Dans une classe de cinquième secondaire de l’école Sophie-Barat, dans le nord de Montréal, par un petit vendredi gris du mois de novembre, deux jeunes femmes s’attaquent à un sujet de taille : l’identité de genre. Il sera question des stéréotypes par rapport à l’identité sexuelle, des étiquettes qu’on s’appose, de l’importance d’entretenir des relations saines. Bref, le programme est bien rempli.

Publié le 28 nov. 2021
Catherine Handfield
Catherine Handfield La Presse

La première s’appelle Marylou Mucret et elle est cofondatrice de l’OSBL Nouveau cadre. La seconde se nomme Roxanne Aubry et elle est intervenante en persévérance scolaire pour Perspectives jeunesse. Depuis l’automne, les deux organismes font équipe pour offrir des ateliers d’éducation sexuelle dans quelques écoles secondaires de la métropole.

Et Nouveau cadre le fait d’une façon toute particulière : par l’entremise de courts métrages de fiction.

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Marylou Mucret (à gauche) et Roxanne Aubry discutent avec les élèves.

« Ne vous inquiétez pas, on ne vous montrera pas à mettre un condom sur une banane, résume Marylou Mucret aux élèves, qui feignent le détachement, mais qu’on sent curieux. On va vous présenter un film. On sait que vous aimez ça, Netflix, TikTok, Instagram. C’est un film court, joué par des ados comme vous, pour parler d’identité de genre. »

Nouveau cadre a été créé il y a trois ans par deux amies qui se sont connues pendant leurs études en scénarisation, à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). « C’est parti d’une idée de créer des films qui parlent de sexualité, destinés aux jeunes, et conçus en fonction du programme d’éducation actuel du gouvernement », explique Rosalie Bordeleau, l’autre cofondatrice.

Les courts métrages de la première saison, créés en partenariat avec une sexologue, abordent des thèmes variés : masturbation, masculinité toxique, hypersexualisation, non-binarité, abus de pouvoir, pornographie… Les films ne font pas la morale. Ils permettent aux jeunes de s’identifier aux personnages pour ensuite susciter la discussion.

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Le plus récent film de Nouveau cadre, Perceptions, parle de consentement.

Lorsque la pandémie a éclaté, les cofondatrices se sont rabattues sur la page Instagram de Nouveau cadre pour publier leur contenu, composé des courts métrages et de capsules d’influenceurs, d’une sexologue et d’une étudiante en sexologie. Le retour à la vie normale leur permet enfin d’intégrer les écoles. Elles le font par l’entremise de Perspectives jeunesse, un organisme en persévérance scolaire et sociale qui collabore cette année avec 12 écoles secondaires de Montréal.

Les ateliers sont généralement offerts à l’heure du midi, en présence de la sexologue de l’école ou de la stagiaire en sexologie. Mais aujourd’hui, lors du passage de La Presse, Christian-Alexandre Fiset, enseignant du cours Éthique et culture religieuse, a accepté d’ouvrir la porte de sa classe.

Après un jeu-questionnaire pour tester les connaissances générales des élèves (qui en savent déjà beaucoup en matière d’identité de genre), les deux animatrices démarrent le film, Le bon outfit. Anne-Sophie présume que son meilleur ami Félix est homosexuel. En plein questionnement sur son identité, Félix se sent blessé de se faire ainsi catégoriser.

Dans la classe de M. Alex, Nadia Abraham Porres n’a pas aimé l’attitude du personnage féminin. « Elle l’a jugé, comme ça, sans savoir vraiment », dit-elle. Qu’est-ce que le personnage de Félix lui-même ne sait pas vraiment ? « Qui il est », répond Nadia, qui a bien compris l’essence du film.

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Nadia Abraham Porres répond à une question.

« La sexualité est quelque chose qui évolue dans le temps, souligne Marylou Mucret. Félix a 15 ans. Il ne sait pas qui il est. Il ne sait pas vers qui il est attiré. Et il ne veut surtout pas que ce soit quelqu’un d’autre qui lui dise. »

La relation entre les deux amis est toxique, statuent les élèves. « Dans une relation saine, on se sent bien, on se sent apprécié, aimé », fait valoir Guillaume Graton.

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Guillaume Graton parle avec les animatrices.

Un outil

À l’automne 2018, dans la foulée du mouvement #moiaussi, le contenu en éducation à la sexualité est redevenu obligatoire dans les écoles primaires et secondaires, sans toutefois être inclus dans un cours précis avec un enseignant désigné.

Dès septembre 2022, les notions en éducation sexuelle feront partie du nouveau cours Culture et citoyenneté québécoise, qui remplacera l’actuel cours Éthique et culture religieuse. Le programme est présentement en rédaction. « On sent un besoin chez les élèves », observe l’enseignant Christian-Alexandre Fiset.

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Marylou Mucret et Rosalie Bordeleau, cofondatrices de Nouveau cadre

Les filles de Nouveau cadre aimeraient faire partie de la solution. « On veut devenir l’outil principal d’éducation sexuelle du gouvernement », résume Marylou Mucret, qui souhaite s’allier avec d’autres organismes. « Dans les écoles, on va beaucoup parler des ITSS, des problèmes reliés à la sexualité, fait remarquer Rosalie Bordeleau. Nous, on a une approche plus humaine : comment communiquer entre jeunes, comment communiquer sainement ses besoins, ses désirs, son orientation. »

Au ministère de l’Éducation, on indique que le choix de présenter le contenu offert par un OSBL comme Nouveau cadre relève des membres du personnel scolaire.

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