Parmi les nombreux projets domestiques mis en œuvre par les Québécois pour contrer le vague à l’âme de 2020, ceux d’aquariophilie ont connu un succès frétillant. Les magasins spécialisés ont enregistré des marées hautes de ventes ; leurs clients, néophytes comme habitués, ayant profité du temps libre pour apporter une dose de zénitude dans des logis qu’ils occupent plus que jamais.

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

À des degrés variables, tous les commerces d’aquariophilie joints par La Presse ont observé une hausse de leurs ventes, surtout d’équipement. Pas de doute, cette année, de nombreux clients ont plongé tête baissée dans de nouvelles expériences décoratives en intégrant ou en ajoutant un aquarium dans leur domicile.

Depuis la deuxième semaine du confinement du printemps, ça n’a pas lâché. Les gens aiment avoir quelque chose de vivant chez eux, sans que ce soit aussi contraignant qu’un chien ou un chat.

François St-Louis, propriétaire d’Aquarium du Nord, à Montréal

Deux profils se dessinent : les petits alevins aquariophiles nouvellement initiés qui, stagnant chez eux, ont saisi l’occasion pour mettre en œuvre un projet caressé depuis longtemps ; et les vieux loups de mer déjà équipés décidant de pousser plus loin leur passion.

« Beaucoup de clients m’ont dit qu’ils pensaient partir un aquarium depuis longtemps, mais qu’ils n’avaient jamais le temps. Là, ils se sont lancés », indique Benoit Rouleau, directeur de Québec Cichlidés, à Terrebonne. Il précise n’avoir jamais eu autant de nouveaux adeptes, qui se sont rués vers les aquariums tout équipés. Parmi sa clientèle de longue date, les nouveaux projets étaient aussi en ébullition. « Souvent, ils avaient déjà un aquarium d’eau douce et se sont parti un projet d’eau salée, ou l’inverse », rapporte-t-il.

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Richelle Cloutier et Benoit Rouleau, de Québec Cichlidés, à Terrebonne

Idem à Québec, où Hugo Abran, copropriétaire d’Aquarium Expert, dit avoir vu ses affaires quasiment doubler l’été dernier. « Avec le confinement, ceux déjà équipés d’un aquarium l’avaient constamment dans la face et ont décidé de l’améliorer et d’investir plus », explique-t-il. Tout comme à Sherbrooke, où beaucoup ont mordu à l’hameçon de l’aquariophilie. L’enseigne La Grande Ménagerie, malgré des embûches d’approvisionnement et de stocks estampillées COVID-19, a connu un été « extraordinaire ». « Le domaine des animaux tempère l’anxiété, les gens s’entourent bien et s’occupent bien l’esprit. Les animaux nous apportent beaucoup de réconfort psychologique », avance Olivier Côté, directeur des achats et vice-président du magasin.

Une occupation, une relaxation

Parmi les apprentis matelots en quête de sérénité aquatique se trouve la famille de Geneviève Rochon, qui s’est lancée pour la première fois dans l’aventure. Sur un coup de tête, elle a acquis un imposant aquarium de 55 gallons (208 litres), qui illumine et vivifie désormais son salon.

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Sur un coup de tête, Geneviève Rochon a acquis un imposant aquarium de 55 gallons (208 litres), qui illumine et vivifie désormais son salon.

« Ma fille a eu un betta [un poisson-combattant] dans un bocal pour sa fête cet été. On a acheté un plus gros aquarium pour lui et finalement, on en a acheté un très gros ! », raconte cette mère de deux filles de 6 et 8 ans. Est-ce que les poissons nez-rouge et les requins à queue rouge nageant dans cette acquisition ont profité de la pandémie pour faire leur nid chez la petite famille ? « Les enfants ont manqué une partie de l’école l’année passée, on est restés longtemps à la maison, on a eu beaucoup plus de temps, ça venait combler un manque d’occupation », dit Mme Rochon, qui apprécie également l’influence des nouveaux locataires de la maison bleue sur l’atmosphère domestique. « Je me suis aperçue à quel point j’étais zen juste en regardant le petit betta, je pouvais y passer des heures. Ça permet d’avoir un moment de calme, d’être posée, et avec le gros aquarium, c’est encore plus agréable », confie-t-elle.

Un ballet aquatique qui aura profité à de nombreuses chaumières cette année. « Bien des clients m’ont dit : ‟Heureusement que j’ai mon aquarium, ça me relaxe et ça m’occupe”. Ça vient nous grounder », constate M. Rouleau, de Québec Cichlidés.

Des aquariums apaisants

Une équipe de chercheurs britanniques et américains a démontré, dans une étude parue en 2015 dans la revue scientifique Environment and Behavior, que la contemplation d’un aquarium entraîne une amélioration de l’humeur ainsi qu’une baisse du stress et de la fréquence cardiaque. Des effets qui apparaissent après seulement 10 minutes d’observation, décuplés par une variété plus importante d’espèces présentes dans l’eau.