La Presse vous propose chaque semaine un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Aujourd’hui : Violette*, début cinquantaine.

Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

Violette est avec le même homme depuis 30 ans. Ensemble, ils ont élevé neuf enfants. Une vie de fou qui a entraîné son lot de défis, et surtout d’insécurités, vous vous en doutez. Pour la mère, mais surtout pour la femme. Récit de son inspirante émancipation.

La rousse quinquagénaire aux lunettes surdimensionnées nous a écrit récemment pour raconter son parcours en dents de scie, certes peu commun, quoique peut-être moins inusité qu’il n’y paraît.

Mais commençons par le commencement, assez épique, merci. C’est que toute petite, Violette démontre déjà une curiosité pour la chose, assouvie avec ses petits voisins, mais aussi ses petites voisines. À 14 ans, elle a sa première relation sexuelle, qu’elle qualifie aujourd’hui de plus ou moins consensuelle. « Pas terrible », se souvient-elle. « Il m’a mis beaucoup de pression [...] mais c’était l’époque... »

Suivent quelques amourettes, avant que Violette rencontre le père de ses deux aînés. Rebelote : la relation est alors carrément abusive. « Ça a commencé une soirée bien arrosée, et je me suis réveillée le lendemain sans savoir que j’avais eu une relation sexuelle, confirme-t-elle. Mais c’étaient les années 1980… » Une première fois à l’image de la relation, qui va s’étirer tout de même quatre ans. « C’était un homme violent, dénigrant, relate-t-elle. Une relation vraiment difficile. » Pourquoi est-elle restée tout ce temps ? La peur d’être toute seule. « Avec deux enfants, précise-t-elle. J’avais juste mon cégep. Alors je suis restée… »

Parenthèse : avant de finalement le « mettre dehors », Violette a eu un amant, avec qui elle s’est « amusée » une petite année. « Le gars connaissait son affaire, dit-elle en pouffant de rire, c’était quelqu’un avec qui c’était le fun de jouir fort, il me faisait sentir belle, il n’y avait pas de routine, on se voyait juste pour ça… »

Désir de grande famille

Toujours est-il qu’au début de la vingtaine, et après cette salvatrice parenthèse, avec deux jeunes enfants sous le bras, Violette se retrouve célibataire. Mais pas longtemps. Elle rencontre en effet rapidement un autre homme : « Mon conjoint actuel, et on est ensemble depuis 32 ans ! », dit-elle en souriant.

Monsieur est à l’époque peu expérimenté, « prude » même, plein de principes. « Il refusait d’avoir une relation sexuelle avant le mariage ! » C’est « insoutenable », enchaîne-t-elle, et elle finit aussi par le faire « fondre ». « Mais c’était évident qu’il n’avait pas d’expérience. » Exemple ? « Mon conjoint est un homme très amoureux, très démonstratif. Mais ce n’est pas celui qui va essayer plusieurs affaires, dit-elle. Mais j’avais quand même du plaisir. »

Ça a pris un certain temps avant d’avoir un épanouissement. Et comme j’ai vécu plusieurs grossesses, l’épanouissement est venu dans la quarantaine.

Violette

Nous y voilà. C’est que le petit couple emménage rapidement ensemble, et décide, d’un commun accord, de fonder une « grande famille ». « Pour moi, ça allait de soi de faire des enfants. »

Or faites le calcul : entre les grossesses et les allaitements (« j’ai allaité 20 ans ! »), disons que Violette n’a pas eu beaucoup de temps morts. « Mon désir a fluctué beaucoup, confirme-t-elle. On a déjà passé sept ou huit mois sans rien. »

Mais non, il n’y a jamais eu de conflit à ce sujet. « Mon conjoint n’est pas axé sur la sexualité. Pour lui, se coller, c’était correct. Il n’en demandait pas trop. »

Il faut dire que de son côté, elle s’est retrouvée maman à temps plein, avec toute l’énergie mentale et physique que cela implique. « Ma vie tournait autour de ça… »

Avec les années, le couple a trouvé quelques astuces pour s’allouer des petits moments d’intimité. « On allait se reposer, se souvient-elle. Et les enfants partaient tous à rire, ils savaient qu’on se faisait des câlins. Ce n’était pas tabou chez nous. »

Ça a fonctionné un temps. Jusqu’à ce que monsieur soit appelé à voyager pour le boulot. Ce faisant, Violette s’est retrouvée seule avec la « marmaille », comme elle dit. Et elle ne le cache pas : « Je lui en voulais. » Et pas seulement parce qu’elle en avait plein les bras. Mais aussi parce qu’elle se sentait menacée. « Il travaillait dans un milieu de femmes, explique-t-elle. Et je trouvais ça difficile pour mon estime de moi, de savoir qu’il fréquentait des femmes plus éduquées. Moi, je n’avais pas nécessairement le temps de m’éduquer. J’avais l’intérêt, mais pas nécessairement le temps… »

Ce n’est pas tout : non seulement monsieur était appelé à voyager, mais il devait aussi travailler aux quatre coins de la province. Lors d’un de ces séjours, il a même habité chez une collègue quelques mois. « Il dit qu’il ne m’a jamais trompée, dit Violette, mais ça m’a bouleversée. Ç’a été un gros, gros enjeu. »

On imagine les conflits. « Je n’ai pas été tendre, confirme-t-elle. Mais mon chum a choisi de rester avec moi, malgré mes pleurs et mes grincements de dents. »

D’ailleurs, les tensions se sont aussi transposées au lit : « J’avais l’impression qu’il ne me désirait plus. Ses érections étaient difficiles, ça prenait du temps, il n’arrivait pas toujours à bout… »

L’art de se parler (à soi)

La crise a duré une bonne année, jusqu’à ce que Violette fasse une sacrée introspection. « J’ai décidé de travailler sur moi, poursuit-elle. Si tu n’as pas confiance en lui, probablement que c’est parce que toi-même, tu n’as pas confiance en toi. Ou qu’une partie de toi manque d’estime, donc travaille là-dessus. »

Comment elle a « travaillé », au juste ? Violette a fait des lectures, elle s’est « parlé ».

Si c’est avec lui que tu veux finir tes jours, travaille sur toi et les enjeux qui t’appartiennent.

Violette

Surtout, elle est retournée aux études. « J’ai fait un bac. Et je voulais bien réussir, j’étais première de classe. Et lui a pris plus de place auprès des enfants pour me faciliter la vie. » Elle a fini évidemment par trouver un emploi. Ce qui devait arriver arriva : « Mon travail m’apporte de la valorisation. M’aide à avoir confiance en moi. Là ça fait 10 ans que je suis sur le marché du travail, et j’ai beaucoup de commentaires positifs sur ce que je fais. »

Et au lit ? Vous l’aurez deviné : « Notre complicité a décuplé ! confirme-t-elle. On essaie plus de choses. On est plus à l’écoute ! […] Là, je suis en périménopause, mais ma libido n’a pas diminué. Au contraire, je me sens bien dans ma peau ! Je suis bien ! »

Il faut dire, détail non négligeable, qu’ils n’ont plus de jeunes enfants à la maison. N’empêche : Violette n’a jamais été aussi épanouie de sa vie. « Ça dépasse tout ce que j’ai connu, dit-elle en souriant. J’ai beaucoup d’équilibre dans ma vie. […] Et je ne suis pas certaine que je serais si épanouie si je n’avais pas cet équilibre dans toutes les sphères de ma vie… »

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat.

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