Walmart, Amazon et d’autres géants ont fait don d’argent à la campagne de réélection d’une élue républicaine de l’État du Tennessee qui a utilisé les médias sociaux pour amplifier et promouvoir la théorie du complot QAnon, selon l’Associated Press qui a revisé les dossiers de financement de campagne et des messages de la candidate.

Michael Kunzelman
Associated Press

Le soutien d’entreprises à une politicienne qui fait la promotion de QAnon est un autre exemple de la façon dont cette théorie du complot a pénétré la politique américaine, se propageant au-delà de ses origines sur des forums internet populaires auprès de l’extrême droite.

Des dizaines de candidats faisant la promotion de QAnon se sont présentés pour des postes fédéraux ou d’État au cours de ce cycle électoral. Collectivement, ils ont recueilli des millions de dollars auprès de milliers de donateurs. Individuellement, cependant, la plupart d’entre eux ont mené des campagnes mal financées avec peu ou pas de soutien des entreprises ou des partis. Contrairement à la représentante Susan Lynn, qui préside le comité des finances de la Chambre des représentants du Tennessee, rares sont les titulaires qui peuvent attirer l’argent de Comités d’action politique (PAC) provenant d’entreprises.

Bien qu’elle ait publié à plusieurs reprises un slogan bien connu de QAnon sur ses comptes Twitter et Facebook, Susan Lynn a déclaré à l’Associated Press dans une interview vendredi qu’elle ne soutenait pas cette théorie du complot.

Amazon a déclaré dans un communiqué avoir « fait un don à la représentante Lynn il y a près d’un an – mais ne prévoyait pas d’en faire un autre ».

Walmart n’a pas répondu aux demandes répétées de commentaires formulées par courrier électronique et via son site Web. Un porte-parole d’un autre donateur de la campagne de Susan Lynn, la société de distillerie Brown-Forman, basée au Kentucky, qui possède une installation dans le Tennessee, a déclaré qu’elle n’était pas au courant des publications de QAnon de Susan Lynn et n’aurait pas fait don à sa campagne via le Comité d’action politique Jack Daniel’s, si elle avait été au courant de la situation.

« Maintenant que nous avons été mis au courant, nous réévaluerons nos critères de don pour aider à identifier des affiliations comme celle-ci à l’avenir », a déclaré Elizabeth Conway dans un communiqué.

Les responsables des Comités d’action politique d’entreprises décident généralement des candidats à soutenir sur la base de questions politiques étroites et pragmatiques plutôt que de préoccupations politiques plus larges, a déclaré Anthony Corrado, professeur de gouvernance au Colby College et expert en financement de campagne.

« Dans de nombreux cas, il n’y a aucun contrôle de la part du conseil d’administration ni aucune responsabilité en matière d’examen des contributions avant qu’elles ne soient faites », a déclaré Anthony Corrado. « Certaines entreprises ont maintenant adopté des politiques sur la supervision des contributions des PAC en raison des risques à la réputation que cela implique. »

Au moins 81 candidats actuels ou anciens candidats à un poste de législateur ont soutenu la théorie du complot ou promu le contenu de QAnon, dont au moins 24 candidats aux élections générales de novembre, selon l’organisation à but non lucratif Media Matters for America.

Vendredi, les candidats avaient collectivement collecté près de 5 millions de dollars de contributions pour ce cycle électoral, mais seulement huit avaient collecté plus de 100 000 dollars individuellement, selon l’étude des données de la Commission électorale fédérale de l’Associated Press. La base de données en ligne de la commission ne contient aucun rapport de collecte de fonds pour 30 des candidats, dont la grande majorité se présente comme républicains.

Le Congrès américain est pratiquement certain d’avoir au moins un membre soutenant QAnon l’année prochaine. Marjorie Taylor Greene, dont la campagne a permis de collecter plus d’un million de dollars, était la candidate favorite dans un district de Géorgie avant même que son adversaire démocrate ne se retire de la course.

Au niveau des États, l’Associated Press et Media Matters ont identifié plus de deux douzaines de candidats législatifs qui ont exprimé leur soutien ou leur intérêt pour QAnon.

QAnon repose sur la croyance sans fondement que le président Donald Trump mène une campagne secrète contre les ennemis de « l’État profond » et contre un réseau de trafic sexuel d’enfants dirigé par des pédophiles sataniques et des cannibales. Donald Trump a fait l’éloge des partisans de QAnon et retweete souvent des messages de comptes qui font la promotion de cette théorie du complot.

QAnon a été lié à des meurtres, des tentatives d’enlèvement et d’autres crimes. En mai 2019, un rapport du FBI mentionnant QAnon a averti que les extrémistes motivés par cette théorie du complot sont devenus une menace terroriste nationale.

Susan Lynn a déclaré que ses publications sur les réseaux sociaux n’indiquaient aucun soutien à la théorie du complot.

« Nous sommes aux États-Unis d’Amérique, et je suis absolument libre de tweeter ou de retweeter tout ce que je veux », a-t-elle déclaré. « Je ne comprends même pas pourquoi c’est même un problème. Croyez-moi, je ne fais pas partie de certains mouvements QAnon. »

Mais en octobre 2019, Susan Lynn a retweeté des publications de comptes faisant la promotion de QAnon avec des dizaines de milliers d’abonnés. L’un des messages qu’elle a retweetés louait Donald Trump et incluait le mot-clic #TheGreatAwakening (le grand réveil), une phrase couramment invoquée par les adeptes de QAnon.

Entre le 31 octobre 2019 et le 9 janvier 2020, sa campagne a reçu 4750 $ en dons d’Amazon.com Services LLC, du BlueCross BlueShield of Tennessee’s PAC, de l’assureur santé Humana, du Southwest Airlines Co. Freedom Fund et de Walmart Inc.

« Comme beaucoup d’autres entreprises, notre PAC contribue périodiquement aux élus du Tennessee, y compris ceux qui exercent des fonctions de leadership comme Susan Lynn », a déclaré la porte-parole de BlueCross BlueShield, Dalya Qualls, dans un communiqué.

En avril, Susan Lynn a mis à jour sa page Facebook avec une photo de couverture qui comprenait un drapeau avec des étoiles formant un « Q » au-dessus de l’abréviation « WWG1WGA », qui représente le slogan de QAnon « Where we go one, we go all » (là où l’un va, nous allons tous). En mai et juin, Susan Lynn a ponctué plusieurs tweets avec la même abréviation.

Et quand un partisan de premier plan de QAnon surnommé « Praying Medic » a tweeté le message : « Est-il temps pour Q de se rassembler pour Trump ? » Susan Lynn a répondu : « Il est temps ! », dans un message le 31 mai.

Susan Lynn a déclaré qu’elle considérait « Where we go one, we go all » comme un « slogan très fédérateur » et ne savait pas que c’était la devise de QAnon. Cependant, une poignée d’utilisateurs de Facebook qui ont répondu à sa photo de couverture mise à jour en avril ont commenté ce lien avec QAnon. Le drapeau qui contient la lettre Q n’est plus sa photo de couverture, mais pouvait toujours être vu dans le fil de sa page vendredi.

En juillet, AT&T Tennessee PAC, Cigna Corporation PAC et Jack Daniel’s PAC ont contribué un total de 4000 $ à la campagne de Lynn.

Les PAC liés à BlueCross BlueShield, AT & T Tennessee, Cigna, Southwest Airlines et Jack Daniel’s avaient également déjà fait un don à la campagne de Susan Lynn avant qu’elle ne fasse la promotion de QAnon sur Twitter l’année dernière.

L’Associated Press a contacté toutes les entreprises mentionnées dans cette histoire. Certains n’ont pas répondu aux demandes de commentaires et d’autres ont refusé de commenter.