«Il y a un manque de compréhension généralisé, chez les entrepreneurs et même chez certains architectes, du système pare-air de l'enveloppe de la maison», soutient Pascal Cabana, conseiller énergétique chez Legault-Dubois, experts-conseils en bâtiment.

Publié le 21 nov. 2010
Carole Thibaudeau LA PRESSE

M. Cabana enseigne l'efficacité énergétique aux entrepreneurs qui veulent se qualifier pour le programme de construction Novoclimat. En modélisant des maisons du Grand Nord québécois, il a démontré qu'ajouter de l'isolant ne diminue pas nécessairement la consommation d'énergie. «Il faut aussi, souligne-t-il, que soit présent un système pare-air continu, comme l'indique depuis longtemps le Code national du bâtiment. Sinon, c'est comme porter un manteau et ne pas l'attacher.»

 

Sceller avec conscience

«Pour les entrepreneurs qui construisent beaucoup de maisons rapidement, je propose un système pare-air par l'extérieur des murs (mousse d'uréthane, panneaux de carton-fibre, etc.), explique Pascal Cabana, car le côté intérieur sera percé par d'autres professionnels (électriciens, plombiers, etc.).» Les petits entrepreneurs, pour leur part, ont l'habitude de poser un matériau qui combine les fonctions pare-vapeur et pare-air (polythène, panneaux d'isolant laminés d'un pare-vapeur). «Il faut bien sceller les jonctions, reprend M. Cabana. Beaucoup d'entrepreneurs ne font pas le scellement au bon endroit, par manque de formation. Et pourtant, ce ne serait pas plus long.»

Mario Bélanger, président d'Isolation Saint-Luc, ajoute: «Souvent, les gens qui rénovent mettent de la laine et un pare-vapeur, plus ou moins consciemment, et ils sont déçus que leur confort ne s'améliore pas autant qu'ils croyaient. C'est qu'ils ont oublié les fuites! L'isolation, c'est un tout. Ça doit être à l'épreuve de l'eau, de l'air et de la conduction de la chaleur.»

Par l'intérieur ou par l'extérieur?

Parfois, un dilemme se pose, en rénovation, pour savoir si on va isoler et mettre en place un système pare-air de l'intérieur ou de l'extérieur, notamment quand les murs extérieurs sont en bon état et que les murs intérieurs ont une valeur patrimoniale. C'est le cas chez Karine et Philippe, nouvellement propriétaires d'un duplex avec cariatides, luminaires Art déco, plâtres ouvragés et calorifères à eau chaude. «En refaisant l'électricité, on fait de petits trous dans les murs. On regarde en même temps si on ne pourrait pas y injecter de la cellulose», rapporte Philippe, ingénieur.

Ventilation

«La ventilation naturelle ne suffit pas, surtout l'automne, fenêtres fermées, à renouveler l'air, et elle peut propager des moisissures de l'enveloppe, affirme M. Cabana. Par contre, le ventilateur récupérateur de chaleur (VRC) a le mérite de faire entrer directement de l'air frais, en plus de récupérer la chaleur de l'air vicié et de la vapeur d'eau sortants.»

«Après avoir rénové et amélioré l'étanchéité, le test d'infiltrométrie fait par le conseiller énergétique indiquera si nous avons besoin d'un VRC, explique Emmanuel Cosgrove, directeur d'Écohabitation. En ville, sur une grande artère, on peut disposer un filtre HEPA sur l'échangeur d'air, pour filtrer les particules et le pollen. On le place en ligne avec un humidificateur, si nécessaire.»

Solives de rive

«Les solives de rive, au rez-de chaussée et entre les étages, sont une faiblesse des maisons non certifiées Novoclimat ou LEED», fait remarquer M. Cosgrove, qui a été entrepreneur en construction écologique pendant 10 ans. Dans ses cours sur la rénovation écologique, il recommande de bien isoler et sceller ces solives, par exemple avec de la mousse d'uréthane, à la fois isolante et pare-air, ainsi qu'un pare-vapeur si l'épaisseur est suffisante.

Poutres de galerie

Les poutres qui sortent de la maison pour soutenir les galeries doivent également être isolées, sur deux à trois pieds à l'intérieur, et très soigneusement à la jonction du mur à l'extérieur. «Si la poutre est en métal, explique Mario Bélanger, elle conduit le froid à l'intérieur, et il y a condensation. Il peut en résulter un écoulement d'eau même si l'enveloppe de la maison est étanche.»

Pour le giclage à la mousse d'uréthane, M. Bélanger conseille de faire affaire avec un entrepreneur membre d'une association (la CUFCA), ce qui garantit à la fois le produit et la formation de l'applicateur.

Fiche énergétique

En Europe, fait remarquer Mario Bélanger, une maison est vendue avec sa fiche énergétique indiquant combien elle consomme d'énergie par année. «Ici? Rien. Pourtant, la facture d'énergie, c'est la plus grande dépense d'une maison.»

www.legault-dubois.ca

www.isolez.ca

www.ecohabitation.com