Pour bien des amateurs de plein air, le début du printemps est un long purgatoire.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Pas moyen d’aller marcher dans les sentiers de randonnée pédestre ou de vélo de montagne, ils sont trop détrempés. Il est possible de dénicher une paroi sèche pour aller grimper, mais on s’expose à des chutes de pierres ou de glace.

Il n’y a que les pagayeurs qui apprécient l’entre-saison, avec la crue des rivières. À part ces chanceux, la plupart des amateurs de plein air vivent dans l’impatience.

Francis Tétrault, chargé du programme de vélo de montagne à Vélo Québec, connaît bien ce sentiment.

« J’ai un nouveau vélo que j’ai magasiné l'hiver dernier. Il est bien beau dans mon appartement, mais j’ai hâte de le sortir dehors. »

La saison de fatbike est pratiquement terminée, alors que la saison de vélo de montagne, elle, se fait attendre : il y a encore beaucoup de neige dans les bois, beaucoup d’eau. Bientôt, cela disparaîtra pour faire place à la boue. Rouler là-dedans risque d’endommager les sentiers.

Pour M. Tétrault, ce n’est pas tant une question environnementale qu’une question sociale.

« C’est surtout le fait que ce sont des groupes, la plupart du temps des bénévoles, qui font l’entretien de ces sentiers. Si on va rouler, ce sont eux qui devront réparer les dommages. Il faut avoir cette sensibilité-là et attendre un petit peu. » — Francis Tétrault, Vélo Québec

Il suggère de patienter en faisant la mise au point de son vélo, en faisant l’inventaire des accessoires nécessaires (casques, etc.) et en commençant à sortir dehors pour s’exercer à certaines manœuvres. Il suggère les terrains de stationnement ou les parcs urbains, qui sèchent souvent plus rapidement que les réseaux des régions.

« Le problème, c’est qu’une fois que tu as fait ça, tu as encore plus hâte ! »

Il suggère de profiter de ce temps de pause pour se joindre aux équipes de bénévoles afin de préparer les sentiers, notamment dans le cadre de corvées.

« Prendre un petit quatre heures dans un printemps où il ne se passe pas grand-chose, ça donne un gros coup de main. »

Difficile pour les randonneurs

Le début du printemps est aussi difficile pour les randonneurs, qui doivent éviter bien des sentiers à la fonte des neiges. Certains sont carrément impraticables en raison de la crue des ruisseaux.

« Il y a très peu de ponts dans notre réseau parce qu’on ne peut pas y faire accéder de la machinerie, indique Patricia Lefebvre, directrice générale du Parc d’environnement naturel de Sutton. Pour faire des ponts, il faut apporter le bois à dos d’homme. La plupart de nos ruisseaux sont donc des passages à gué. »

De plus, au début du printemps, les sentiers sont extrêmement vulnérables.

Pendant l’hiver, le passage des raquetteurs compacte la neige sur les sentiers. Au printemps, cette neige durcie est la dernière à fondre. Les randonneurs auront donc tendance à marcher à l’extérieur du sentier pour éviter ce monorail de neige.

Lorsque cette neige fond enfin, elle laisse un sentier très boueux.

« Ça incite également les gens à marcher à l’extérieur du sentier, note Mme Lefebvre. Or, ça ne prend pas beaucoup de personnes qui piétinent le même endroit pour compacter le sol et faire en sorte que ça ne repousse plus à cet endroit. On se retrouve avec une aire dénudée élargie. »

À Sutton, on ferme carrément les sentiers pendant cette période critique.

« On ne fait pas ça par caprice, mais pour que ça reste beau. »

Les grimpeurs en attente

Les grimpeurs aussi sont impatients.

« Ça nous démange, on est prêts à prendre certains risques », observe Alexis Beaudet-Roy, directeur des sites à la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade (FQME).

La saison d’escalade de glace est pratiquement terminée, à part peut-être dans certains sites de la Côte-Nord. Ailleurs, les cascades de glace encore présentes peuvent s’effondrer sans avertissement.

Plusieurs parois sont encore trop mouillées pour l’escalade de roche. Mais même les parois sèches peuvent présenter des dangers.

« Avec le gel et le dégel, des nids-de-poule se forment un peu partout, surtout dans des sites où la roche est un peu plus instable, indique M. Beaudet-Roy. Chaque année, il y a des blocs de roches qui ont toujours été solides qui décrochent. »

En outre, il peut rester de la glace au-dessus des parois. Il faut parfois prendre du recul pour l’apercevoir et réaliser le danger. Il y a donc fréquemment des accidents à ce temps-ci de l’année.

« En tant que responsable de sites, j’ai des frissons juste à penser qu’il y a tellement de grimpeurs en train de grimper actuellement », indique M. Beaudet-Roy.

Il note quelques autres restrictions : les sentiers d’accès à certaines parois sont encore fermés et la nidification de faucons entraîne la fermeture de certaines voies.

Il faudra encore patienter.

De leur côté, les amateurs d’eau vive n’ont plus à attendre.

« C’est maintenant que ça se passe », lance Josiane Rivest, directrice générale adjointe de Canot Kayak Québec.

« Quand ça fond, quand il y a des crues, toutes les rivières sont gonflées. Ça permet à certaines petites rivières d’être accessibles. L’été, le volume d’eau y est tellement petit que ça devient un champ de roches. »

Quant aux rivières qui restent accessibles l’été, elles deviennent plus grosses (et plus sportives !) avec les crues. Évidemment, il faut être habillé et équipé en conséquence.

« On ne prend pas le canot en fibre de verre entreposé derrière le chalet pour faire ces rivières-là », lance Mme Rivest.