L’équipe assurant la défense de Lisa Montgomery presse le président américain sortant, Donald Trump, d’intervenir en sa faveur à une semaine de la date du 12 janvier retenue par le ministère de la Justice pour son exécution.

Publié le 6 janv. 2021
Marc Thibodeau
Marc Thibodeau La Presse

« Il peut être un héros dans ce dossier », a plaidé mardi l’avocate Kelley Henry en faveur de la femme de 52 ans, qui avait été condamnée à mort en 2004 pour avoir tué une jeune mère et extirpé le bébé vivant de son ventre alors qu’elle était en crise psychotique.

« Nous ne cherchons pas à excuser ses actions et ne demandons pas qu’elle soit relâchée. Ce que nous voulons pour elle, c’est l’emprisonnement à vie sans possibilité de libération », a relevé MHenry en soulignant que le président devrait au moins accorder un sursis à la détenue s’il refuse de commuer sa peine avant de quitter le pouvoir le 20 janvier.

Un document détaillant les circonstances « horribles » justifiant la demande de clémence a été adressé formellement mardi au chef d’État avec l’appui notamment de plusieurs experts des Nations unies qui pressent l’administration de surseoir à l’exécution.

« Mme Montgomery a été victime toute sa vie d’un niveau extrême de sévices physiques et sexuels et l’État n’a jamais rien fait pour la protéger… », ont déploré les rapporteurs sur les droits de la personne de l’organisation internationale.

L’État n’a rien fait par ailleurs pour l’aider avec les problèmes de santé mentale dont elle souffrait.

Extrait du document adressé à Donald Trump

Évoquant le risque d’un tort « irréparable » et « injuste », la Commission interaméricaine des droits de l’homme presse aussi l’administration de mettre le holà à l’exécution, qui devait initialement survenir le 8 décembre.

L’équipe d’avocats de Lisa Montgomery avait obtenu d’un tribunal un premier sursis en faisant valoir que la pandémie l’empêchait de préparer à temps une demande de clémence suffisamment détaillée. Deux avocats, dont MHenry, avaient contracté la COVID-19 après avoir visité l’accusée en prison au Texas.

Le ministère de la Justice a rapidement fixé une nouvelle date et maintient le projet d’aller de l’avant malgré de nouvelles contestations juridiques.

Le gouvernement, évoquant la nécessité de tenir compte des familles des victimes, a mis un terme l’année dernière à un moratoire vieux d’une vingtaine d’années relativement à l’exécution de détenus fédéraux.

Si celle de Lisa Montgomery a lieu comme prévu, elle deviendra la première femme en 70 ans à mourir sur ordre des autorités fédérales, qui peuvent exiger devant les tribunaux la peine de mort pour un nombre limité de crimes considérés comme les plus graves.

Le président désigné Joe Biden est opposé à la peine de mort, mais rien ne permet de garantir à ce stade qu’il commuera la peine de l’Américaine si un sursis mène au report de l’exécution au-delà du 20 janvier, a relevé MHenry.

« Nous n’avons aucune assurance à ce sujet », a souligné l’avocate, qui a fait témoigner mardi plusieurs experts et proches de la détenue, dont sa demi-sœur, Diane Mattingly.

Une enfance empreinte de violence

Lors d’une conférence de presse virtuelle, Mme Mattingly a expliqué qu’elle avait tenté tant bien que mal en bas âge de protéger sa sœur avant d’être retirée, à 8 ans, du foyer familial par des travailleurs sociaux.

Leur mère, femme alcoolique instable et violente, utilisait la « douleur » pour les intimider et a notamment tué le chien de la famille à coups de pelle devant elles.

Après son départ, Lisa Montgomery a été agressée sexuellement pendant des années par son beau-père, qui permettait à des amis de la violer.

Sa mère l’a aussi forcée à se prostituer avant de la contraindre à se marier à 18 ans avec un demi-frère, lui aussi violent.

« Elle disait qu’il fallait que Lisa gagne son pain », déplore Mme Mattingly, qui s’attriste de constater que plusieurs personnes ont fermé les yeux sur ce qui arrivait à sa demi-sœur au fil des ans plutôt que de dénoncer la situation.

Les lourds problèmes de santé mentale hérités de son passé auraient normalement empêché que Lisa Montgomery soit condamnée à mort si les avocats de l’époque lui avaient assuré une défense adéquate, relève Sandra Babcock, une juriste rattachée à l’Université Cornell qui la soutient.

Aucun des autres cas recensés aux États-Unis où des femmes ont commis un crime similaire n’a mené à une telle peine puisque les autorités reconnaissent généralement, souligne Mme Babcock, que des gestes d’une telle gravité sont le résultat d’un profond traumatisme.

L’appel à la clémence lancé à Donald Trump par les défenseurs de Lisa Montgomery survient quelques semaines après que le président a suscité la controverse en accordant son pardon à des dizaines de personnes, dont plusieurs politiciens condamnés pour corruption, ainsi qu’à un groupe d’anciens soldats mis en cause dans une tuerie survenue en Irak.