Le téléphone sonne. C’est l’école. Au bout du fil, on avertit Maxime Tardif que sa fille de 9 ans, Lola, ne se sent pas bien. Sans connaître la gravité du problème, Stéphanie Simpson saute dans son véhicule pour aller chercher sa belle-fille.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

« Elle s’assoit et je vois qu’elle ne va vraiment pas bien. Je lui dis : “OK, est-ce qu’on va à la maison et tu te reposes ou on va directement à l’hôpital ?” Elle voulait aller à l’hôpital et, finalement, ils l’ont gardée quatre ou cinq jours », explique Stéphanie.

Verdict ? Une sévère crise d’asthme qui a nécessité une hospitalisation aux soins intensifs. Après cet épisode, Stéphanie a décidé de faire un geste pour venir en aide à l’Association pulmonaire du Québec et sensibiliser les Québécois aux maladies respiratoires. 

Tôt ce matin, elle s’est élancée dans le parc linéaire Le P’tit Train du Nord pour une course de 232 km entre Mont-Laurier et Bois-des-Filion.

Le tracé de ce défi n’a pas été choisi au hasard. Il y a quelques années, Stéphanie Simpson y avait parcouru 120 km lors d’une course qui démarrait à Mont-Laurier. Elle a aussi vécu quelques années à Saint-Sauveur, où sa mère avait l’habitude de faire des sorties à vélo sur la piste du P’tit Train du Nord. Car si l’histoire de Lola est le point de départ de l’aventure, le choix de la date, « très symbolique », est un hommage à sa maman, dont la fête tombe le 25 août. Elle a été emportée par un cancer en 2008.

« J’avais 23 ans et c’est arrivé très vite. On a appris qu’elle était malade au mois de septembre et elle est morte au mois de juillet l’année suivante. Je ne suis pas la personne qui parle le plus dans la vie et je crois que la course, que j’ai commencée à cette période, a été un moyen d’évacuer le stress. Au début, je ne pense pas que j’aimais vraiment ça, mais j’ai depuis développé une véritable passion », reconnaît la courtière hypothécaire qui coanime également la balado Les machines.

Il en faut forcément pour passer quelque 30 heures consécutives sur les routes. Jointe par téléphone jeudi matin, Stéphanie Simpson avait hâte de démarrer l’aventure qui a exigé une bonne préparation physique et logistique. Des accompagnateurs vont se relayer tout au long du parcours. Des personnes qu’elle ne connaît pas se sont aussi manifestées pour faire un bout de chemin.

« Ça a interpellé et ça touche plus de monde que je pensais », dit-elle. Et à l’arrivée, on imagine que Lola sera aux premières loges. « Depuis une rencontre avec des intervenants de l’Association pulmonaire, il n’y a plus eu d’épisode. Elle va super bien et, symboliquement, elle a même couru un marathon à coups de 1 mille [réparti sur plusieurs semaines]. »

Des ultras après la maternité

Stéphanie n’est pas une novice dans le monde de la course à pied et des défis d’endurance. Après une montée graduelle jusqu’au marathon, elle a franchi un cap et disputé ses premiers ultras à la suite de la naissance de son garçon, Charles, il y a cinq ans. À plusieurs reprises, elle a aussi passé 12 heures sur un tapis roulant.

L’ultra, c’est une course contre soi-même. Ça t’apprend beaucoup de choses et ça t’aide également dans la vie. Plus que le chrono et la performance, le but est d’accomplir un défi. Chaque fois, tu as un plan A, mais ça ne marche jamais, et tu te ramasses au plan Z. Tu développes une certaine capacité d’adaptation.

Stéphanie Simpson

Avec les années, elle dit aussi avoir développé une force mentale en écartant cette petite voix qui résonne parfois dans la tête de l’athlète fatigué. C’est celle qui lui dit de s’arrêter et qui le questionne sur ses motivations à faire de l’endurance.

« Dans ma tête, je sais que je vais me rendre jusqu’à la fin, dit-elle à propos de son aventure actuelle qui devrait se conclure demain, en début d’après-midi. Même s’il arrive quelque chose, peu importe, on va jusqu’au bout. Je sais que je vais faire les 232 km, c’est juste le temps qui est difficile à prévoir. »

Cette course n’est pas le seul grand défi de l’année 2019 pour Stéphanie. En tentant de s’inscrire à l’ultramarathon de Badwater, dans la vallée de la Mort, elle a vu qu’il lui manquait un peu d’expérience dans les courses supérieures à 100 milles.

Au mois de juin, elle a donc mis le cap sur Edmonton afin de participer au Survivorfest24. Sur une piste d’athlétisme, l’objectif était de parcourir la plus grande distance en 24 heures. Son résultat : près de 177 km, soit 442 tours de piste. Au passage, elle a gagné sa place dans l’équipe canadienne qui participera aux Championnats du monde de 24 heures en France, au mois d’octobre.

« Je ne pensais pas faire [les Championnats du monde] en début d’année, mais j’ai vraiment besoin d’engranger encore un peu de bagage avant de faire le Badwater. J’espérais mieux que 177 km, mais j’ai eu des problèmes de pieds et d’ampoules. »

Il lui a alors fallu passer au fameux plan Z…