Dans les Jardins de Métis, la maison écologique ERE 132 a été construite et aménagée avec des matériaux et des produits provenant d’une cinquantaine de fournisseurs établis pour la plupart dans le Bas-Saint-Laurent. En tout, environ 80 intervenants ont été mis à contribution, dans le but de montrer qu’il est possible d’employer des produits locaux et verts si on s’interroge davantage.

Danielle Bonneau Danielle Bonneau
La Presse

« Il faut développer le réflexe de se poser des questions, comme quand on va à l’épicerie », indique Claire Sirois, directrice adjointe du Créneau Écoconstruction, qui cherche à mobiliser les entreprises du Bas-Saint-Laurent pour les amener à se démarquer dans le domaine de l’écoconstruction.

« Il faut regarder la provenance des produits et l’impact environnemental que les matériaux peuvent avoir, précise-t-elle. Un revêtement extérieur de vinyle traditionnel, par exemple, ne coûte peut-être pas cher à l’achat, mais il provient du secteur pétrochimique. Déjà, cela ne part pas bien. Il faut ensuite regarder la durée de vie. Est-elle trois fois moins longue qu’un produit plus cher ? Peut-on la prolonger en appliquant de la peinture ou de la teinture plus tard ? Est-ce que le produit peut être recyclé ou est-ce que la seule option sera l’enfouissement ? »

Une plus grande attention accordée aux matériaux lors de la construction d’une maison, qu’elle soit écologique ou non, permettrait d’aller plus loin dans la lutte contre les changements climatiques, estime-t-elle.

Plein de choix peuvent être faits dès maintenant, qui permettraient d’avoir un impact significatif sur le plan des émissions de gaz à effet de serre et de la séquestration du carbone. L’achat local est un des éléments à privilégier.

Claire Sirois, directrice adjointe du Créneau Écoconstruction

« On met en valeur une ressource qui pousse ici, comme le bois, et des produits qui sont transformés dans la région, ajoute-t-elle. Toute la notion de transport est alors évitée, parce que les produits ne viennent pas de loin. On entend souvent que le bambou est écologique. Ce ne l’est pas du tout, quand on considère la distance parcourue. »

Pour avoir une meilleure lecture des matériaux d’origine naturelle, le Créneau Écohabitation et quelques partenaires travaillent depuis plus d’un an pour adapter l’étiquette écologique « Produit biosourcé », mise au point en France et aussi adoptée en Wallonie. « Le fait de s’associer à la démarche européenne donne du poids à la nôtre, précise Mme Sirois. On souhaiterait que des certifications comme LEED et WELL attribuent des points spécifiques pour des matériaux et des produits portant cette étiquette. La liste des produits potentiels inclut le bois, le chanvre, le lin, les mycomatériaux, l’asclépiade, la laine de mouton et les algues. »

Pas si facile d’identifier les produits locaux

Emmanuel Cosgrove, directeur général de l’organisme Écohabitation et évaluateur sénior LEED, voudrait mettre au point un système permettant d’identifier les produits québécois dans l’industrie de la construction et de la rénovation. Mais la tâche s’annonce ardue.

« Il y a beaucoup d’étapes dans l’élaboration d’un produit jusqu’à la livraison au chantier, indique-t-il. Valider la part qui est réellement québécoise exigerait toute une méthodologie. Il faudrait examiner tous les détails de la chaîne de transformation et de distribution pour voir si les dollars quittent le nid à un moment donné et pour quelle durée. »

Le défi peut être relevé, en y accordant temps et argent, croit-il. « Des programmes comme LEED, assez complexes, portent juste sur les matériaux et leur traçabilité. Une chose parmi 1500, c’est le bois homologué FSC [Forest Stewardship Council]. Tout un système de traçabilité du bois est déjà élaboré dans ce cas. Cela se fait, comme c’est le cas pour l’alimentation bio. »

Il donne également l’exemple de l’industrie de la musique, où le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a établi un système rigoureux pour déterminer la part de contenu canadien ou québécois des chansons, que ce soit sur le plan de la production, de la composition ou de l’interprétation.

Dans le domaine de la construction, il établirait ce qui se fait au Québec à différentes étapes : sur le plan de l’extraction de la matière première, de la transformation principale (comme dans le cas des alumineries et des scieries à bois), de la deuxième transformation en matériaux utilisables (comme des portes, des moulures, des planchers de bois franc). Au-delà de la manufacture, du côté des services locaux, viendrait la conception de produits effectuée ici, puis fabriqués en Chine (robinetterie, luminaires, etc.), les sièges sociaux d’entreprises, qui ne fabriquent pas ici, mais y ont quand même des employés, et enfin, les quincailleries (comme BMR et Canac), les détaillants et les cours à bois.

« Il y a énormément de confusion, constate Emmanuel Cosgrove. Il faut être vigilant et lire les étiquettes. Un plancher en érable préverni bon marché acheté dans une grande surface peut fort bien être fait à partir de bois nord-américain et avoir été transformé en Chine, tout comme une porte intérieure en pin de marque québécoise, établie dans l’Estrie. Il faut regarder les emballages et vérifier le lieu de fabrication. Dans certains cas, seulement le design a été effectué au Québec. Mais c’est absolument un plus. Il faut faire travailler un nombre maximum de gens d’ici. »