La semaine avait plutôt bien commencé pour les républicains.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

Malgré l’affaire ukrainienne et l’impopularité de Donald Trump à l’échelle nationale, leur président demeurait étonnamment compétitif face aux trois principaux candidats démocrates à la présidence dans six des États clés qui ont contribué à son élection en 2016. C’est du moins la conclusion que les analystes pouvaient tirer de sondages réalisés pour le New York Times et publiés à un an de l’élection présidentielle de 2020.

Mais les choses se sont gâtées dès le lendemain pour eux. Lors d’élections locales tenues dans une poignée d’États, le parti de Donald Trump a reçu un avertissement sévère. Il a notamment perdu le contrôle des deux chambres du Parlement de Virginie pour la première fois depuis 1993. Et il a essuyé un camouflet au Kentucky, où le gouverneur républicain sortant, Matt Bevin, a vraisemblablement perdu son poste par un peu plus de 5100 voix (il n’a pas encore concédé la victoire).

Et pourtant, Donald Trump avait lui-même participé lundi soir à un rassemblement au Kentucky pour mobiliser ses partisans dans cet État conservateur où il a battu Hillary Clinton par 30 points de pourcentage en 2016.

Si vous perdez, cela enverra vraiment un mauvais message. Si vous perdez, ils diront que Trump a subi la plus grande défaite de l’histoire du monde. Vous ne pouvez pas permettre que cela m’arrive.

Donald Trump, lors d’un rassemblement au Kentucky lundi

PHOTO DOUG MILLS, THE NEW YORK TIMES

Rassemblement partisan au Kentucky, lundi

Après le vote, il s’est targué d’avoir contribué à réduire à presque rien un écart de 15 à 20 points de pourcentage que Matt Bevin aurait accusé sur le candidat démocrate et procureur général du Kentucky, Andy Beshear.

En fait, les sondages les plus sérieux indiquaient que les deux candidats étaient à égalité dans la dernière ligne droite.

Trump, hantise des banlieues

Mais quel message retenir de cette soirée électorale ? Au Kentucky, il faut reconnaître d’emblée que le poulain de Donald Trump était franchement impopulaire, tant sur le plan idéologique que sur le plan personnel. Le titre coiffant l’article d’un chroniqueur de Lexington a bien résumé la situation : « Matt Bevin a perdu […] parce qu’il est un abruti ».

Les républicains ont d’ailleurs connu un certain succès dans l’État du bourbon et du charbon, mardi, en remportant les élections pour les postes de procureur général et de secrétaire d’État.

Ils ont aussi remporté une victoire attendue au Mississippi, État du Sud où le républicain Tate Reeves a été élu au poste de gouverneur.

Mais là s’arrêtent leurs succès. En Virginie, les républicains ont pu constater que la hantise des électeurs des banlieues envers Donald Trump n’a fait que croître au cours de la dernière année. En novembre 2018, cette hantise avait permis aux démocrates de devenir majoritaires à la Chambre des représentants. Dans un an, elle pourrait contribuer à la défaite du 45e président.

Un sondage Washington Post–ABC News publié mardi a donné une idée de la nature et de l’ampleur du problème de Donald Trump face à cet électorat qui a longtemps favorisé les républicains. Dans un affrontement hypothétique contre Joe Biden, le président tire de l’arrière par 28 points de pourcentage auprès des femmes des banlieues, alors qu’il jouit d’une avance de seulement 8 points de pourcentage auprès des hommes des banlieues, selon l’étude.

Pour être réélu à la Maison-Blanche, Donald Trump devra donc ratisser encore plus large qu’en 2016 chez les électeurs des régions rurales et exurbaines.

Les élections de mardi ont démontré que ce problème ne se limitait pas à un État comme la Virginie, passé du rouge au violet au bleu au cours des 20 dernières années, sur le plan politique. La Pennsylvanie, État qui a joué un rôle clé dans l’élection de Donald Trump, a également fourni des résultats inquiétants pour le parti du président.

Percées démocrates

Ainsi, pour la première fois depuis la guerre de Sécession, le comté de Delaware sera dirigé par des démocrates, qui ont évincé les trois derniers républicains qui siégeaient encore au sein d’un conseil comptant cinq élus. Situé dans la banlieue de Philadelphie, le comté était LE bastion républicain par excellence dans le Keystone State.

Les démocrates ont également fait des percées dans d’autres comtés situés en banlieue. En Pennsylvanie comme en Virginie, ils ont ainsi confirmé que le pouvoir de mobilisation de Donald Trump s’exerçait autant auprès de sa base que de celle de l’adversaire.

Les élections de mardi offrent aussi des leçons pour les candidats du Parti démocrate à la présidence. En Virginie et au Kentucky, entre autres, les démocrates ont notamment connu du succès en défendant les programmes de santé actuels, y compris l’assurance santé Medicaid pour les personnes à faible revenu, plutôt qu’en proposant de repartir à zéro avec un système de santé à payeur unique, comme le proposent Elizabeth Warren et Bernie Sanders.

Barack Obama, dont la réforme de la santé a permis l’expansion du programme Medicaid, est d’ailleurs l’un de ceux qui se sont réjouis des résultats de ces élections.

« Je suis fier de tous les Américains qui se sont rendus aux urnes [mardi], élisant un groupe de dirigeants progressistes et optimistes qui protégera Medicaid, dessinera des cartes électorales équitables et réduira la violence liée aux armes à feu. Une excellente soirée pour notre pays », a tweeté le 44e président.

Autrement dit, une soirée exécrable pour les républicains et leur président, qui devront décider s’ils acceptent ou non cet avertissement électoral.