Les ados accros aux médias sociaux souffrent plus souvent d’anxiété et d'autres « problèmes internes » de santé mentale, selon une nouvelle étude américaine. Le risque est deux fois plus élevé chez les grands utilisateurs, soit ceux qui les consultent plus de six heures par jour. La Presse s’est entretenue avec l’auteure de l’étude publiée ce mois-ci dans la revue JAMA Psychiatry, Kira Riehm, de l’Université Johns Hopkins.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Votre étude n’est-elle pas un exemple de la chasse aux sorcières moderne contre les médias sociaux ?

Contrairement aux autres études, nous avons pu voir l’impact des médias sociaux au fil des ans. Nous avons commencé le suivi en 2013-2014 avec des adolescents n’ayant pas de problèmes de santé mentale. Deux ans après, nous avons vérifié si ceux qui utilisaient beaucoup les médias sociaux au départ avaient plus ou moins de problèmes que ceux qui ne les utilisaient pas beaucoup.

Est-ce que l’impact est important ?

Pour les problèmes d’internalisation, par exemple l’anxiété ou la dépression, l’effet négatif est de 60 % pour les ados utilisant les médias sociaux de trois à six heures par jour, et de 78 % pour ceux qui s’en servent plus de six heures par jour. L’impact est encore plus grand pour un mélange de problèmes d’internalisation et d’externalisation, une catégorie qui inclut les problèmes de comportement. Tout cela tient compte de facteurs socioéconomiques des jeunes. La comparaison était faite avec les 17 % d’adolescents qui ne se servaient pas du tout des médias sociaux au début du suivi.

Avez-vous été surpris de voir la forte proportion d’ados qui passent plus de six heures par jour sur les médias sociaux, plus de 1 sur 12 ?

On savait que ça avait grimpé en flèche, mais voir ces chiffres noir sur blanc est très frappant. Même les expériences anecdotiques de nos amis à l’université et nos parents ne nous préparent pas à ça.

PHOTO TIRÉE DE TWITTER

Kira Riehm, doctorante au département de santé mentale à l’École de santé publique Bloomberg de l’Université Johns Hopkins

Y a-t-il aussi un impact sur le suicide et les troubles alimentaires ?

Ça ne faisait pas partie de notre étude, ce sont des troubles difficiles à classer dans les catégories d’internalisation et d’externalisation. Il faudrait vraiment se pencher là-dessus, et aussi sur la consommation de drogue et d’alcool, une forme particulière d’externalisation.

Quel mécanisme peut expliquer l’effet négatif de l’abus de médias sociaux ?

C’est la prochaine étape en recherche. Il se peut que ce soit simplement le risque accru de cyberintimidation ou une moins bonne qualité du sommeil.

Peut-il s’agir d’un impact négatif sur les relations sociales en chair et en os ?

Il est certain que chaque minute passée sur les médias sociaux est une minute de moins pour des activités protectrices contre les troubles de santé mentale, comme lire un livre, faire de l’exercice ou voir des amis. Mais nous n’en savons pas assez sur les aspects positifs des médias sociaux. Il semble que certains adolescents qui ont de la difficulté à se faire des amis y puisent un capital social. C’est peut-être seulement l’excès qui est néfaste, qui fait que les inconvénients dépassent les avantages.

Y a-t-il une différence entre les ados qui lisent sur les médias sociaux et ceux qui y sont plus actifs, qui y publient ?

Nous n’avons pu mesurer que le temps passé sur les médias sociaux. C’est une distinction importante qui devra être étudiée.

Allez-vous continuer à travailler sur le sujet ?

J’aimerais examiner plus attentivement l’impact des médias sociaux sur des domaines spécifiques comme l’abus de drogue et d’alcool.

En chiffres

• 74 % des adolescents canadiens (12-17 ans) passaient plus de deux heures par jour devant un écran en 2016-2017

• 24 % des enfants canadiens (5-11 ans) passaient plus de deux heures par jour devant un écran en 2016-2017

Source : Statistique Canada