La Presse vous propose chaque semaine un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Aujourd’hui : Marc*, 46 ans.

Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

Il a un joli tableau de chasse, une vie amoureuse heureuse, des expériences plutôt satisfaisantes. Or, depuis qu’il est célibataire, la performance n’est plus au rendez-vous. Entretien avec un tombeur amer. Déchu ? Pas exactement.

Il faut dire que c’est une histoire compliquée. Au personnage principal difficile à cerner. Marc*, 46 ans, beau brun à lunettes, travaille en marketing, quelque part en région. Il nous a donné rendez-vous tôt, un matin cette semaine, pour se raconter virtuellement. Mais on comprendra rapidement qu’il ne nous dit pas tout. En tout cas, pas chronologiquement. Peut-être est-ce difficile à dire. Quoi qu’il en soit, voici ce qu’on a pu (cru) saisir.

Marc a commencé « très jeune » à être actif. « J’ai toujours été porté sur la chose, toujours été très attiré par les femmes, et j’ai appris très vite à créer des liens », confie-t-il d’emblée, comme quelqu’un qui s’est bien préparé.

Comment, tôt ? « Douze ans. Avec une cousine », répond-il en riant. « Ça ne s’est pas répété dans le temps, on était conscients de la gravité de la chose… »

N’empêche que l’expérience a été « très agréable », confirme-t-il. « Et ça m’a donné le goût encore plus ! »

C’est au cégep que son intérêt se concrétise : « Ç’a été très intense. J’avais beaucoup, beaucoup de succès. » Comment ? Avec cette habileté à tisser des « liens », comme il dit. Et en draguant habilement, finira-t-on par saisir. « J’ai vite développé des moyens de créer des liens pour me permettre d’expérimenter, connaître les femmes, pas seulement leurs corps et pour le plaisir sexuel, mais aussi parce que je m’entends très bien avec les femmes. »

Concrètement ? Sans « forcer », mais en toute « honnêteté », il annonçait ses intentions : « Les femmes savaient clairement ce que je voulais, assure-t-il, mais ça ne marchait pas systématiquement non plus ! Mais si je ne couchais pas avec, elles devenaient des amies. »

À quelle fréquence ? Une vingtaine par année (même si une semaine faste dont il se souvient encore, il a connu pas moins de cinq femmes différentes).

Et puis ? « C’était toujours très bien. Je ne sais pas si je performais à la hauteur de leurs attentes, mais moi, j’ai toujours eu du plaisir. […] Je prends plaisir à donner du plaisir. Mon propre orgasme est assez peu important… » Et visiblement, il savait se montrer généreux.

Moi, un orgasme, je n’en ai qu’un, alors j’aimais mieux donner du plaisir à d’autres, et à répétition.

Marc, 46 ans

Il finira par nous dire, vers la toute fin de l’entretien, qu’il trouve en fait une certaine « validation » dans la jouissance de l’autre. C’est de là que lui venait d’ailleurs sa « confiance absolue ». Nous y viendrons.

« Et tout ça m’a amené à ma conjointe… », enchaîne-t-il.

Au début, elle faisait partie du tableau. « Elle savait que je couchais à gauche à droite, que j’avais plusieurs partenaires, elle savait qui, quand, comment, dit-il. Mais en dehors de ça, on était toujours, toujours, toujours ensemble. »

Avec elle, la connexion est supérieure. L’amitié, au rendez-vous. Et de fil en aiguille, mi-vingtaine, Marc décide qu’il est « tanné » de papillonner, et choisit de se « caser ».

Et puis ? « Avec elle, c’était absolument fabuleux, facile, poursuit-il. J’étais capable de lui donner des orgasmes en quelques minutes, à répétition. En plus, elle était vraiment très, très belle, particulièrement attirante, j’ai été gâté à ce niveau. »

Les premiers temps sont « complètement fous ». Si, avec le temps, la quantité a certes diminué, la qualité est demeurée stable, assure-t-il.

On finira par deviner que ça n’a pas été si « fabuleux » tout le temps. Que ça a même fini par devenir « routinier », avec les années. Notamment parce que madame s’est montrée moins portée vers l’exploration que Marc (« j’ai toujours rêvé de la voir avec une autre femme »), et n’a même jamais rien voulu savoir du sexe oral (« ça m’a un peu manqué, j’avoue… »). N’empêche qu’il insiste : « c’était très agréable ».

Toujours est-il qu’il y a un peu plus d’un an, et pour des raisons qui n’ont rien à voir avec leur sexualité (« heille, non, c’était pleinement satisfaisant ! »), ils ont décidé de se quitter. Après 20 ans ensemble, faut-il le préciser. On ne saura pas si la rupture a été douloureuse, mais apparemment, juste avant de se quitter, le rythme de leur sexualité a connu un certain « regain ». « Les pitons, on les connaissait. Notre connexion était encore là… »

Depuis ? « C’est ça », soupire Marc, en haussant les épaules. Nous y voilà enfin. « J’ai couché avec deux femmes. Seulement deux femmes. Et je n’ai pas l’impression d’avoir été très bon. C’était très agréable, mais je n’ai pas l’impression d’avoir été à la hauteur », confie-t-il.

Pourquoi ? Pour deux raisons, finit-on par comprendre. D’abord parce que, en tissant ses fameux « liens » et en établissant une « confiance » profonde, ces deux femmes ont fini par tomber amoureuses. « J’ai pratiquement fait exprès. […] J’ai réalisé après la deuxième : mon Dieu, Seigneur, elle est amoureuse ! Ça ne me surprend même pas, j’ai vraiment tout fait pour qu’elle se sente en sécurité. »

Je suis un tombeur, je ne le savais pas…

Marc, 46 ans

Le hic ? Lui n’est pas amoureux, vous l’aurez deviné, mais surtout, et là réside la deuxième raison de son immense déception : il n’a pas été capable de les faire jouir. Et pour Marc, c’est gros. « C’était facile avant, mais là ? Ça ne l’est plus. Je ne trouve plus mes marques. […] Je suis déçu. Et inquiet… […] Est-ce que je vais y arriver encore ? »

Pourquoi est-ce si important de faire jouir une femme ? « Ça me ramène au désir de performer, c’est clair. Ça me sécurise de donner du plaisir à des femmes. Ça valide mes capacités. » Mais encore ? Il se révèle enfin, au bout d’une bonne heure de confidences. « J’ai été complexé, surtout quand j’étais jeune. On me trouve aujourd’hui arrogant, prétentieux, ou trop confiant, mais je ne me trouvais pas beau. Mais je savais que j’avais une sensibilité forte. Et je l’ai utilisée à mon avantage. C’était mon outil. » Pour établir des « liens », on y revient toujours.

N’empêche que cet « outil » n’enlève rien à ses « complexes », et ceux-ci ressurgissent en force aujourd’hui. À 40 ans sonnés, célibataire et de nouveau sur le marché. « Physiquement, les hommes aussi, on a des complexes. On n’en parle pas beaucoup, mais on a des insécurités. […] On veut un gros pénis. […] Parce que c’est ça qu’on croit qui est important quand on est jeune. […] Alors moi, j’ai pris confiance dans la validation. Pour me prouver que même si j’étais juste normal, c’était suffisant. Je me savais adéquat. »

D’où la débarque. « Je m’attendais à trouver la même validation. Et c’est un peu ça qui m’a éteint… »

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat.