(Washington) Donald Trump tente à tout prix d’engranger, dans la dernière ligne droite avant la présidentielle du 3 novembre, des succès de politique étrangère susceptibles de satisfaire sa base, après avoir échoué à dénouer les crises majeures de son premier mandat.

Francesco FONTEMAGGI
Agence France-Presse

La dernière annonce, mercredi, tient à une promesse-phare du président républicain : « mettre fin aux guerres sans fin » des États-Unis au Moyen-Orient.

L’armée américaine a fait savoir qu’elle retirerait 2200 soldats supplémentaires d’Irak d’ici la fin du mois.  

En 2016, « Trump a fait campagne en affirmant que la guerre d’Irak avait été la pire erreur de politique étrangère de l’histoire américaine », rappelle Sarah Kreps, professeure à la Cornell University.

« Il tente maintenant de tenir sa promesse après avoir laissé le temps aux militaires de planifier le retrait », dit-elle à l’AFP, soulignant qu’il avait jusqu’ici « buté sur les résistances de l’establishment, y compris au Pentagone », lorsqu’il a voulu diminuer la présence dans ce pays, comme en Syrie ou en Afghanistan.

Selon elle, il y a là une certaine cohérence de la part du président « qui a le moins eu recours à la force militaire » depuis la fin de la Guerre froide, ce qui « peut être considéré comme un succès » par ceux qui critiquent l’interventionnisme américain.

« Diplomatie courageuse »

À moins de huit semaines de briguer un second mandat, le choix du moment n’est toutefois pas anodin.

D’autant que l’administration américaine s’apprête aussi à annoncer une réduction ultérieure des troupes en Afghanistan, alors même que la violence perdure et que le processus de paix peine à décoller.

Surtout, la Maison-Blanche ne laisse pas passer un jour sans mettre en avant l’accord « historique » qu’elle a favorisé entre Israël et les Émirats arabes unis, troisième pays arabe seulement à reconnaître l’État hébreu.

Cet « accord de paix », qui sera signé en grande pompe le 15 septembre à Washington, « est un témoignage de la diplomatie et de la vision courageuse du président Trump », a estimé mercredi sa porte-parole, qui s’est fendue d’un communiqué pour saluer sa « nomination » au prix Nobel de la paix — en fait une simple proposition, par un élu norvégien, qui n’a aucune valeur de présélection de la part de l’institut qui décerne les prestigieuses reconnaissances.

Pourtant, la normalisation des relations israélo-émiraties est bien loin de l’ambition initiale du tonitruant septuagénaire, qui avait promis la paix entre Israéliens et Palestiniens.

C’est que Donald Trump s’est aliéné l’Autorité palestinienne en multipliant les décisions favorables à Israël, conscient de satisfaire ainsi l’importante frange chrétienne évangélique de son électorat.

« Détourner l’attention »

La semaine dernière, en annonçant une « normalisation économique » à la portée toute relative entre la Serbie et le Kosovo, il a créé la surprise en dévoilant avoir aussi arraché la reconnaissance de l’État hébreu par Pristina et l’ouverture d’une ambassade à Jérusalem par les deux pays. Peu importe si, dès cette semaine, Belgrade a remis en doute son propre engagement.

« L’accord Israël-Émirats ne suffira pas à effacer la détérioration majeure de la sécurité à travers le Moyen-Orient pendant son mandat », affirme à l’AFP Brian Katulis, chercheur au Center for American Progress, un cercle de réflexion de gauche, en évoquant les conflits qui font rage en Syrie, en Libye et au Yémen.

Pour lui, « Trump a fait beaucoup de promesses et en a tenu peu en matière de sécurité nationale ».

Ainsi, les principales crises identifiées à son arrivée sont loin d’être résolues : l’Iran, malgré sa « pression maximale » qui lui a valu une vive fâcherie avec les Européens, est plus proche qu’avant d’une arme nucléaire, tout comme la Corée du Nord, en dépit de trois sommets et moult lettres « magnifiques » avec le dirigeant Kim Jong-un.

De même, les relations avec la Russie n’ont pas connu l’embellie espérée, et la Chine, rival stratégique numéro un, ne semble pas vouloir reculer face à l’offensive diplomatique américaine.

Quant au président vénézuélien Nicolas Maduro, il est toujours au pouvoir alors que Washington a tout fait pour l’en chasser.

Brian Katulis souligne aussi que « la principale crise sécuritaire de l’ère Trump », qui restera comme son « principal héritage », est celle liée à la mauvaise gestion de la pandémie, également emblématique de son incapacité à s’entendre avec les alliés de l’Amérique.

Le président-candidat « tente probablement de détourner l’attention de sa gestion de la COVID-19 en redorant son blason diplomatique », acquiesce Sarah Kreps. « Je doute que cela fonctionne dans une élection dominée par les questions de politique intérieure, mais cela peut jouer à la marge. »