(Washington) Piqué au vif, Donald Trump s’est déchaîné mardi contre l’ambassadeur britannique à Washington, qualifié d’« imbécile prétentieux », alimentant une tempête diplomatique qui occupe désormais une place centrale dans la course à la succession de Theresa May.

Jerome CARTILLIER
Agence France-Presse

Le président américain avait initialement réagi avec retenue à la publication samedi dans la presse de câbles diplomatiques qui auraient dû rester secrets et dans lesquels l’ambassadeur, Kim Darroch, dressait le portrait peu flatteur d’un président erratique à la tête d’une Maison-Blanche chaotique.

Mais le milliardaire américain a changé de ton. « L’étrange ambassadeur que le Royaume-Uni a refilé aux États-Unis n’est pas une personne qui nous emballe, un type très stupide », a-t-il tweeté, réitérant par ailleurs ses attaques contre la première ministre britannique au moment où le Royaume-Uni se prépare-dans la douleur-à l’après-Brexit.

« J’ai dit à Theresa May comment conclure un accord mais elle a fait à sa façon ridicule-incapable d’y parvenir. Un désastre ! ».

Les deux candidats à la succession de Mme May ont réagi très différemment aux propos vengeurs du président américain.

Le ministre des Affaires étrangères Jeremy Hunt a vivement dénoncé des propos « irrespectueux et faux ».

Boris Johnson, lui, a mis en avant ses « bonnes relations » avec Donald Trump. Interrogé sur les attaques de ce dernier visant Mme May, il s’est montré particulièrement conciliant vis-à-vis du locataire de la Maison-Blanche : « J’ai moi-même fait des déclarations très critiques sur la façon dont les négociations sur le Brexit ont été menées ».

REUTERS

Donald Trump et Theresa May à Osaka le mois dernier.

Les deux rivaux ont été interrogés sur le sujet lors de leur débat de mardi soir sur la chaîne ITV.

À la question de savoir s’il maintiendrait l’ambassadeur Darroch en poste s’il devenait chef du gouvernement, M. Johnson a esquivé. « Je ne vais pas être assez présomptueux pour penser que je serai dans la position » de prendre une décision à ce sujet, a-t-il dit.

M. Johnson a relevé que M. Trump avait été entraîné dans une controverse politique britannique, et « je ne pense pas que c’était nécessairement une bonne chose à faire pour lui », a-t-il dit.

« Mais notre relation avec les États-Unis a une importance fantastique », a souligné l’ancien ministre des Affaires étrangères, qui a déclaré avoir « une très bonne relation avec la Maison-Blanche ».

« Chaos et les luttes féroces »

Lundi, M. Trump avait assuré que ses équipes n’auraient « plus de contact » avec le diplomate britannique en poste dans la capitale fédérale américaine depuis janvier 2016.

Le département d’État a cependant affirmé mardi n’avoir reçu aucun ordre de ne pas interagir avec l’ambassadeur britannique. « Nous continuerons à travailler avec tous les diplomates accrédités tant que n’aurons pas reçu d’autres instructions de la part de la Maison-Blanche », a déclaré Morgan Ortagus, porte-parole de la diplomatie américaine.

Pour Downing Street, qui a assuré que Kim Darroch avait toujours « le plein soutien de la première ministre », l’équation est délicate. Si la publication de ces notes confidentielles a placé Mme May dans l’embarras, rappeler immédiatement l’ambassadeur à Londres serait interprété comme un signe de faiblesse face aux coups de menton du tempétueux président américain.

Cette crise diplomatique tombe au plus mal pour le Royaume-Uni : le Brexit est pour l’heure programmé pour le 31 octobre et Londres affiche haut et fort sa volonté de conclure rapidement un accord de libre-échange avec Washington pour compenser sa sortie de l’UE.

Le mois dernier, lors de sa visite d’État au Royaume-Uni, le président américain avait fait miroiter la possibilité d’un accord commercial « extraordinaire » avec l’allié britannique, tout en restant évasif sur le calendrier.  

Dans les câbles diplomatiques publiés samedi soir par le Mail on Sunday, l’ambassadeur britannique qualifie notamment le président américain d’« instable » et d’« incompétent ».

« Nous ne pensons pas vraiment que cette administration va devenir plus normale, moins dysfonctionnelle, moins imprévisible, moins divisée, moins maladroite et inepte diplomatiquement », écrit en particulier Kim Darroch dans un de ses messages.

L’ambassadeur écrit encore que les informations sur « le chaos et les luttes féroces « qui agitent la Maison-Blanche sont » pour la plupart véridiques ».

Londres a annoncé l’ouverture d’une enquête pour identifier les responsables de cette fuite, à deux semaines de la désignation, le 23 juillet, du nouveau chef de gouvernement au Royaume-Uni.