Arts et être vous propose exceptionnellement ce samedi un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes.
Cette semaine : Geneviève*, mi-quarantaine

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

C’est une histoire d’amour. Une histoire d’usure, aussi. Puis d’infidélité. Et au final de retrouvailles. Une histoire qui finit bien, surtout. Et même peut-être mieux.

« Pour nous, la COVID-19 a un peu sauvé notre couple », résume Geneviève, souriante brunette au regard vif, à la caméra. Parce que c’est un fait : hors confinement, jamais elle n’aurait passé autant de temps avec l’homme qui venait de la tromper. Jamais elle n’aurait travaillé aussi conjointement pour recoller les pots cassés. Jamais, au grand jamais, elle ne se serait carrément confinée avec lui. Pour découvrir une sexualité renouvelée. Explosive, même. Ça ne s’invente pas : « L’infidélité a fait exploser ma sexualité et mon désir pour lui aussi... »

Avant d’y venir, il faut savoir que si, de son côté, Geneviève a découvert sa sexualité sur le tôt (dès 14 ans, à multiplier les partenaires en cherchant, en vain, un amoureux), son Jules, lui, n’avait jamais couché avec une femme avant elle. Quand elle l’a rencontré, début vingtaine, elle a décidé de faire les choses « différemment ». Au lieu d’être la fille « partante », à toujours dire oui, jamais non, elle a décidé d’attendre. « Je ne voulais pas faire les premiers pas. » Six longs mois plus tard (« j’ai été patiente ! »), ils se sont enfin embrassés, et il lui a fallu patienter plusieurs semaines encore avant de se retrouver au lit avec lui. « Ç’a été merveilleux, confie-t-elle les yeux brillants, il avait le talent ! » Pour un débutant, il était déjà doux, tendre, avec ce souci naturel du plaisir de l’autre, explique-t-elle.

Ça va faire 25 ans qu’on est en couple. […] Moi, je suis hop la vie, lui a plus de noirceur. Notre union nous a équilibrés. Moi, ça m’a calmée, lui, ça l’a illuminé…

Geneviève

La lune de miel a duré des années. « Ç’a toujours été bon, je n’ai pas beaucoup de détails à raconter parce que c’est naturel, tout ça. On faisait l’amour trois à quatre fois par semaine, et on ne se posait pas de questions. »

Puis sont arrivés les enfants, et Geneviève n’a pour ainsi dire pas dormi pendant près de 10 ans. Mais malgré la fatigue, la dépression et l’arrêt de travail qui ont suivi, leur sexualité n’a pas (trop) pâti. « Mais c’est sûr que pendant ces 10 années je me suis demandé : est-ce que je l’aime adéquatement ? »

C’est plutôt au tournant de la quarantaine que les choses se sont gâtées. « J’ai décidé de prendre soin de moi », justifie Geneviève. Et ce faisant, elle a mis un peu de côté non seulement les enfants, mais également son couple. « Tout ce temps ensemble, on se tenait la main. Et là, c’est comme si je lui avais lâché la main. [...] Et ça a fait en sorte que le quotidien nous a envahis. » Faute d’autre chose à partager, comprend-on. « Ce qui nous restait entre amoureux, enchaîne-t-elle, c’était une fois par semaine, quand on faisait l’amour. Et j’ai l’impression que c’était devenu mécanique. »

Arrivent le confinement, le télétravail et l’école à la maison. Et ça lui rentre dedans. « On ne se parle plus ! », constate Geneviève. Le soir même, elle l’interroge : « Est-ce que tu m’aimes encore ? »

L’« électrochoc »

Non, assure-t-elle, elle n’a rien, mais rien de rien vu ici venir. Imaginez la bombe : « Je vais toujours t’aimer. Mais je ne te désire plus », finit-il par répondre. « Tu me trompes ? » Il acquiesce. Pire : il est tombé amoureux. « Je panique. [...] Mon monde s’écroule. »

Les idées s’embrouillent dans sa tête. Elle n’a rien vu, et maintenant, elle comprend : ces matinées à partir plus tôt travailler, ces soirées tardives à cause de la circulation, c’était ça. Elle n’en revient pas. « Moi, j’aurais pu faire ça à mon conjoint, compte tenu de ma vie sexuelle à l’adolescence. [...] Pas lui ! » Elle est dévastée. Et confinée, faut-il le rappeler, par-dessus le marché.

« Je suis allée jusqu’à lui dire : voudrais-tu être en couple avec deux personnes ? J’étais prête à beaucoup de choses pour le garder. » Parce que c’est précisément à ce moment-là qu’elle réalise tout ce qu’il représente pour elle, un « gros électrochoc » qui lui fait surtout comprendre tout ce qu’elle risque ici de perdre. Alors elle lui écrit. Tout ça, une nuit d’insomnie : une grosse lettre d’amour sentie. « Tu choisiras ce que tu veux, mais moi, je veux ton bonheur. Une chose est sûre, je vais t’aimer pour le restant de mes jours. »

J’ai réalisé que j’avais une maturité amoureuse. J’ai pris le temps de réfléchir : qu’est-ce que je veux, est-ce que je suis prête à m’améliorer ? Oui, j’ai des torts, mais lui aussi, on est deux.

Geneviève

La lettre fait l’effet d’une bombe, elle aussi. « Je ne pensais pas que tu m’aimais autant », réagit-il. Geneviève dépose un ultimatum : 24 heures pour prendre une décision. « C’était trop douloureux de ne pas savoir ce qu’il allait faire. »

Coup de théâtre : « Je reste avec toi », répond finalement l’amoureux. L’histoire ne dit pas s’ils se sont sautés dans les bras, mais on devine que ça n’a pas été facile. Les semaines qui ont suivi ont été en montagnes russes. Le pardon a été accordé, mais la confiance de Geneviève a été ébranlée. Plusieurs fois, elle a douté. Après avoir eu beaucoup de peine, sa colère a même explosé, un soir où monsieur est parti téléphoner à l’ex-maîtresse. Mais au bout du compte, ils ont fini par se mettre en mode « reconstruction ».

Comment donc ? « La première chose : on s’est parlé. Il a fallu se dire les vraies choses. » Pas évident non plus. Puis, tranquillement, ils ont recommencé à faire des activités, à regarder la télé « collés », à s’embrasser, « même à rire ensemble » !

Deuxième chose ? « Recommencer à faire l’amour. » Et là, surprise : la libido de Geneviève a monté « à 150 degrés » ! « J’ai réalisé que je l’aime, que je le désire, et c’était peut-être ma façon de lui prouver. [...] Je ne sais pas si la sexualité appelle la sexualité, mais j’ai tout le temps le goût. Soir et matin. [...] Ça a permis de nous rapprocher, comme à nos débuts. »

Elle l’a compris avec le recul : « Il avait l’impression que j’étais éteinte, que je ne l’aimais plus, et cette fille-là lui donnait tout ce que je ne lui donnais plus. »

Précision importante : « J’ai encore de la peine, laisse-t-elle tomber, mais je ne pleure plus. » Il faut dire qu’elle s’est secouée : ça va faire bientôt un an, cette aventure. « Je n’ai pas le choix de me lancer dans le vide. Soit je l’espionne, soit je fais confiance. J’ai choisi la confiance. »

Morale ? « L’infidélité est encore un sujet tabou. Les seules histoires qu’on entend [...], c’est toujours négatif. Mais pour moi, ça n’a été que du positif, dit Geneviève. Non, ça n’a pas été agréable, mais ça m’a permis de retrouver mon conjoint que peut-être j’aurais perdu. »

Et c’est bien mieux qu’une nouvelle lune de miel, glisse-t-elle : « Je suis retombée amoureuse ! »

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat.

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