(Washington) Magnat milliardaire de l’informatique qui avait secoué la politique américaine en se présentant deux fois à la Maison-Blanche, Ross Perot est décédé mardi à 89 ans.

Michael Mathes
Agence France-Presse

«Dans ses affaires comme dans la vie, Ross était un homme d’action intègre», ont écrit ses proches, précisant que le Texan était décédé tôt chez lui à Dallas, entouré de sa famille.  

Ross Perot souffrait d’une leucémie, diagnostiquée en février, selon le journal Dallas Morning News.

Silhouette fluette et voix nasillarde, ce petit homme – 1,65 mètre – pratiquait volontiers la bonhomie en public mais n’en avait pas moins manifesté, tout au long de sa vie, une détermination farouche.  

Au point de marquer l’histoire politique américaine en enregistrant, en 1992, le meilleur score depuis 1912 pour un candidat indépendant à la Maison-Blanche.

En s’attirant 18,9% des voix, il avait précipité la défaite du républicain George H.W. Bush face au démocrate Bill Clinton.

George W. Bush, fils du candidat républicain malheureux, avait plus tard déclaré que M. Perot était en partie responsable de la défaite du patriarche qui briguait une réélection. Pas rancunier, celui qui est lui-même devenu président a salué mardi la mémoire d’«un grand patriote».

«Ross incarnait l’esprit d’entrepreneuriat et l’éthique américaine», a écrit George W. Bush dans un communiqué.

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Ross Perot brandit la fameuse une erronée du Chicago Daily Tribune datant de 1948 lors d'un rallye de campagne à Long Beach, en Californie, le 1er novembre 1992.

En 1996, Ross Perot s’était présenté sous les couleurs de la formation qu’il avait fondée, le Reform Party, mais n’avait remporté que 8% des suffrages.

À chaque fois, il s’était présenté pour défendre «une réforme des campagnes (électorales), la protection des travailleurs américains affectés par la sous-traitance et la réduction de la dette nationale», souligne sa nécrologie, publiée sur son site officiel.

D’après son fils Ross Perot Jr., il ne s’était pas présenté pour obtenir «un bénéfice personnel». «C’était un homme d’affaires frustré par ce qu’il voyait et qui voulait aider à régler les problèmes du pays», a-t-il confié au Dallas Morning News.

Verve

Marié, Ross Perot était père de cinq enfants.  

Né le 27 juin 1930 à Texarkana, pendant la Grande dépression, ce self-made man s’était décrit – en annonçant sa seconde candidature en 1996 – comme «un petit garçon du Texas qui a vécu le rêve américain».

AP

Ross Perot en 1968.

Rappelant l’image typique du cowboy texan, sa nécrologie signale qu’il «avait démarré sa carrière d’homme d’affaires en vendant des selles, puis en évoluant ensuite jusqu’à vendre les chevaux également». 

Mais c’est dans l’informatique qu’il a bâti sa fortune, récemment estimée à 4 milliards de dollars par le magazine Forbes.  

Après des études à l’Académie navale, «son rêve depuis longtemps», l’ancien boy-scout avait quitté la marine pour se lancer dans la vente d’ordinateurs chez IBM.

En 1962, il avait créé sa propre entreprise, Electronic Data Systems (EDS), qu’il a dirigée d’une main de fer avant de la vendre pour 2,5 milliards de dollars à General Motors en 1984.  

Il avait ensuite fondé une autre société informatique, baptisée Perot Systems, vendue en 2009 à Dell pour 3,9 milliards de dollars.

La candidature en 1992 de l’homme d’affaires avait provoqué une première dans l’histoire des présidentielles américaines : trois candidats de camps opposés avaient partagé le plateau des débats.

Le style de Ross Perot avait alors tranché avec le ton plus pompeux du président Bush.

Sa verve et son sens de la repartie avaient délecté les téléspectateurs, comme lorsqu’il n’avait pas hésité à tourner ses grandes oreilles en dérision en déclarant «Je suis tout ouïe», ou qu’il avait renvoyé dans les cordes le président Bush qui lui reprochait son manque d’expérience : «C’est vrai, je n’ai aucune expérience dans l’accumulation d’une dette de 4000 milliards de dollars […] mais j’ai beaucoup d’expérience lorsqu’il s’agit d’agir ».

Ross Perot et son épouse ont donné des millions de dollars à des œuvres caritatives. Et, en pleine Révolution islamique de 1979 en Iran, il avait «organisé et financé» une mission pour secourir deux employés d’EDS pris en otages à Téhéran, souligne son site.

Pour ses funérailles, dont la date n’a pas encore été fixée, la famille demande «qu’au lieu de fleurs […] les contributions aillent aux œuvres caritatives de Ross».