Objet de mauvaise presse sur les réseaux sociaux, le stérilet hormonal Mirena a vu ses ordonnances remboursées par le régime public québécois chuter du quart entre 2016 et 2018. Ce stérilet, bien toléré par la grande majorité, demeure un outil précieux, selon les gynécologues.

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

« Ce stérilet est un vrai poison pour la santé des femmes » ; « on est des milliers à avoir vécu l’enfer » ; « je l’ai enlevé avant-hier, je suis libre ! » Sur internet, les commentaires peuvent être très durs envers le stérilet hormonal Mirena, un dispositif intra-utérin commercialisé depuis près de 20 ans au Canada.

La vague de critiques sur les réseaux sociaux a pris de l’ampleur il y a deux ans, quand des groupes ont été créés sur Facebook pour réunir des femmes ayant eu une mauvaise expérience avec le stérilet Mirena. Elles y relatent les symptômes qu’elles ont ressentis, tant sur le plan physique (douleurs, acné, vertiges, perte de cheveux, perte de libido, kystes) que sur le plan de l’humeur (anxiété, dépression, irritabilité, insomnie, fatigue). Plusieurs déplorent le manque de reconnaissance de leur médecin à l’égard de leur vécu.

Sur internet, on trouve aussi beaucoup de désinformation. Certains soutiennent, par exemple, que seule une minorité tolère bien le Mirena, ou encore que ses effets indésirables peuvent perdurer des années après son retrait.

L’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec a dénoncé, dans un communiqué, les exagérations véhiculées sur les médias sociaux, « en contradiction avec les données scientifiques contemporaines ».

Entre 2016 et 2018, le nombre d’ordonnances du stérilet Mirena est passé de 13 601 à 10 109, une baisse de 26 %, selon les chiffres de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), qui assure 45 % des Québécois. Tous stérilets hormonaux confondus (Mirena, Jaydess et Kyleena), la baisse est de 14 %.

« L’utilisation d’un produit peut changer pour diverses raisons, dont les changements de la dynamique du marché ou de la demande ou des préférences des patients, ainsi que la commercialisation d’autres options thérapeutiques », a écrit à La Presse l’équipe des communications de la société pharmaceutique Bayer, qui commercialise le Mirena.

Des effets secondaires connus

Gynécologue-obstétricienne au CHUM, la Dre Laurence Simard-Émond n’est pas surprise des effets secondaires rapportés sur les réseaux sociaux. « Ce sont des effets secondaires connus du Mirena, dit-elle. Il y a un petit pourcentage de patientes qui s’en plaignent. »

La monographie de Mirena énumère une série d’effets indésirables possibles, présents chez moins de 10 % des patientes : maux de tête, de ventre ou de dos, kyste de l’ovaire, acné, mais aussi dépression, baisse de libido, nervosité, etc. Les essais cliniques du Mirena ont été réalisés sur un total de 3754 femmes, suivies pour une durée d’un mois à cinq ans.

Les effets secondaires du stérilet hormonal peuvent être causés par le stérilet lui-même ou le progestatif qu’il libère, le lévonorgestrel, explique le Dr Mathieu Leboeuf, gynécologue-obstétricien au CHU Québec et cotitulaire de la Chaire de leadership en enseignement en santé des femmes. Les progestatifs, au même titre que la progestérone sécrétée pendant la grossesse, peuvent avoir un effet sur l’humeur, dit-il.

Ce sont des effets qui sont en général légers et limités dans le temps. Mais en médecine, il y a toujours des exceptions. Des patientes vont beaucoup plus réagir, d’autres ne verront aucune différence.

Le Dr Mathieu Leboeuf

Une femme enceinte a environ 100 fois plus d’hormones équivalentes dans son corps qu’une femme portant le stérilet Mirena, note le Dr Leboeuf.

En lisant des commentaires de patientes sur les réseaux sociaux, la Dre Laurence Simard-Émond a été frappée par le nombre de femmes qui se plaignent de ne pas avoir été avisées au départ des effets secondaires possibles du Mirena. « C’est pourtant un rôle super important du médecin », dit-elle.

Elle souligne qu’il est aussi primordial, en médecine, de reconnaître les symptômes de ses patientes. « Les patientes rapportent quelque chose qui est vrai, dit-elle. Est-ce vraiment dû au stérilet ? C’est parfois difficile de le déterminer, mais si la patiente veut le retirer pour voir si ça s’améliore, on peut le faire. »

Un outil précieux

Selon les études, l’effet du Mirena sur l’humeur est similaire à celui des autres méthodes de contraception hormonale, indique le Dr Mathieu Leboeuf. Parmi les patientes de la Dre Simard-Émond, le stérilet n’a pas moins bonne presse que la pilule, qui est aussi moins prescrite qu’avant – une baisse de 12,5 % entre 2015 et 2018, selon les chiffres de la RAMQ publiés dans Le Soleil. « En fait, il y a une portion des patientes qui ne veulent plus utiliser de contraception hormonale en général », constate Laurence Simard-Émond, qui pose beaucoup de stérilets en cuivre, même chez de jeunes patientes.

Le stérilet Mirena demeure néanmoins un outil précieux pour plusieurs patientes, comme celles souffrant de grandes crampes menstruelles ou de saignements abondants, soulignent les Drs Simard-Émond et Leboeuf. Le Mirena est même utilisé spécialement pour traiter ces conditions, tout comme l’endométriose, une maladie qui peut provoquer des problèmes de fertilité.

« Si la patiente craint les effets secondaires du stérilet hormonal, on va explorer les autres méthodes de contraception, dit le Dr Mathieu Leboeuf. Dans certains cas, tout pointe vers le stérilet. Ça se peut que je leur dise : “À mon avis, ça vaut la peine de l’essayer. Et si ça ne va pas, on l’enlève.” »