(New York) Provocateur à souhait, décidé à prendre tous les anti-Trump à rebrousse-poil, le fils aîné de Donald Trump a sorti mardi un livre confirmant son goût pour le combat politique, qui pourrait le pousser un jour à briguer lui aussi un mandat.

Catherine TRIOMPHE
Agence France-Presse

À en croire Donald Trump Junior, qui s’est livré mardi soir à une séance de dédicaces avec une trentaine d’admirateurs à Manhattan, c’est «le livre que les élites de gauche ne veulent pas que vous lisiez».  

Intitulé Triggered: How the Left Thrives on Hate and Wants to Silence Us, l’ouvrage de près de 300 pages s’ouvre sur des propos délibérément polémiques.  

Donald Trump Jr., 41 ans, resté à New York pour gérer avec son frère Eric les affaires de leur père, le dédie aux «pitoyables» – allusion à l’expression malheureuse d’Hillary Clinton, qui, pendant la campagne présidentielle de 2016, avait qualifié certains électeurs de Trump de «bande de pitoyables» (basket of deplorables).  

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«Énerver» les gauchistes

Ce féru de chasse et de plein air raille d’emblée les «gauchistes convaincus ou les assoiffés de justice sociale», qu’il appelle à «jeter immédiatement» le livre à la poubelle ou à «demander à leur restaurant vegan préféré d’en faire des menus».  

Habitué à attaquer les ennemis de son père, Donald Junior fait de la provocation un outil de promotion : il a lancé parallèlement un site internet qui permet d'expédier un exemplaire du livre à son «gauchiste préféré», histoire de l’énerver.  

On peut choisir comme cible Hillary Clinton, la chef de file des démocrates au Congrès Nancy Pelosi, les jeunes élues démocrates Alexandria Ocasio-Cortez et Ilhan Omar, devenues boucs émissaires des conservateurs, ou le sénateur républicain Mitt Romney, très critique du président.  

Publié par l’éditeur conservateur Center Street, le livre, à la fois pamphlet et mémoires, figurait mardi soir en quatrième position des commandes passées sur Amazon, après que le président américain eut appelé la veille sur Twitter à le «commander aujourd'hui ».

Au rang des accusés cités dans l’ouvrage, on retrouve les cibles habituelles du président comme les médias traditionnels, visés dans un chapitre intitulé «L’ennemi du peuple», l’ancien vice-président et candidat démocrate Joe Biden, ou le procureur spécial Robert Mueller, «une vieille marionnette».  

Donald Junior évoque aussi ses séjours, enfant, chez ses grands-parents maternels en Tchécoslovaquie, qui l’ont vacciné contre le «socialisme» revendiqué par le sénateur Bernie Sanders ou Alexandria Ocasio-Cortez.

Il mentionne ses problèmes d’alcool dans sa jeunesse, qui l’ont poussé à renoncer à boire. Et reconnaît souffrir d’une nouvelle forme d’addiction: la dépendance aux réseaux sociaux.

«Je ne peux pas rester plus de deux heures sans regarder mon fil Twitter […]. Aussi méchants que soient les commentaires, je ne peux pas résister», écrit-il.  

Bientôt en politique?

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Donald Trump entouré de ses fils Eric et Donald Jr. lors d'un rallye au New Hampshire, en 2016.

S’il reconnaît que les réseaux sociaux ont aidé son père à percer, le quadragénaire new-yorkais les accuse aujourd’hui de vouloir censurer tous les conservateurs.

« Cela revient à supprimer complètement la liberté d’expression, on ne peut pas continuer à laisser faire ça », estime-t-il.

Interviewé sur CBS, il a dit avoir fait preuve de retenue dans cet ouvrage : «J’aurais pu pousser le bouchon beaucoup plus loin et ouvrir le feu, je ne l’ai pas fait».

Il a aussi affirmé que beaucoup, y compris à la Maison-Blanche, cherchaient à saper la présidence de son père.

Il y a selon lui «très peu de gens» auxquels le président peut «faire pleinement confiance». Parmi ces derniers figurent selon lui le secrétaire d’État Mike Pompeo ou le très controversé avocat Rudy Giuliani.   

AFP

Jared Kushner et Ivanka Trump.

Si la fille aînée de Donald Trump, Ivanka, devenue conseillère à la Maison-Blanche avec son mari Jared Kushner, avait initialement semblé être la plus «politique» des enfants du président, Don Junior, qui sillonne le pays depuis des mois pour soutenir son père, reconnaît y avoir pris goût.

«Je n’exclus rien», a-t-il répondu à CBS, qui lui demandait s’il envisageait de se présenter à une élection.  

«J’aime la partie “campagne” […], j’aime aller au contact des vrais gens et voir comment les politiques de mon père affectent leur vie. Mais je ne sais pas, à ce stade de ma vie, si j’aimerais faire ça toute la journée».