(Washington) La Maison-Blanche a reconnu jeudi pour la première fois que Donald Trump avait lié une aide destinée à l’Ukraine à des considérations de politique intérieure américaine, fournissant de nouvelles munitions aux démocrates qui enquêtent en vue de destituer le président.

Charlotte PLANTIVE
Agence France-Presse

Le chef de cabinet de la Maison-Blanche Mick Mulvaney a créé la surprise en lâchant cet aveu au détour d’une conférence de presse sur le G7. Il a toutefois assuré que cela « n’avait absolument rien à voir » avec l’ancien vice-président Joe Biden, qui pourrait porter les couleurs démocrates lors de la présidentielle de 2020.

Fin juillet, Donald Trump avait demandé à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky d’enquêter sur Joe Biden et sur les affaires de son fils Hunter en Ukraine. Or l’administration américaine avait suspendu plus tôt dans le mois une aide militaire de près de 400 millions de dollars destinée à l’Ukraine.

Cette décision est au cœur de l’enquête ouverte il y a trois semaines par les parlementaires démocrates dans le cadre de l’explosive procédure d’« impeachment ».  Les élus de l’opposition veulent savoir si Donald Trump a abusé de ses pouvoirs à des fins personnelles, notamment en gelant l’argent pour forcer Kiev à coopérer.

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Mick Mulvaney

Le milliardaire républicain martèle qu’il n’a exercé « aucune pression » sur le président Zelensky et que l’aide avait été gelée le temps d’évaluer l’assistance apportée à l’Ukraine par ses autres partenaires occidentaux.

Jeudi, pour la première fois, la Maison-Blanche a reconnu que Donald Trump avait d’autres motivations.

« A-t-il mentionné en passant la corruption liée au serveur informatique du parti démocrate ? Absolument, il n’y a aucun doute à ce sujet, c’est pour ça que nous avons gelé l’argent », a déclaré M. Mulvaney.

« De mal en pis »

Le directeur de cabinet faisait référence à une théorie née dans les cercles complotistes et relayée par Donald Trump et ses proches, selon laquelle l’Ukraine aurait piraté les courriels du parti démocrate lors de la présidentielle américaine de 2016 et non la Russie, comme l’ont établi les services de renseignements américains.

Cet argument a été avancé pour décrédibiliser l’enquête sur les soupçons de collusion entre Moscou et l’équipe de campagne du candidat républicain, qui a assombri les deux premières années de son mandat.

« Revenir sur ce qui s’est passé en 2016 […] était absolument approprié », a encore déclaré Mick Mulvaney, en soulignant que l’aide avait fini par être versée, en septembre.

« Mulvaney vient de dire que l’aide militaire pour l’Ukraine avait été suspendue pour forcer Kiev à enquêter sur les démocrates », a réagi sur Twitter l’élu Adam Schiff qui supervise l’enquête parlementaire contre Donald Trump. « Les choses vont de mal en pis », a-t-il ajouté.  

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Rudy Giuliani

Face au tollé suscité par ses propos, le directeur de cabinet a rétropédalé quelques heures plus tard, assurant dans un communiqué que les médias avaient « déformé ses commentaires » pourtant prononcés face caméra, dans le cadre d’une « chasse aux sorcières » contre Donald Trump.

« Déçus »

Sur un autre front, l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’Union européenne (UE) Gordon Sondland a révélé que Donald Trump avait imposé aux diplomates chargés du dossier ukrainien de travailler avec son avocat personnel et fervent défenseur Rudy Giuliani.

« Nous avons été déçus par l’ordre du président d’impliquer M. Giuliani », a déclaré cet homme d’affaires pourtant proche de Donald Trump lors d’une audition au Congrès.  

Selon M. Sondland, M. Giuliani a ensuite expliqué aux diplomates que le président Trump voulait que son homologue ukrainien fasse « une déclaration publique sur la corruption » et mentionne « deux sujets d’enquête importants » : le « serveur informatique démocrate » et le groupe gazier Burisma, pour lequel travaillait le fils de Joe Biden, Hunter.  

« Je n’ai compris que bien plus tard que l’un des objectifs de M. Giuliani était peut-être […] d’impliquer directement ou indirectement, les Ukrainiens dans la campagne de réélection du président pour 2020 », a assuré l’ambassadeur.

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Gordon Sondland à son arrivée au Capitole jeudi matin.

Malgré les efforts de la Maison-Blanche pour bloquer l’enquête des démocrates, M. Sondland est le huitième témoin entendu par les parlementaires.

Les démocrates affichent leur volonté d’aller vite vers la mise en accusation du président, une prérogative de la chambre basse du Congrès qu’ils contrôlent.  

Il reviendra ensuite, selon la Constitution, au Sénat de juger si M. Trump doit être destitué. Compte tenu de la majorité républicaine dans cette enceinte, cette perspective paraît peu probable à ce stade.