(New York) Anthony Fauci a menti concernant l’utilité du masque, l’efficacité de l’hydroxychloroquine et l’origine de la COVID-19.

Richard Hétu
Richard Hétu Collaboration spéciale

Anthony Fauci a tenté de s’enrichir en écrivant un livre qui a été retiré du marché pour étouffer le scandale.

Anthony Fauci doit démissionner, ou être viré, ou faire l’objet d’une enquête parlementaire ou criminelle.

Anthony Fauci devrait peut-être être exécuté.

La droite américaine n’a jamais porté dans son cœur Anthony Fauci, directeur de l’Institut américain des maladies infectieuses et conseiller médical de la Maison-Blanche.

Au début de la pandémie de COVID-19, l’éminent immunologue s’est mis à dos de nombreux partisans de Donald Trump en le contredisant parfois en public et en imposant des restrictions liberticides à leurs yeux.

Mais la droite lui a conféré ces derniers jours un statut de super-vilain qui n’a peut-être pas de parallèle dans l’histoire récente des États-Unis.

Dans un article publié le 6 juin, le site Gateway Pundit l’a accusé d’avoir contribué à la mort de « millions » de personnes à cause de son refus de prescrire l’hydroxychloroquine contre la COVID-19.

La veille, Donald Trump Jr. avait proféré sur Instagram ce que certains ont interprété comme une menace à l’endroit du Dr Fauci. « Je vais juste prendre de l’avance sur ce sujet et dire que je ne pense pas que Fauci se soit suicidé », a-t-il écrit à ses 4,5 millions d’abonnés, accompagnant son message d’une photo de l’acteur Leonardo DiCaprio hilare, un verre d’alcool à la main.

À quoi doit-on attribuer ce nouveau degré d’hostilité ? La cause immédiate est la publication par le Washington Post et le site BuzzFeed de milliers de courriels échangés par le Dr Fauci au cours des six premiers mois de la pandémie. Ces documents ont été obtenus à la suite d’une demande formulée en vertu de la loi sur l’accès à l’information.

Une rumeur infondée

Mais ces courriels n’expliquent pas tout. Il faut également tenir compte de l’appétit de la droite pour un ennemi commun. Et, jusqu’à présent, le scientifique semble être une meilleure cible que Joe Biden ou Kamala Harris.

Il faut aussi prendre en considération le penchant actuel des médias et des politiciens de droite pour la désinformation et le complotisme. L’histoire du livre Expect the Unexpected en fournit un exemple. L’ouvrage de 80 pages à paraître en novembre regroupe des extraits de discours et d’interviews du Dr Fauci sur les leçons de sa longue carrière.

Fin mai, le livre est apparu en prévente sur les sites d’Amazon et de Barnes & Noble avant d’en disparaître peu après. Il n’en fallait pas plus pour que des commentateurs et sites conservateurs lancent la rumeur suivante : le livre a été retiré en raison de la colère du public face à l’idée que le Dr Fauci puisse profiter financièrement de la pandémie.

« Ses directives de confinement ont détruit nos moyens de subsistance et menacé l’avenir de nos enfants. Maintenant, il va en tirer de jolis profits », a tweeté le représentant républicain de Caroline du Nord Dan Bishop.

L’éditeur du livre, National Geographic Books, a fait savoir que le Dr Fauci n’avait pas été payé pour le livre et qu’il ne recevrait aucune redevance sur les ventes. Il a précisé en outre que le livre était apparu sur les sites d’Amazon et de B & N de façon prématurée.

Qu’à cela ne tienne, des tweets, articles et topos ont continué à propager la rumeur pendant les jours suivants, rejoignant des dizaines de millions de lecteurs et de téléspectateurs, y compris ceux de Fox News.

La même désinformation est à l’œuvre dans l’affaire des courriels, qui a engendré les mots-clics #FauciLeaks, #FauciEmails et #FauciGate. Et plusieurs élus républicains, dont des présidentiables, y participent.

Mais ses courriels…

« Pendant 16 mois, nous avons vu le Dr Fauci retenir des informations, rejeter des explications plausibles sur l’origine de la COVID et mentir carrément au Congrès », a déclaré le sénateur républicain de Floride Marco Rubio, joignant sa voix à celle de plusieurs collègues, dont Tom Cotton et Marsha Blackburn, pour réclamer sa démission ou son limogeage.

PHOTO STEFANI REYNOLDS, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Marco Rubio, sénateur républicain de Floride

Les accusations de ces sénateurs découlent d’une lecture tendancieuse ou malhonnête d’une poignée de courriels. Kristian Andersen, directeur du Scripps Research Institute, a envoyé l’un d’eux au Dr Fauci le 31 janvier 2020. Il fait part à son collègue de ses interrogations concernant des caractéristiques du SARS-CoV-2. Celles-ci, écrit-il, pourraient s’expliquer par des modifications non naturelles.

Plusieurs critiques du Dr Fauci ont voulu voir dans ce courriel la preuve que l’immunologue savait depuis le début que la COVID-19 avait probablement été fabriquée dans le laboratoire de l’Institut de virologie de Wuhan. Le site de vérification de faits et de théories scientifiques Health Feedback leur reproche d’ignorer un courriel subséquent dans lequel le Dr Andersen rejette lui-même cette thèse.

Selon Health Feedback et d’autres sites de vérification de faits, les courriels du Dr Fauci ne contiennent pas davantage de déclarations prouvant qu’il a déjà cru en l’efficacité de l’hydroxycloroquine pour traiter la COVID-19.

Et s’il est vrai qu’il a douté de l’utilité du port du masque pour la population générale dans un courriel daté du 5 février, il s’est ravisé par la suite.

Mais les critiques du Dr Fauci n’en démordent pas. Ainsi, le sénateur républicain du Kentucky Rand Paul l’accuse de lui avoir menti sur son rôle dans le financement de recherches dans le labo de Wuhan. Selon lui, ces recherches ont peut-être mené à la création du nouveau coronavirus.

« J’ai tenu tête à Fauci et à tous les petits tyrans. Mais le fait que j’avais raison ne fera que les pousser à s’en prendre encore plus à moi », a-t-il tweeté après la publication des courriels de l’immunologue.

Le gazouillis était accompagné d’un lien permettant à ses partisans de participer au financement de sa campagne de réélection en 2022.