Alors qu’Ottawa débat depuis près d’une semaine au sujet de la modification du Code canadien du travail pour forcer les employeurs de compétence fédérale à fournir gratuitement des produits menstruels à leurs employées, trois jeunes Québécoises étudiantes en médecine se mobilisent pour que les écoles d’ici en procurent à leurs élèves. Le Québec emboîtera-t-il le pas à la Colombie-Britannique, l’Écosse et le Royaume-Uni où le mouvement social a déjà fait son bout de chemin ?

Stéphanie Vallet Stéphanie Vallet
La Presse

Le 5 avril dernier, la Colombie-Britannique est devenue la première province du pays à fournir gratuitement des produits menstruels dans les écoles. Le ministre de l’Éducation Rob Fleming a en effet exigé que tous les établissements scolaires primaires et secondaires mettent à la disposition de leurs élèves des produits menstruels dans leurs toilettes. « C’est extrêmement important pour la dignité des élèves de notre système éducatif », a précisé Rob Fleming dans les médias. La province s’est ainsi engagée à investir 300 000 $ par année afin de financer cette initiative. Ces fonds seront ensuite prévus à même le budget de la province au cours des prochaines années. Soulignons que différentes universités un peu partout au pays offrent des produits menstruels gratuitement dans leurs établissements.

Inspirées par la Colombie-Britannique, Ariane Litalien et deux autres étudiantes en médecine aspirant à se spécialiser en gynécologie ont décidé de lancer au début du printemps En règle Québec, un mouvement visant à encourager la gratuité des produits menstruels dans les écoles. Elles souhaitent ainsi contrer une statistique jugée inadmissible dans un pays développé comme le Canada : un tiers des élèves et étudiantes de 11 à 21 ans ont déjà manqué l’école ou le collège à cause de leurs règles.

« C’est une question de principe, d’égalité des sexes et des chances. Dans les écoles primaires et secondaires, le papier toilette est fourni gratuitement et personne ne se pose de questions. C’est un produit essentiel à l’hygiène. Pourquoi les tampons devraient-ils être quelque chose dont les femmes doivent porter la charge ? Ça n’a pas de sens. C’est un problème de santé publique. »

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Ariane Litalien, une des trois instigatrices d’En règle Québec

Le 16 avril dernier, le gouvernement britannique a annoncé que toutes les jeunes filles des écoles du pays bénéficieraient de produits hygiéniques gratuits d’ici 2020. En 2017, l’Écosse était devenue l’un des premiers États dans le monde à aider les femmes à faibles revenus à se procurer des produits d’hygiène féminine. « L’accès à l’éducation vient me chercher. La Ville de New York, l’Australie et la Colombie-Britannique ont montré que cette initiative favorisait la justice menstruelle, comme j’aime l’appeler », ajoute-t-elle.

Une pétition à l’Assemblée nationale

En règle Québec s’apprête à lancer au début de la semaine prochaine une pétition à l’Assemblée nationale afin de faire bouger les choses.

« Ça prenait un élu qui allait nous aider à concrétiser nos efforts. Catherine Fournier, députée de Marie-Victorin, a accepté de le faire. Le processus a été approuvé officiellement à l’Assemblée nationale et la pétition devrait être en ligne d’ici lundi », précise Ariane Litalien.

« J’ai accepté de devenir la marraine de la pétition de ce groupe de jeunes femmes. Ça m’apparaît tellement naturel ! Les serviettes, les tampons sont des produits hygiéniques comme le savon ou le papier toilette. Pourquoi ne pas les fournir aux jeunes élèves dans les institutions publiques que sont les écoles ? », interroge la députée Catherine Fournier.

Pour consulter la page Facebook d’En règle Québec : https://www.facebook.com/enreglequebec/