La Ville de New York a lancé en février un concours architectural international pour remettre à jour le célèbre pont de Brooklyn. Et l’une des équipes finalistes est en partie montréalaise.

Suzanne Colpron
Suzanne Colpron La Presse

« On a été embauchés pendant le confinement », précise Arianne Pizem, fraîchement diplômée de l’Université McGill en architecture avec son copain, Alexandre Rossignol. « Notre rôle était de faire de la conception et le design d’une partie des visuels pour la proposition architecturale. »

Les deux jeunes Montréalais ont été recrutés par l’un de leurs anciens professeurs de McGill, Scott Francisco, dont la firme Pilot Projects Design Collective est établie à New York et à Montréal.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Les jeunes architectes Arianne Pizem et Alexandre Rossignol

Le projet, baptisé Brooklyn Bridge Forest, propose d’agrandir la passerelle en bois avec des planches provenant d’une communauté écologique du Guatemala et de planter des « microforêts » aux deux extrémités du pont. Il accorde aussi une place accrue aux cyclistes et aux piétons, et réduit l’espace réservé aux voitures, sans dénaturer la structure historique du pont.

Scott a eu cette idée il y a 10 ans. Il a lancé un organisme qui s’appelle Brooklyn Bridge Forest pour connecter les villes avec les forêts et réglementer la façon dont on se procure du bois pour que ce soit écologique et durable.

Arianne Pizem, architecte

IMAGE FOURNIE PAR L’INSTITUT VAN ALEN

Brooklyn Bridge Forest, du groupe Pilot Projects Design Collective, Cities4Forests, Wildlife Conservation Society, Grimshaw et Silman ; établi à New York et Montréal

Deux autres projets ont été retenus dans cette catégorie dite professionnelle (22 ans et plus). Le jury a par ailleurs choisi trois projets dans une autre catégorie, consacrée aux étudiants (21 ans et moins).

Les critères de sélection pour l’ensemble des projets étaient les suivants : composition de l’équipe, accessibilité et sécurité du concept, respect du statut historique du pont, aspect environnemental et faisabilité du projet.

Le jury recherchait des idées nouvelles qui « surprennent, ravissent et fascinent », précise-t-on sur le site de l’Institut de design urbain Van Alen, qui a lancé ce concours, de concert avec le conseil municipal de New York.

En tout, 250 propositions ont été soumises de partout dans le monde.

Un gagnant dans chaque catégorie sera élu d’ici la fin de l’été. La note finale sera accordée à 50 % par le jury et à 50 % par les New-Yorkais, qui étaient invités à voter pour leur concept préféré dans chacune des deux catégories.

Rien ne garantit toutefois que le projet gagnant sera mis en œuvre par la Ville de New York, bien que les autorités aient inspecté les célèbres câbles du pont de Brooklyn pour déterminer si la structure pouvait accueillir une voie piétonnière élargie.

16 500 piétons par jour

Le pont de Brooklyn, ouvert en 1883 pour relier les quartiers de Manhattan et de Brooklyn, est l’un des monuments les plus reconnaissables de New York. Il est devenu un lieu de prédilection pour les touristes et une route très empruntée par les navetteurs. La circulation se fait sur deux niveaux : l’un réservé aux cyclistes et aux piétons, et l’autre aux automobilistes.

Le nombre de piétons qui le traversent chaque jour est en hausse constante ; il tournait autour de 16 500 l’an dernier. Et le nombre de cyclistes a doublé en 10 ans.

Le concours architectural s’inscrit dans les efforts de la Ville pour repenser la façon dont on se déplace à New York, qui est devenue un enjeu encore plus grand avec la pandémie de COVID-19. Montréal, qui est au cœur d’une réflexion similaire, pourrait peut-être s’en inspirer.

En effet, depuis le début de la crise sanitaire, beaucoup de citadins privilégient les déplacements à vélo et à pied, quand cela est possible, plutôt qu’en métro.

« Plusieurs projets finalistes éliminent les voitures et font du pont de Brooklyn un pont entièrement réservé aux cyclistes et aux piétons », précise la jeune architecte Arianne Pizem.

« Comme le montre encore plus clairement la pandémie, la conception de nos rues et de nos espaces partagés doit être adaptée au moment présent et s’efforcer de corriger les injustices passées, explique l’Institut Van Alen sur son site. Ils doivent favoriser des options de transport équitables, accessibles et durables, créer un environnement sain et sûr pour tous les New-Yorkais et permettre aux petites entreprises et aux vendeurs de prospérer. »

Aperçu des autres projets finalistes

Bridge X

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Bridge X, du groupe ScenesLab + Minzi Long + Andrew Nash, New York, établi à Boston et Vienne

Dans la catégorie professionnelle, le projet Bridge X imagine les deux niveaux du pont de Brooklyn pour offrir un meilleur accès aux piétons et aux cyclistes et faire de la place aux petits commerçants et aux entreprises durables. Les automobilistes ne sont plus les bienvenus. Une série d’outils numériques sont mis à la disposition des visiteurs pour explorer et réfléchir à leur expérience.

Back to the Future

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Back to the Future, du groupe BIG + ARUP, de New York

Back to the Future supprime aussi les voies réservées aux voitures. Les rampes d’accès sont transformées en voies vertes pour offrir un meilleur accès au public. L’objectif de ce projet est de lutter contre les changements climatiques tout en offrant plus d’espace aux piétons, aux cyclistes et aux gens qui utilisent le transport en commun. Il veut aussi permettre une meilleure connexion entre le centre-ville de Brooklyn et celui de Manhattan.

Do Look Down

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Do Look Down, du groupe Shannon Hui, Kwans Kim, and Yujin Kim ; de Hong Kong, San Francisco et New York

Dans la catégorie étudiante, le projet Do Look Down suggère de remplacer la promenade en bois par une passerelle en verre et d’interdire éventuellement les voitures pour aménager de nouvelles voies réservées aux piétons et aux cyclistes, en plus d’offrir des espaces aux commerces, aux artistes et aux manifestants. Le trottoir emmagasine l’énergie des marcheurs et l’utilise pour alimenter des écrans lumineux et des projections.

The Artery

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The Artery, de Lukas Kugler, de New Milford, au Connecticut

Dans cette même catégorie, The Artery s’inspire du High Line, ce célèbre parc urbain suspendu aménagé sur une ancienne voie ferrée de New York. Il propose d’aménager une voie pour les marcheurs et les navetteurs et une autre pour les touristes, les familles et les personnes âgées. Ce concept comprend également des espaces désignés pour les commerçants et trois voies distinctes : une pour les cyclistes, une pour les coureurs et une autre les piétons.

The Cultural Current

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The Cultural Current, d’Aubrey Bader et Maggie Redding, de Knoxville, au Tennessee

Toujours dans la catégorie étudiante, The Cultural Current utilise la couleur d’une façon ludique pour guider les visiteurs. La proposition réutilise le bois de la passerelle et du plastique recyclé. Elle prévoit aussi de réduire la circulation automobile sur la chaussée inférieure.