Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Cette semaine : Michel*, septuagénaire

Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

Michel est marié depuis 50 ans. Et il a eu deux aventures : avec une femme de son entourage, dans les premières années de son mariage, puis plus récemment, de nouveau avec une proche. Parce que « l’occasion fait le larron », répète-t-il radieux, assumé, et visiblement sans scrupule, pour expliquer ses incartades. Entretien avec un larron.

« J’ai eu ma première relation sexuelle avec la femme avec qui je vis aujourd’hui. Mon épouse », commence l’homme tout sourire, rencontré virtuellement dernièrement. C’était quelque part à l’adolescence. Son souvenir ? « Bien, dit-il, comme tous les jeunes, on pense que c’est le paradis. »

Ils ont continué à se fréquenter, puis se sont mariés, un peu avant leur majorité (21 ans, à l’époque). « Ça prenait une autorisation, se souvient-il amusé. Et une dispense, comme ils disent. [...] Rien n’est gratuit à l’église ! »

Et puis ? « Sexuellement, ça allait bien. Ça a toujours très bien été, assure-t-il, sans s’épancher sur le sujet. On s’entendait bien. » On devine que ça n’est pas directement de sa femme qu’il est venu ici parler. Et on devine juste : « Ça ne m’a pas empêché d’avoir une aventure à 26 ans... »

Il a sa petite idée du pourquoi : « Les hommes sont comme ça, enchaîne-t-il, en regardant droit à la caméra. Elle était cute, et l’occasion faisant le larron... Ça ne s’est pas su tant que je ne l’ai pas déclaré. » En fait, l’histoire s’est même étirée sur deux longues années, jusqu’à ce que sa femme commence à se douter de quelque chose. « Une femme, c’est suspicieux. Vous le savez, vous en êtes une... »

Ça ne fait jamais le bonheur d’une femme, mais comme je le lui ai dit : c’était juste une histoire de cul, point.

Michel

On comprend que l’affaire a fait quelques vagues, mais de nouveau, Michel ne s’éternise pas sur le sujet. Il poursuit tout bonnement le récit de sa vie. Parce que quand la poussière est retombée (après un « retour au calme »), « le contraire est arrivé : je suis allé travailler à l’extérieur, et ma femme a eu un amant », résume-t-il, en qualifiant l’affaire de « retour des choses ».

Et puis ? De nouveau, il prend le tout avec une surprenante philosophie. Il faut dire que cela remonte somme toute à plusieurs décennies. « Ce n’est rien d’agréable, mais il n’y a rien d’insurmontable, résume-t-il. J’ai été frustré, choqué, ce n’est jamais plaisant, mais avec le temps, ça finit par s’estomper... » En gros : « ça n’use pas », quoi.

« Tous les humains sont pareils… »

S’ils ont songé à se laisser ? Ici, Michel est catégorique : « Non, jamais. » Jamais ? Ni là ni non plus aujourd’hui, signale-t-il : « Ça va faire gros, ce que je dis, mais quand je me suis marié, je n’ai jamais eu l’idée de divorcer. J’aime ma femme, et elle m’aime aussi [...]. Ça ne m’a jamais effleuré [...]. Après 50 ans, elle a sa famille, moi la mienne, ça ferait des ravages. » Cela étant dit, ajoute-t-il, « il y a un besoin physiologique qui s’installe. Tous les humains sont pareils. L’attirance, dit-il, et l’occasion fait le larron... » L’expression lui plaît visiblement, et lui sied tout autant.

D’ailleurs, il ne s’en cache pas totalement. « Récemment, j’ai dit à ma femme, à l’âge où je suis rendu, je ne refuserai rien. Et elle, elle m’a dit : j’espère que tu me le dirais ! » Et ?

Mais non ! Tu ne dis pas quelque chose quand tu sais que ça ferait de la peine !

Michel

Nous y reviendrons.

À l’époque de l’aventure de madame, Michel était au début de la trentaine. Est-ce qu’ils en ont discuté ? « Discuter de quoi ? demande-t-il, en toute sincérité. Les évènements sont là. C’est passé, on tourne la page. C’est comme ça. » Point.

Et la vie a repris son cours. Oui, même au lit. « On n’a jamais eu de problème de ce côté », rappelle-t-il.

Jamais eu de problème, jusqu’à ce que madame vive sa ménopause. Et là, nous dit Michel, « la libido baisse beaucoup, c’était rendu à zéro ». Ses souvenirs ne sont pas gais, et il se confie en toute transparence : « Ça ne lui tente pas plus qu’il faut, mais elle ne dit pas non. [...] T’as l’impression de la violer. [...] Ça devient lourd ! Alors j’ai fermé les livres... »

Finie la sexualité ? Pas exactement. Tout le contraire, en fait. S’il s’est certes « accommodé » de la situation un temps, plusieurs années plus tard (il y a environ un an, très exactement), une femme de son entourage, de 15 années de moins que lui, s’est mise à lui « faire de l’œil », comme il dit. Surprise : « Je n’aurais jamais pensé qu’une belle femme comme ça s’intéresserait à moi ! », dit-il en souriant, visiblement charmé.

Et après moult regards et échanges de courriels, sans parler d’un certain « combat interne » (« elle est mariée, elle a des enfants aussi... »), ce qui devait arriver arriva : « Le train est passé et je l’ai pris ! », résume-t-il. Un an et des dizaines de rendez-vous plus tard, Michel n’est d’ailleurs plus le même homme. « C’est simple, dit-il, je ne pensais pas [...] qu’une femme comme ça existait ! [...] C’est le plus beau rêve qu’on puisse imaginer ! » Il est sur un nuage. « C’est une femme sensuelle, pas compliquée, attirante ! »

On comprend qu’elle est décomplexée. Elle sait ce qu’elle aime, le dit et le fait. « La norme, s’émerveille-t-il, c’est que ce sont les hommes qui font l’amour aux femmes, c’est rare qu’une femme fasse l’amour à un homme. Dans son cas : c’est ça ! [...] La première fois, c’est comme si on se connaissait depuis 20 ans. Ça s’est très bien passé ! Et ça se passe encore très bien ! [...] Tant que ça pourra fonctionner, je n’ai pas le goût d’arrêter ! », dit Michel en souriant de plus belle.

Pour cause : « On fait l’amour, et on peut recommencer, des fois deux ou trois fois ! [...] Ça rajeunit son homme ! [...] Je lui ai dit : tu m’as fait perdre 20 ans ! »

Et non, confirme-t-il de nouveau, il ne se sent pas ici le moindrement coupable. « Pourquoi avoir de la culpabilité ? questionne-t-il. Quand tu as 18-20 ans, tu penses différemment. Mais rendu à mon âge ? J’ai fait des concessions toute ma vie, je n’ai plus le goût d’en faire. C’est une façon égoïste de dire : je commence à penser à moi un peu plus... » Il prend une pause et ajoute, toujours avec le sourire : « Tout en essayant de ne pas faire de malheur autour de moi... »

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat

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