L’idée du président américain d’acheter le Groenland a provoqué un froid avec le Danemark, Donald Trump n’ayant pas aimé entendre la première ministre danoise qualifier son projet d’« absurde ». Aujourd’hui perçue comme saugrenue, la vente de territoires a pourtant été fréquemment utilisée dans le passé par les États-Unis… et même le Danemark.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Trump en froid avec le Danemark

Le 45e président des États-Unis s’est informé la semaine dernière sur la possibilité d’acheter le Groenland, une immense île de 56 000 habitants. La première ministre danoise Mette Frederiksen a répondu à Donald Trump que le Groenland n’était pas à vendre et a trouvé la demande « absurde », puisqu’il s’agit d’un territoire autonome. La déclaration a poussé Donald Trump à annuler sa visite prévue le 2 septembre à Copenhague en accusant Mme Frederiksen d’avoir été « méchante » envers son pays. Hier, le président a fustigé le Danemark dans un gazouillis à propos de la contribution financière du pays scandinave à l’OTAN, insuffisante selon lui. La première ministre danoise a dit regretter l’annulation de leur rencontre et a indiqué que l’invitation restait ouverte.

Déjà une offre en 1946

L’idée d’acheter le Groenland n’est pas nouvelle. Le président américain Harry S. Truman y avait également songé en 1946 : il avait alors offert 100 millions en or et des parcelles de l’Alaska. « C’était considéré au département de la Défense comme un territoire intéressant, un rempart de sécurité face à la menace balistique », précise l’expert Julien Tourreille, chercheur à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand. Les Danois étaient alors hostiles à l’impérialisme américain. Les États-Unis ont donc échoué à acheter le territoire, mais ont pu y aménager une importante base militaire, Thule.

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Le 33e président des États-Unis, Harry Truman

Outil d’expansion

L’achat de territoire à d’autres nations a longtemps été un outil important dans l’expansion des États, a indiqué Julien Tourreille en entrevue avec La Presse. « Cet élément diplomatique permet d’améliorer la position stratégique d’un État. La pratique aujourd’hui désuète a été fondamentale dans le passé des États-Unis », a dit l’expert. Le Groenland représente un potentiel de ressources naturelles non négligeable pour l’homme d’affaires qu’est Trump, poursuit-il. Dans un contexte de réchauffement climatique, les eaux autour de cette terre deviendront également plus propices à la navigation. D’un point de vue stratégique, cela peut représenter un avantage.

Plusieurs précédents américains

L’acquisition de la Louisiane, vendue aux Américains par la France en 1803, a presque doublé le territoire états-unien à l’époque. Les Américains ont obtenu ces terres pour 15 millions de dollars de l’époque. En 1867, les États-Unis ont mis fin à la présence russe en Amérique du Nord en leur achetant l’Alaska pour 7,2 millions de dollars. Cette décision était controversée à l’époque, alors que la plupart des décideurs politiques n’en voyaient pas l’utilité. Mais des années plus tard, cette acquisition a donné aux Américains le statut de « puissance arctique », selon Julien Tourreille. « Ça leur a permis d’être voisins de la Russie dans un contexte de guerre froide et de projeter leur force », explique-t-il.

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La Nouvelle-Orléans, en Louisiane

Précédent danois

Si le Danemark refuse aujourd’hui de vendre le Groenland aux États-Unis, il s’est montré plus ouvert dans le passé. En 1917, le pays a vendu à Washington, pour 25 millions, les îles Vierges, aujourd’hui une destination populaire pour les vacanciers. Les Îles Vierges sont aujourd’hui partagées entre deux pays : les États-Unis et la Grande-Bretagne. Le Danemark a possédé plusieurs colonies du XVIIe au XIXe siècle, mais le pays a peu à peu revendu ces anciens territoires, principalement à la Grande-Bretagne. En 1845, Copenhague a ainsi vendu à Londres plusieurs petits territoires qu’elle détenait en Inde.

Achat canadien

L’achat d’un grand territoire a aussi eu lieu au Canada. La Terre de Rupert a été sous la mainmise de la Compagnie de la Baie d’Hudson pendant 200 ans. Ce vaste territoire de 8 millions de kilomètres carrés équivaut actuellement aux Prairies, au nord du Québec et de l’Ontario et au Nunavut. Avec le déclin de la traite des fourrures, le Canada a obtenu la Terre de Rupert en 1870 pour 1,5 million de dollars. Dans le même traité, le Canada a fait l’acquisition du Territoire du Nord-Ouest. « La transaction représente le plus important achat de biens fonciers au Canada », lit-on sur le site web du Musée canadien de l’histoire.

Vieille pratique

L’achat de territoires par des États remonte à loin. Au Moyen Âge, le royaume de France a ainsi acheté en 1349 la région du Dauphiné de Viennois, où se trouve Grenoble, ce qui a permis à la France de s’étendre à l’est du Rhône. On avait fait signer un traité qui stipulait qu’on céderait le territoire à la mort du souverain de ce territoire. Paris a également tenté en 1867 d’acheter le grand-duché du Luxembourg. L’offre a finalement été refusée, la Prusse s’y étant opposée.

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La ville de Grenoble, en France

Sources : AFP, site Ambassade et des consulats des États-Unis d’Amérique en France, Librairie du Congrès des États-Unis, Global Policy

Rectificatif

Rectificatif : Une version antérieure de ce texte indiquait que les Îles Vierges sont partagées entre trois pays. C’est inexact. Elles sont partagées entre deux pays, soit les États-Unis et la Grande-Bretagne. Nos excuses.