Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Cette semaine : Éric*, 52 ans

Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

C’est l’histoire d’un homme qui plane au lit. Un épanouissement inespéré, à plus de 50 ans sonnés. Meilleure connexion à vie. Et pourtant, l’aventure a fini par avorter. Pourquoi ? Parce que tout le reste clochait, en fait…

Surpris ? Normal. Disons qu’on a souvent tendance à entendre le récit inverse : des couples frustrés, à la vie sexuelle morte, souvent enterrée. Le rôle clé de l’intimité dans la survie d’une relation à long terme refait ici surface assez régulièrement, merci. Or l’histoire d’Éric détonne et démontre que cette complicité au lit, aussi nourrissante soit-elle, ne suffit pas. Loin de là.

« Mon ami confident me traite de fou. Il ne comprend pas que je puisse penser mettre une croix sur autant de magie sexuelle, nous a-t-il écrit au début de l’hiver. À 52 ans, je n’ai jamais eu une vie sexuelle aussi épanouie. […] Tout simplement magique. Bon pour elle, bon pour moi, souvent bon pour les deux. Zéro frustration. Du pur bonheur. Mon histoire ? Le reste ne marche pas. […] Alors, je m’apprête à terminer la relation. »

Par une magnifique matinée ensoleillée de la mi-avril, Éric nous a donné rendez-vous dans un parc montréalais, pour se raconter. Attablé à l’ombre, il confie d’emblée un détail particulier de son anatomie, qui n’est pas sans intérêt pour le reste de son récit, vous verrez. « Là je vais vous dire quelque chose : j’ai un gros pénis. Solide […]. Mes premières relations, ç’a été un historique de ratés. » Pourquoi ? « Les filles capotent : “Ça ne rentrera jamais !” » Une réaction répétée qui a fini par le complexer.

Je deviens très craintif à la première relation…

Éric

Et ce, que ce soit à 18 ans (sa toute première fois), à 20, 40 ou même 50 ans…

Ceci explique cela ? Toujours est-il que, pour mettre toutes les chances de son côté, Éric a développé toutes sortes d’« habiletés » autres, question de mettre les femmes en confiance, de les détendre et de les satisfaire. « Le sexe oral, dit-il. C’était mon plan B. Et on m’a dit que j’étais bon, que je faisais bien ça. Et j’aime ça. » Ce faisant, en « prenant le temps », comme il dit, en « étant à l’écoute », il a fini par réussir à avoir des relations sexuelles plus ou moins normales. « Mais je ne vais pas loin, précise-t-il, je fais attention, et je fais toujours beaucoup de préliminaires », histoire de bien préparer ses partenaires, comprend-on.

À l’université, après quelques « fréquentations » (et toujours un peu cette « même histoire » : « Au début c’est difficile, puis on s’habitue »), il rencontre la future mère de ses enfants. « Et c’est encore un peu la même histoire », dit-il en riant. En pire. « Au début, ç’a été un peu difficile avec elle, et ce n’est jamais devenu très facile. » Pas facile, mais satisfaisant tout de même. En clair, et permettez l’explication graphique : « Elle n’a jamais été capable de me prendre au complet. […] Mais c’est bon quand même. […] Parce que les terminaisons nerveuses sont plus au bout », précise-t-il.

L’histoire dure ici 20 ans. « Et comme dans bien d’autres couples, ça s’est étiolé sur le plan de la sexualité. » Mais Éric n’est pas ici amer. Au contraire : plutôt philosophe. « Les enfants viennent prendre beaucoup de place, et c’est normal. » Et avec les années, leurs « chemins » se sont tout simplement « séparés ». Les dernières années, ils n’avaient tout simplement plus la moindre intimité. « Je m’autosuffisais, dit-il. Je n’avais plus le goût. Et elle n’avait plus le goût. »

Une chimie inespérée

Mi-quarantaine, Éric se retrouve célibataire. Il passe trois ans seul (« j’ai appris à être heureux seul ! »), avant de faire une rencontre inespérée. Appelons-la Nathalie. « On s’est plu tout de suite, se souvient-il. Je ne sais pas si c’est ça, un coup de foudre… » C’était il y a trois ans, dans un « évènement social ». Leur première fois ? « Ça s’est mal passé », et pire encore que ce que vous puissiez imaginer. C’est que madame n’avait jamais à ce jour découvert les joies du sexe oral. « Jamais eu ni donné », précise et s’étonne encore Éric. « Alors elle était méga stressée […] et, évidemment, elle n’a pas eu d’orgasme. » Sauf qu’avec le temps, et la légendaire patience d’Éric, les amoureux ont appris à se connaître. Nathalie a appris à se laisser aller pour apprécier le fameux plan B, et Éric lui a donné quelques leçons en vue de développer ses propres talents en matière de sexe oral. « On est devenus hyper complices », dit-il en souriant. La clé ? La communication. « Aujourd’hui, je ne pense jamais retrouver autant de communication [avec une autre femme] », croit-il.

Exemple ? Avant, pendant, après, ils se sont toujours parlé : par ici, plutôt par-là, continue comme ça, ils n’ont jamais rien gardé pour eux. Et Éric n’avait jamais vécu ça. Sa meilleure expérience à vie. Et comme, en plus, détail non négligeable, « elle [le] prenait au complet, bien et facilement » (fait rarissime, de nouveau, pour Éric), cette communication aidant, ils jouissaient « en même temps » !

Éric s’émerveille encore devant une telle « symbiose », sans parler de son goût continuel de recommencer (« elle n’a jamais dit non ! »), sa facilité à jouir dans toutes sortes de positions, etc.

C’est un fait que c’est la première femme avec qui je parle pendant que je suis en elle : comment je me sens, comment elle se sent. Imaginez comment ça peut amener à un autre niveau…

Éric

Le bonheur ? Pas exactement. Parce que voilà. S’ils n’avaient aucune frustration au lit, c’est ailleurs que ça grinçait. Partout ailleurs, en fait. Et pas à peu près. Éric nous énumère ici leurs incompatibilités : Nathalie refuse les démonstrations amoureuses en public (une main sur la hanche, un baiser dans le cou, selon elle, « ça ne se fait pas »), son caractère colérique (« une petite affaire et elle pète un plomb… »), sa (grande) famille qui prend beaucoup de place dans sa vie, sans parler de ses (grands) enfants qui en prennent tout autant. « Je ne suis pas sa priorité. Ses priorités sont son travail, sa maison, sa vie, ses frères et sœurs, son fils et sa fille… »

Il a encaissé jusqu’à l’été dernier. Jusqu’à ce qu’il réalise : « Je veux une blonde dans ma vie, pas juste dans mon lit… »

Morale ? Éric se sent bien différent des autres hommes (et des quelques femmes) qui ont témoigné jusqu’ici. « Oui, le sexe, c’est bon. Mais s’il y a juste ça ? » Il hoche la tête : « Vos lecteurs vont me traiter de fou… » Son nouveau mot d’ordre : « l’équilibre ». À méditer.

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat

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