Elle est 13 fois championne du monde, mais encore méconnue du grand public. Avec les Jeux olympiques de Tokyo à l’horizon, son statut risque de changer.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Les journalistes étaient d’ailleurs plus nombreux qu’à l’habitude au bassin olympique de l’île Notre-Dame, enfin chauffé par le soleil hier matin. En temps normal, il n’y en aurait eu aucun.

Nous étions donc une demi-douzaine à attendre Laurence Vincent-Lapointe, qui terminait un entraînement en vue des premiers essais de l’équipe nationale, présentés au même endroit de vendredi à dimanche.

La canoéiste de Trois-Rivières a d’abord posé quelques minutes pour les caméramans et photographes. Première observation : l’embarcation est très étroite, donc instable. Pas difficile d’imaginer que l’athlète, qui mesure aujourd’hui 1,82 m, a chaviré pendant deux ans avant de pouvoir maîtriser la glisse sur l’eau.

Depuis 2010, année de son premier titre, Vincent-Lapointe est donc la meilleure canoéiste de vitesse du monde, une discipline qui fera ses débuts attendus aux Jeux de Tokyo, dans moins de 450 jours.

« J’y pense pratiquement tous les jours. Ça me stresse. En même temps, c’est un bon stress. Quelqu’un qui n’est pas stressé pour une compétition, il ne performera pas, ne s’améliorera pas. » — Laurence Vincent-Lapointe au sujet des Jeux olympiques de Tokyo en 2020

Même les essais nationaux la mettent sur le qui-vive. Elle a beau être triple médaillée d’or aux derniers Mondiaux (C1 200 m et 5000 m, C2 500 m), elle ne tient rien pour acquis. En 2014, elle ne s’était pas qualifiée même si elle était également championne mondiale.

« J’étais trop occupée avec l’école et je ne me suis pas classée pour les Coupes du monde. Ça a donné le ton au reste de l’année. Ce n’est donc pas une brise pour moi, c’est vraiment important. Je me mets beaucoup de pression et ça a une grande signification. »

Une victoire en C1 200 m samedi scellerait sa place pour les Championnats du monde de Szeged, en Hongrie, à la fin d’août. Elle bénéficie de ce privilège en vertu de son titre aux derniers Mondiaux. Elle pourra réaliser la même chose avec sa coéquipière Katie Vincent en C2 500 m. Les autres postes pour le Canada seront alloués en Coupe du monde.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Laurence Vincent-Lapointe

« J’aime mieux que ce soit réglé et que je puisse passer à autre chose et me concentrer sur ma façon de ramer. »

À l’épreuve individuelle, Vincent-Lapointe se méfie surtout d’une adversaire, l’Ontarienne Vincent, sa partenaire en C2 et championne mondiale U23. Elles se sont côtoyées en Floride durant toute l’intersaison, ramant au moins deux fois par semaine ensemble sur le même bateau de C2.

« À la base, on est des coéquipières, mais on n’est pas des amies au sens propre, a précisé la Québécoise. On n’ira pas faire une journée de shopping juste toutes les deux. On côtoie les mêmes amies, donc ça va bien, sauf que c’est parfois difficile de faire la part des choses avec notre côté compétitif. […] Des fois, il faut juste se parler, parce qu’un manque de communication, ça arrive. »

Un métier

Depuis l’automne, Vincent-Lapointe a passé un total de 18 semaines en Floride, soit près du double par rapport à l’an dernier. Elle a mis ses études en veilleuse pour se le permettre. Ramer est devenu un métier, ce que l’athlète de 26 ans s’autorise maintenant à dire.

Elle se sent plus forte, mieux entraînée, malgré une période de doute durant l’hiver. « Jamais rien de gagné, a-t-elle noté. J’en parlais avec mon coach : on ne sait jamais qui peut arriver. Une fille qui sort de nulle part, qu’on n’a jamais vue. Ça arrive. Par exemple, les Chinoises se sont améliorées très soudainement l’année dernière. Ça a été surprenant. »

Aux Mondiaux, Vincent-Lapointe pourra qualifier le bateau olympique pour le Canada en terminant parmi les cinq premières. Elle songe plutôt à la victoire. En attendant Tokyo, où elle visera deux médailles d’or, rien de moins.

« C’est l’objectif que je me suis fixé. Oui, c’est assez ambitieux. Je pense que je suis capable. Ce n’est pas qu’un rêve lancé en l’air. C’est donc assez réaliste, mais ambitieux. »