Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Cette semaine : Jacques*, 58 ans

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Il avait fait une croix là-dessus. La vie de couple, c’était fini pour lui. Et puis voilà que l’an dernier, Jacques, à presque 60 ans sonnés, a rencontré la femme de sa vie. Mais il y a mieux : c’est que depuis, il file le parfait bonheur, notamment au lit. Ensemble, le nouveau couple a en effet découvert les joies des jouets sexuels… pour lui. Incursion dans un univers méconnu, encore un brin tabou.

« Elle a changé ma vie ! » À la caméra, Jacques, charismatique quinquagénaire à la tête rasée, rayonne. « C’est super génial ! », « merveilleusement bien ! », « l’amour fou ! » Visiblement, notre homme n’est pas à court de qualificatifs pour décrire son nouveau bonheur.

Mais avant d’y venir, commençons par le commencement. Ce qu’il faut savoir, c’est que jusqu’ici, Jacques a eu un parcours plutôt tranquille. Il vit sa première expérience à 16 ans. « Et je l’ai mariée ! » Leur histoire dure plus de 20 ans. Au lit ? « Très bien. » Si la flamme a fini par s’éteindre, c’est purement par usure. « On était excessivement souvent ensemble, 24 heures sur 24, on travaillait ensemble, et ça a fini par fatiguer le couple un peu. » Parenthèse : le confinement actuel, étrangement, lui réussit au contraire plutôt bien.

C’est une super période de ma vie. On essaye de pas trop le dire, mais c’est merveilleux.

Jacques

Mi-quarantaine, donc, Jacques se sépare, erre un an ou deux, avant de rencontrer une deuxième femme, une histoire (à distance) qui dure trois ans. « On se voyait les week-ends, c’était hyper intense, naturellement. » Quand ils emménagent ensemble, « ça décline rapidement. Probablement que ça n’était pas la personne faite pour moi ». Fin de l’histoire.

Suit une autre année de célibat, avant que Jacques ne rencontre la troisième femme de sa vie, une histoire qui s’étire cette fois sur cinq ans. « Une bonne relation, résume-t-il, mais je ramais tout seul. » Alors il finit par partir. Fin de l’histoire, encore. C’était il y a un peu plus d’un an. Dans sa tête, à ce moment précis de sa vie (fin cinquantaine, donc), Jacques fait une croix sur l’amour. « C’est beau, j’ai 57 ans, se dit-il, je vais finir ma vie tout seul. »

Résigné ? « Ça n’a pas duré longtemps, dit-il en riant. Un mois, je crois ! »

Le coup de foudre

Totalement par hasard, il croise alors une femme par l’entremise du travail, et vit un véritable « coup de foudre ». « Elle dégage une aura qui me fait flipper ! » D’un naturel « hyper gêné » (« je ne prends jamais les devants »), Jacques trouve néanmoins le courage de l’inviter à prendre un café. « Pourquoi pas un verre de vin ? », renchérit-elle. La soirée finira chez elle.

« C’est un peu à l’eau de rose, dit-il en rougissant, mais c’est ça pareil. C’est une très, très belle histoire d’amour. »

Tout ce long préambule pour vous dire qu’au lit, aussi, ç’a été le coup de foudre. « On aurait dit que ça n’était pas la première fois qu’on faisait l’amour ensemble, quasiment. Comme si je la connaissais par cœur. Comme si je la devinais. On n’a pas eu besoin de se parler ben ben. C’était hyper intense, trois fois dans la nuit ! »

Les jours, les nuits et les sextos enflammés se poursuivent, et arrive, vous l’aurez sans doute deviné, le confinement. Madame invite alors Jacques à rester chez elle. « Et je suis chez elle depuis ! »

Mais l’histoire ne s’arrête évidemment pas là. En fait, elle commence ici. Parce qu’avec les mois et la pandémie, leur bonne entente n’a fait qu’aller en augmentant. Tout semble couler de source, avec une douce légèreté. « On jase beaucoup ! confirme-t-il. Dans une même discussion, on peut parler sexualité, avenir et projets de voyages, je n’ai jamais connu ça ! »

Cette légèreté n’est pas anodine. Au lit, « les deux, on est très, très ouverts aux désirs et suggestions de l’autre. Il y a zéro tabou ! ».

Exemple ? « Les jouets. » On y arrive enfin. En emménageant ensemble, les tourtereaux ont en effet mis en commun leurs jouets, au cours d’une soirée « drôle et trippante » dont il se souvient encore. « Lui, c’est mon préféré, lui, je l’aime moins, etc. », lui explique madame. De son côté, Jacques lui montre une « cage » de chasteté, achetée en ligne, mais à ce jour jamais essayée (avis aux curieux : tapez « cage » et « chasteté » dans votre moteur de recherche préféré, et vous comprendrez rapidement de quoi il est ici question). D’emblée, madame se montre ouverte et surtout « curieuse » d’essayer. L’idée ? « C’est elle qui gère ma sexualité si on veut, résume-t-il pudiquement. Oui, il y a une petite soumission, mais pas une soumission totale. » Entendons-nous, le couple n’a rien ici de kinky.

On ne veut pas aller dans le BDSM [bondage, discipline, domination, soumission, sadisme et masochisme] pur et dur, c’est un jeu ! Et c’est le fun !

Jacques

Le fun ? En clair : « c’est elle qui décide quand il y aura pénétration ». Si ça fait mal ? Pas plus qu’un soutien-gorge à armatures, comprend-on. Mais la question n’est pas là. En étirant ainsi le plaisir (des jours, voire des semaines, à coups de petits « défis »), sa sexualité « a changé totalement », enchaîne-t-il. « C’est beaucoup plus basé sur les caresses que je peux donner, je n’ai jamais été aussi attentif à ma partenaire. Elle me caresse aussi et ce que je sens est totalement différent ! J’oserais dire que j’ai certains orgasmes à me faire caresser ! » Il n’en revient pas lui-même. « C’est hyper génial ! Ce n’est plus : on fait l’amour, j’éjacule et ça finit là ! C’est beaucoup plus long, et les plaisirs ressentis sont décuplés ! »

Mais non, au risque de le répéter, « il n’y a aucune connotation BDSM là-dedans, juste beaucoup d’amour et de tendresse », répète-t-il, bien conscient des tabous entourant la sexualité en général, et certaines pratiques sexuelles en particulier. D’ailleurs, ils n’en ont jamais parlé à personne. « Mais il faudrait bien, se disaient-ils jusqu’ici, c’est trop le fun ! »

Morale ? « La sexualité, c’est le fun en titi quand il n’y a pas de pression, entre deux personnes qui s’aiment, c’est super génial, dit-il. On ne vit pas pour la sexualité. Mais elle fait partie intégrante de notre vie. » Bien dit.

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat.

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