La Presse vous propose chaque semaine un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Aujourd’hui : Stéphanie*, 66 ans

Publié le 27 février
Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

Stéphanie a eu plusieurs hommes dans sa vie. Et joué plusieurs rôles, aussi : la femme, la maîtresse, l’amoureuse. Aujourd’hui ? Après s’être longtemps cherchée, elle apprend à dire non. Entretien avec une femme libre qui sait ce qu’elle veut. Enfin.

Elle nous lit régulièrement. Réagit souvent. Et cette fois-ci, Stéphanie, 66 ans, a finalement accepté de se confier. C’est qu’elle en a long à raconter. Pas nécessairement en nombre, mais assurément en intensité. Alerte aux rebondissements.

Prenez sa première relation : un « traumatisme », résume-t-elle. Pourtant, l’aventure, à 17 ans, avec celui qui allait devenir son mari, a été « correcte ». Seulement monsieur, lui, a « regretté ». « Il avait regretté qu’on fasse l’amour la première fois », répète la coquette sexagénaire à la caméra, visiblement encore remuée, après toutes ces années. « Le fait de ne pas me sentir désirée, ça m’a marquée beaucoup. Est-ce que tous les hommes allaient être comme ça ? » Heureusement non, nous y viendrons.

« Ça n’a jamais été un homme fort sur la sexualité, poursuit-elle, et ça aura été le point faible de notre mariage. [...] Même pas une fois par semaine. Et quand je l’approchais, des fois, il ne voulait pas... »

Leur mariage s’est tout de même étiré sur plus de 20 ans. C’est qu’il était un bon père, précise-t-elle, et il était hors de question qu’elle le quitte, du moins pas avant qu’ils aient élevé leur enfant. « Briser ma famille, ça aurait été plus souffrant que ma “souffrance” à la maison... »

Je me disais : quand ma fille sera grande, je partirai.

Stéphanie

Et c’est exactement ce qu’elle a fait.

Sauf qu’entre-temps, Stéphanie a rencontré un autre homme. Un « homme à femmes », qui a aussi été son amant, presque toute la durée de son mariage. Ce qui lui a plu ? Non seulement il aimait « la femme » (« j’ai encore des émotions : je me sentais femme, accomplie, belle, je voyais que ça n’était pas un effort ! »), mais en plus, il ne voulait pas laisser la sienne. « Ça m’avait allumée : je ne voulais pas laisser mon mari non plus ! »

C’était un collègue de travail. Ils se voyaient quelques fois par mois. Et non, elle n’en est jamais tombée amoureuse. « On a eu des creux de vague. Je me disais : ça n’a pas de bon sens ! Ça durait six mois, et puis on recommençait... »

Quelque part, croit-elle, cet amant lui a aussi « sauvé la vie ». « Il a sauvé ma santé mentale, ah oui. [...] Mais c’est bizarre, j’ai arrêté de le voir la journée où j’ai divorcé. »

Et c’est limpide : « J’avais trouvé ma liberté. Et j’aspirais à une vie de couple sincère. Et fidèle. » Elle cherchait le bon, devine-t-on. Pas « ça ». « Ce n’est pas une vie, ça ! »

Au tournant de la quarantaine, sa fille élevée, Stéphanie se retrouve donc célibataire. « Et j’ai vécu mon adolescence », dit-elle en riant. Mais pas trop longtemps. « Ce n’est pas ça que je voulais, confirme-t-elle. Je voulais rencontrer un homme avec qui je me sentirais bien. »

Elle en fréquente un premier quelque temps, avant de rencontrer celui qu’elle appelle toujours (et malgré tout, vous comprendrez vite pourquoi) « l’homme de [sa] vie ». Leur histoire dure 10 ans. « Tout le monde l’aimait, se souvient-elle, on aimait les mêmes choses, [...] on voguait sur le même bateau, [...] on surfait sur la même vague. » Du moins, c’est ce qu’elle croyait. Parce que même s’ils avaient la sexualité la plus « normale » qui soit (« ce n’était pas tant sexuel qu’amoureux, il me regardait dans les yeux ! »), il a fini par être accusé d’agression sexuelle. Pire : sur une mineure. Stéphanie, qui ne s’épanche pas trop sur le sujet (il faut dire que monsieur est mort depuis), avoue avoir été ici « dévastée ». Et s’être sentie complètement « flouée ».

« Moi qui m’exprime beaucoup, j’ai fait fi de ça, je voulais vite passer à autre chose. J’avais peur de ne pas remonter la pente... », laisse-t-elle tomber.

Elle enchaîne ici, et sans trop de transition, avec le récit d’une énième rencontre. Un autre homme avec qui elle passe 10 autres années. Le bon ? Non, pas non plus. « Ça allait bien, mais... »

Mais ?

J’ai fait des choses pour faire plaisir, pour être aimée, j’ai été jusqu’à l’échangisme...

Stéphanie

Attention, elle n’a pas été « traumatisée », précise-t-elle. « J’ai été gâtée, des fois, j’étais mieux servie avec un autre, mais ce n’est pas ça que je veux dans la vie, finit-elle par réaliser. Dans le fond, ça n’était pas dans mes cordes. [...] C’est quoi ça, il a du plaisir à me voir avoir du plaisir avec un autre ? [...] Peut-être que ça convient à des couples, moi, ça a usé le mien. Je ne me sentais pas si aimée que ça. »

Il faut dire que depuis, Stéphanie a entrepris une « démarche », comme elle dit. Elle lit beaucoup, suit des ateliers de croissance personnelle. Bref, elle se cherche. « Qu’est-ce que je veux vraiment ? »

Ce faisant, elle a retrouvé une vieille connaissance, devenue depuis son amant. « Et il est tendre ! C’est ça, ce que j’aime ! Pas la grosse sexualité. Ça, c’était pas moi. Là, c’est moi l’important. [...] Il me regarde, moi... même si c’est un amant du dimanche soir. [...] Un doux moment du dimanche soir. [...] Et ça me convient pour l’instant. »

Parce que oui, vous l’aurez compris, monsieur, ce énième amant, est en couple. « Il dit qu’il ne se passe plus rien [dans son couple], mais ils disent tous ça ! », dit-elle en souriant. Tant pis (tant mieux ?), elle le voit comme un « baume ». « Il me fait du bien. Il comble un certain besoin. [...] Et moi, j’ai été franche : tu ne veux pas la laisser [ta femme] ? Ne la laisse pas. Moi, je suis bien seule. Je veux faire ma démarche. Ma croissance personnelle. Savoir ce que je veux. [...] Et je suis en train d’y parvenir ! »

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat.

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