(Mont-Tremblant) Un instant, Mirinda Carfrae était la redoutable triathlète prête à tous les sacrifices pour retrancher une seconde. L’instant suivant, elle était redevenue la maman d’une petite fille de 22 mois. C’est cette fillette, mignonne comme tout, qui l’attendait à la ligne d’arrivée pour lui remettre sa médaille.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

Carfrae a pris sa fille dans ses bras, puis a appelé sur Facetime son conjoint, Timothy O’Donnell, lui aussi triathlonien de renommée mondiale. La petite famille a partagé durant quelques minutes ce moment de pur bonheur.

Carfrae, qui est australienne, a bouclé le parcours en 4 h 11 min 51 s. Elle a devancé d’à peu près 6 minutes et demie l’Américaine Lauren Goss (4 h 18 min 20 s) et de presque 10 minutes la triple gagnante de l’épreuve, l’Américaine Meredith Kessler (4 h 21 min 23 s).

« Ma fille est une grande source de motivation. Je pense souvent à elle, surtout dans les moments plus difficiles. Je me dis que je suis à 30, 20, 10 minutes de revoir ma fille. Ça m’aide à me pousser. »

Lauren Goss, qui n’a pas d’enfant, s’est immiscée dans la conversation.

Elle est encore plus rapide depuis qu’elle est mère. Peut-être les hormones de mère. Et, surtout, elle ne réfléchit pas trop à la course, elle a d’autres choses dont elle doit s’occuper.

Lauren Goss

S’est ensuivie une intéressante (et inattendue) discussion sur la maternité et sur ses effets souvent sous-estimés sur la pratique du sport de haut niveau.

Mirinda Carfrae : « La perspective change. Le triathlon est mon travail, et je l’aime. Mais, si on me disait demain que je ne peux plus courir, ce serait correct. Je suis moins stressée par les détails. Avant, je pensais à tout. »

Lauren Goss : « C’est ce que, moi, je fais. »

MC : « Mais c’est naturel. Quand tu as un enfant, tu te dis que tu vas faire le mieux possible. Ça libère de tous ces petits stress qui nuisent à la performance. »

LG : « Je pense que je réfléchis trop. Les mamans se présentent au parcours, elles donnent tout. Tu ne joues pas dans la tête des autres (playing mental games, en anglais). Moi, je ne pense qu’à la course chaque minute de mes journées. C’est une bénédiction et toute une malédiction. J’aimerais avoir des distractions. »

Un air de garderie

Carfrae amène d’ailleurs sa fille un peu partout avec elle sur le circuit mondial. Kessler aussi avait amené son garçon de 22 mois à Mont-Tremblant, ce qui donnait au fil d’arrivée un sympathique air de garderie. La veille, Kessler avait joué à la piscine avec son fils, plutôt que de s’inquiéter des mille et un détails de la course. Elle avait profité de sa sieste pour régler tous ses dossiers, comme les demandes médiatiques et l’inspection des zones de transition. Quand son fils s’est réveillé, il a repris toute la place dans son esprit.

« Les gens me demandent comment je me sens avant les courses. Je n’y pense même plus. Je m’entraîne et je suis avec mon fils. Je n’ai pas le temps d’analyser comment je me sens, comment a été l’entraînement, ce que j’ai mangé, mon sommeil. C’est lui, la priorité.

« Je vais avoir 41 ans. Je suis passionnée, et ça a paru aujourd’hui. Je me suis perdue sur le vélo, j’avais l’impression de reculer. Mais j’ai changé ma mentalité pour essayer de bien courir en vue du podium. Une journée qui allait mal s’est plutôt bien terminée. »

Est-ce décevant de ne pas défendre mon titre ? C’est sûr, mais il ne pourrait pas y avoir une meilleure gagnante. J’étais seulement heureuse d’être sur le podium.

Meredith Kessler

Par ailleurs, Carfrae a été victime d’un accident pour le moins inusité à son arrivée à Mont-Tremblant. Elle s’est acheté un Coca-Cola en vitre, qu’elle a mis dans le coffre de sa voiture. Quand elle l’a ouvert, la bouteille a roulé, avant de tomber sur le sol et d’éclater. Un morceau de verre lui a profondément entaillé la jambe. Avouez que c’est la première fois que vous entendez une histoire comme celle-là.

« C’était assez sérieux pour que je reçoive six points de suture ! C’était superficiel, mais j’étais sous le choc. Comment ça a pu arriver ? Mais ça n’a rien changé à la course. Je n’avais pas le temps d’y penser de toute façon avec ma fille. Et je n’ai même pas eu besoin d’aller à l’hôpital, ils ont réglé ça dans ma chambre. »

Des fleurs pour l’Ironman 70.3

D’abord, pour quelqu’un qui n’a jamais mis les pieds au Ironman 70.3 de Mont-Tremblant, il faut savoir qu’il s’agit d’un évènement très impressionnant. Plus de 1500 bénévoles sont placés tout le long du trajet pour encourager, ravitailler et soigner les concurrents, et pour effectuer toute autre tâche connexe. Tout le monde sourit. Des familles de la région hébergent des athlètes.

Les exigences logistiques sont stupéfiantes, des armées de bénévoles donnent un coup de main, tant avec les combinaisons aquatiques qu’avec les piscines contenant le lait au chocolat à l’arrivée. Tout est réglé au quart de tour, même l’avion de chasse qui survole le lac à la seconde que le départ est donné. Surtout, la communauté entière est au diapason de l’évènement. Tout le monde se range derrière les exploits que sont en train de réaliser les athlètes, et les efforts ne passent pas inaperçus.

« L’ambiance est incroyable, a reconnu Carfrae. Ça ressemble à ce que tu vois aux Championnats du monde. Il y a plusieurs courses où personne ne vient nous encourager. Ici, tout le monde vient. L’ambiance est fabuleuse. »

« Je suis très chanceuse, a ajouté Kessler. J’ai gagné trois fois ici. C’est superbe. Je dis à mes amis du Vermont et de Boston de venir avec leurs enfants. Ils ont fait du trampoline, de la luge, toutes sortes d’activités. La communauté aussi se mobilise ; on pédalait et on voyait tous ces gens. C’est l’une de mes courses favorites. Aucune énergie n’égale celle-ci. »

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Jackson Laundry, vainqueur du demi-Ironman de Tremblant

Jackson Laundry s’impose chez les hommes

Dans la portion masculine, le Canadien Jackson Laundry a mis fin à sa malédiction en terminant en première position. Il avait terminé deux fois au pied du podium à Mont-Tremblant. Il a bouclé le trajet en 3 h 48 min 25 s, devançant ainsi de presque deux minutes et demie un autre Canadien, Brent McMahon. L’Américain Eric Lagerstrom a complété le podium. « Tu penses à une stratégie, mais tu dois toujours la changer », a dit Laundry, de Guelph, en Ontario. « Ma stratégie était de nager avec les meilleurs, mais ils se sont éloignés. J’ai dû reprendre du temps et changer de stratégie. Ça a bien fonctionné. Quand j’ai rattrapé le groupe, ça allait vraiment bien. » Laundry s’est félicité de son rythme à la course – il a couru le demi-marathon trois minutes plus rapidement que l’année dernière. Il a toutefois reconnu qu’il était plus en jambe que ses concurrents directs, dont l’horaire était plus rempli que le sien au cours des dernières semaines. « Ils ne sont peut-être pas au sommet de leur forme. Mais ces gars m’ont déjà battu, plus d’une fois. Ils vont me battre encore, et je vais les battre encore. »