. Je rivalise souvent avec des filles qui ont 15 ou 20 ans de moins que moi.

Lysanne Richard, 38 ans

En ratant l’épreuve du Liban, le 14 juillet, Lysanne Richard est passée de la deuxième à la quatrième place du classement du Red Bull Cliff Diving. Des podiums à Mostar (Bosnie-Herzégovine) et à Bilbao lui ont ensuite permis de remonter en troisième place et d’aboutir à 10 points du rang précédent. L’Australienne Rhiannan Iffland, qui vient d’avoir 28 ans, a remporté la série en étant invaincue en 2019.

« Je suis quand même sa plus grande rivale et je suis la dernière à l’avoir battue l’an dernier, souligne-t-elle. L’année précédente, je l’avais battue trois fois aussi. Ce qui m’a nui, c’est la forme physique. Techniquement, mes plus beaux plongeons rivalisent avec les siens. Par contre, elle est vraiment plus constante. »

Maintenant que la saison est terminée, Lysanne Richard va prendre du temps. Du temps avec sa famille – elle est mère de trois enfants –, mais aussi du temps pour prendre soin de son corps. L’ancienne acrobate au Cirque du Soleil, qui a découvert le haut vol en 2014, va s’accorder une pause de plongeon, mais pas d’activité physique. Passionnée par son sport, elle « aurait le goût d’aller à la piscine demain ». Elle et son équipe ont cependant concocté un plan qui, elle l’espère, lui permettra de ne pas revivre les mêmes soucis physiques l’an prochain.

« Mon cou a besoin d’un congé des impacts répétitifs du plongeon. On n’a pas établi la durée de la pause, mais c’est certain qu’il n’y aura pas de haut vol pendant deux ou trois mois. Il y aura la réadaptation avec un programme de physiothérapie, puis la préparation physique que je compte faire intensément. J’ai envie d’être plus forte que jamais avant de refaire du plongeon. Ma blessure au mollet a montré que je ne l’étais pas assez. »

En raison de cette blessure au cou, elle a aussi dû procéder à quelques changements dans sa routine. Par exemple, elle ne prend pas le risque de réaliser de nouvelles figures même si certaines lui trottent dans la tête. En marge de compétitions, à Mostar et à Bilbao, elle a aussi fait l’impasse sur des plongeons lors des échauffements. Tous ces ajustements sont faits dans l’optique de disputer quelques saisons encore. Elle prend exemple sur le plongeur Orlando Duque, qui vient tout juste de prendre sa retraite à l’âge de 45 ans.

« À cause de la blessure et avant d’être obligée de prendre une pause, je me sentais vieille et je me disais : “Je pense que je suis sur la fin.” J’ai ensuite eu beaucoup de temps pour y penser et j’ai vu à quel point ça me faisait de la peine de manquer des compétitions. Je veux continuer longtemps, et c’est pour ça que l’on fait des compromis. J’ai 38 ans et je suis capable de continuer au moins aussi longtemps que [Orlando Duque]. Il me reste encore de belles années. »