Difficile d’imaginer qu’il y a 20 ans, cette oasis de verdure était une horrible cour où les spécimens dominants étaient de type asphaltus tristus. Gravitant aujourd’hui autour de deux arbres vedettes, ce double jardin touffu et étoffé de mille détails et cachettes accueille désormais les résidants de l’immeuble adjacent, leur offrant un petit voyage végétal.

Sylvain Sarrazin
Sylvain Sarrazin La Presse

Quand Michel Furlotte et Serge Lapierre ont pris possession de cet immeuble du boulevard Rosemont, leur cour arrière aurait pu recevoir la Palme d’or de la morosité : « C’était affreux, recouvert d’asphalte au complet. Puis on a commencé à faire des aménagements », se souvient Michel, pointant les arbres pionniers de leur projet : dans un recoin, des sapins des Îles-de-la-Madeleine, pour s’amarrer aux souvenirs de la région d’origine de Serge ; de l’autre côté, un mûrier au bord d’un minuscule étang. « L’hiver, quand les feuilles sont tombées, ses branches forment une véritable sculpture », souligne-t-il.

Ensuite, au fil des années, les plantations se sont multipliées, au point de former une véritable jungle botanique – mais attention, savamment contrôlée et organisée, même si l’espace commence désormais à manquer. Précisons que les propriétaires disposent d’un sacré atout en main, puisque Serge Lapierre tient la Boutique du fleuriste à Outremont. Le bouquet composé dans ces jardins est d’ailleurs tellement varié que l’on ne sait trop par où débuter : les vivaces disséminées au sol, s’accommodant des ombrages (malvas, hostas, impatientes, glycine, clématites…), les nombreux arbres fruitiers (mûrier, pêcher, poirier, prunier), les exotiques (cactus et hibiscus, disposés sur la terrasse en bois) ?

  • Sapins, hostas, vigne, étangs, allées de galets : les propriétaires ont mis le paquet.

    PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

    Sapins, hostas, vigne, étangs, allées de galets : les propriétaires ont mis le paquet.

  • Des épilobes en épi apportent des tons de mauve, harmonisés avec les nuances rouges des impatiens.

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    Des épilobes en épi apportent des tons de mauve, harmonisés avec les nuances rouges des impatiens.

  • Les fleurs d’hibiscus agrémentent la terrasse en bois.

    PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

    Les fleurs d’hibiscus agrémentent la terrasse en bois.

  • Les propriétaires affectionnent particulièrement les arbres fruitiers. Ici, le poirier exhibe ses premiers trophées.

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    Les propriétaires affectionnent particulièrement les arbres fruitiers. Ici, le poirier exhibe ses premiers trophées.

  • De nombreux détails ont été disséminés au gré du jardin.

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    De nombreux détails ont été disséminés au gré du jardin.

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Érable et ginkgo, phares sylvestres

Ne tournons pas autour du pot, mais plutôt autour des deux piliers de la cour, à savoir un magnifique érable planté à l’ouest, et un impressionnant ginkgo biloba de 16 ans enraciné à l’est. Chacun règne sur son bout de jardin, car la zone a été séparée en deux parties. La raison de cette dichotomie ? Elle a huit pattes, quatre oreilles, deux truffes et se nomme Peanut et Madame. Toujours obscur à vos yeux ? Michel nous éclaire : « Il n’y a pas vraiment de thème propre à chaque jardin, nous en avons fait deux à cause de nos chiens, qui risquent de tout maganer en fonçant dans les plates-bandes », explique-t-il, tandis que le pug et le boxer tournoient autour de leur maître comme des tornades. Les canidés sont donc confinés dans le jardin ouest, où toutes les plantes ont été mises en pot, créant au passage un bel effet grâce à la variété de tailles et de couleurs des récipients.

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Michel Furlotte tente de calmer Madame et Peanut. Ces deux chiens très enthousiastes ont mené à la décision de séparer le jardin en deux parties, pour éviter qu’ils ne provoquent des dégâts dans les plates-bandes.

Le goût du voyage (Michel a exploré les cinq continents) a également été insufflé aux lieux, non seulement par des touches exotiques botaniques, mais aussi par les aménagements, fontaines et statuettes disséminées au gré des élégantes et tortueuses allées de galets. Des bouddhas de toutes tailles, cachés dans des recoins, apportent une véritable sérénité orientale, tout en évoquant aux hôtes leur dernier séjour en Chine. Ils côtoient un mini-moaï (vous savez, les statues de l’île de Pâques) ou encore ce mystérieux masque géant aux airs gréco-romains, dégoté aux serres Girouard de Sainte-Madeleine. « Il a été fait entièrement en ciment, personne ne pourra partir avec ! », plaisante le propriétaire.

  • Des influences orientales sont irréfutables à certains endroits, que ce soit par le choix des plantes, des arbres ou des aménagements.

    PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

    Des influences orientales sont irréfutables à certains endroits, que ce soit par le choix des plantes, des arbres ou des aménagements.

  • « Pardon pour le désordre, nous vivons » : voilà qui résume parfaitement la philosophie de ces jardins, où les plantes prennent tout l’espace qui leur est dû, quitte à paraître fort touffues.

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    « Pardon pour le désordre, nous vivons » : voilà qui résume parfaitement la philosophie de ces jardins, où les plantes prennent tout l’espace qui leur est dû, quitte à paraître fort touffues.

  • Étangs et fontaines apportent une touche de fraîcheur supplémentaire.

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    Étangs et fontaines apportent une touche de fraîcheur supplémentaire.

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Jardin vert et bras ouverts

La luxuriance de la végétation ayant permis de créer une multitude de recoins, on serait tenté de parler de jardin intime. Mais les propriétaires, qui louent les autres unités de l’immeuble, ne sont pas du genre à garder leur éden pour eux-mêmes. À l’étage réside leur amie Chantal Marinier, qui ne se lasse pas de la vue plongeante sur ce « jardin botanique privé » depuis son balcon. Et même s’il n’est pas monnaie courante de laisser les locataires jouir des cours en contrebas tenues par les propriétaires, ici, ils sont accueillis à bras ouverts pour s’y promener ou s’y détendre. Michel s’étonne d’ailleurs de ne pas les y voir plus souvent ! Il lui arrive même d’inviter à l’occasion certains badauds curieux qui étirent le cou depuis la ruelle pour admirer les lieux.

  • Chantal Marinier occupe l’un des logements à l’étage et peut non seulement admirer les jardins depuis son balcon, mais aussi s’y installer à sa guise.

    PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

    Chantal Marinier occupe l’un des logements à l’étage et peut non seulement admirer les jardins depuis son balcon, mais aussi s’y installer à sa guise.

  • Difficile de se figurer les formes de ce double jardin de Rosemont, tant les plantations y sont luxuriantes. Une chose est sûre, les locataires bénéficient d’un véritable océan de verdure à leurs pieds. On en voit ici une partie depuis le balcon de Mme Marinier, locataire à l’étage.

    PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

    Difficile de se figurer les formes de ce double jardin de Rosemont, tant les plantations y sont luxuriantes. Une chose est sûre, les locataires bénéficient d’un véritable océan de verdure à leurs pieds. On en voit ici une partie depuis le balcon de Mme Marinier, locataire à l’étage.

  • Tables et chaises ont été disposés dans divers recoins, dans l’intimité.

    PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

    Tables et chaises ont été disposés dans divers recoins, dans l’intimité.

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« C’est incroyable, on est juste à côté du boulevard Rosemont, mais on oublie que l’on est en ville », se réjouit Chantal, qui assiste à l’évolution des jardins d’année en année depuis son perron haut perché, bellement fleuri également. « Qu’as-tu rajouté dans le pot sur le mur ? », hèle Michel depuis le jardin. « Des fleurs de lotus ! », renseigne aussitôt sa locataire.

La convivialité se trouve même dans les détails, puisque la mention « Bienvenue » se lit sur une plaquette à l’entrée du jardin, et est reproduite çà et là. Ce ne sont pas que des mots en l’air ; ils se concrétisent par de multiples alcôves naturelles agrémentées de tables et de chaises. L’une des préférées des propriétaires : le petit cabinet de verdure de la zone est, coiffé d’une pergola aux cheveux de vigne, bordé par un oiseau du paradis massif et par un jeune ginkgo biloba aux feuilles étonnantes. « Il y fait tout le temps frais, même les journées de canicule », s’enthousiasme Michel.

  • « Bienvenue » est le maître mot des lieux. Par ailleurs, la porte du garage a été condamnée par des plantes grimpantes, et le petit édifice est utilisé comme serre et atelier.

    PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

    « Bienvenue » est le maître mot des lieux. Par ailleurs, la porte du garage a été condamnée par des plantes grimpantes, et le petit édifice est utilisé comme serre et atelier.

  • Le jeune ginkgo biloba bordant le cabinet de fraîcheur

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    Le jeune ginkgo biloba bordant le cabinet de fraîcheur

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Il y aurait encore mille détails à décrire et autant de plantes à citer (fusain, bougainvillier, dipladenia, caragana silver spire, etc.), mais dans le cadre de cet article, nous voici confronté à la même contrainte que Serge et Michel : « Il n’y a plus de place ! », indique le second, même si le premier finit toujours par dénicher une parcelle chaque année pour y planter un nouvel arbre fruitier, son péché mignon. Il reste que dans ce jardin, le plus beau fruit à récolter demeure sans doute la quiétude, à la saveur d’autant plus prononcée qu’elle est partagée.