(Washington) Des sénateurs démocrates américains ont étrillé mardi la mise en œuvre « fatalement défaillante » du retrait d’Afghanistan par le gouvernement de Joe Biden, lors d’une audition du chef de la diplomatie Antony Blinken, déjà confronté aux vives critiques des républicains.

Agence France-Presse

« La mise en œuvre du retrait américain a été clairement et fatalement défaillante », a déclaré le président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, Bob Menendez, réclamant que le gouvernement apporte « des explications complètes » et « rende des comptes ».

Un dégât hérité de Trump, mais empiré

S’il a estimé, comme Antony Blinken, que « le chaos » qui a accompagné le retrait et l’évacuation à la hâte de dizaines de milliers de personnes fin août était dû à « l’accord de reddition » conclu en 2020 par l’ex-président américain Donald Trump avec les talibans, l’influent élu démocrate a aussi déploré l’impréparation de Washington.

En cause, notamment, les défaillances du renseignement, qui d’après le secrétaire d’État n’a pas vu venir l’effondrement de l’armée afghane et la prise rapide du pouvoir par les talibans. Et le processus hyperbureaucratique pour attribuer des visas américains aux Afghans susceptibles de subir des représailles de la part des islamistes.

« N’aurions-nous pas dû commencer plus tôt ? », a interrogé Bob Menendez, qui s’est dit aussi « très déçu » par le refus du ministre de la Défense Lloyd Austin d’être entendu par sa commission.

Comme lundi devant les députés de la Chambre des représentants, Antony Blinken a défendu les décisions de son gouvernement. Il a insisté plusieurs fois sur le fait que personne n’avait prédit que les insurgés pourraient prendre le pouvoir « en onze jours », avant même le départ du dernier soldat américain.

« Je ne pense pas que ce soit vrai », a répondu le sénateur démocrate Tim Kaine, à l’instar de nombreux républicains. « La probabilité d’un effondrement » des autorités « n’était pas de 0 % », a-t-il insisté.

Alors que lundi, à la Chambre, les démocrates avaient mis en sourdine leurs critiques, laissant les républicains dénoncer un « désastre cuisant », mardi au Sénat, le camp du duo Biden-Blinken n’a pas caché ses propres réserves.

« Beaucoup d’entre nous veulent savoir comment le renseignement a pu se tromper à ce point », a lancé le sénateur démocrate Ben Cardin. Il a aussi estimé que les plans d’urgence prévus avaient échoué à garantir l’accès à l’aéroport de Kaboul des personnes voulant fuir l’Afghanistan.

Antony Blinken a expliqué que le renseignement américain avait estimé en février que le pire des scénarios verrait les talibans prendre la capitale afghane dans les deux ans suivant le départ des États-Unis. En juillet, face à l’avancée des rebelles islamistes, le renseignement a revu sa prévision, prévenant que les talibans pourraient arriver au pouvoir avant fin 2021.

Le sénateur républicain Marco Rubio a affirmé qu’il ne s’agissait pas d’un « échec du renseignement » mais d’un « échec de la politique », car le gouvernement « n’a pas su ou pas voulu voir » ce qui allait se passer.