(Washington) Des élus américains ont présenté mercredi un projet de loi visant à étudier l’indemnisation des descendants d’esclaves noirs, une question ancienne et sensible dans un pays où les disparités raciales restent fortes.

Agence France-Presse

Le texte, baptisé HR40, veut créer une commission parlementaire chargée d’étudier les discriminations subies par les descendants d’esclaves puis faire des recommandations sur d’éventuelles «solutions appropriées». Il est présenté régulièrement au Congrès depuis 1989, sans avoir jamais été soumis au vote.  

L’année 2019 marque le 400e anniversaire de l’arrivée des premiers esclaves sur le sol américain.  

L’audition devant la commission judiciaire de la Chambre des représentants intervient le jour anniversaire de la fin officielle de l’esclavage en 1865, deux ans après son abolition.

Le HR40 «est la réponse trop longtemps reportée des États-Unis» sur la question de l’esclavage, a affirmé Sheila Jackson Lee, la rapporteure du texte.  

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Sheila Jackson Lee

«Nous ne demandons pas aux Américains de faire un versement», a-t-elle souligné, alors que la dette de l’Amérique envers les anciens esclaves se compterait en milliards de milliards de dollars, selon plusieurs universitaires.

La minorité afro-américaine (13,4% de la population) a droit à une part de la richesse que ses ancêtres ont contribué à développer, a-t-elle dit, ajoutant que «ceux qui récoltaient le coton ont créé la richesse fondamentale de ce pays».

«Les Noirs n’ont pas besoin d’excuses» mais d’une politique de lutte contre les disparités, a affirmé le journaliste noir Coleman Hughes. Opposé à une indemnisation financière, il a cité le racisme et les nombreuses discriminations subies dans le logement, l’emploi, la santé et la justice.

Selon le site Federal Safety Net, 21,2% des Noirs américains vivaient en 2017 sous le seuil de pauvreté, contre 8,7% des Blancs.

Mardi, le chef de la majorité républicaine au Sénat Mitch McConnell a écarté l’idée d’une indemnisation pour «quelque chose qui s’est passé il y a 150 ans et pour laquelle aucun de ceux qui vivent aujourd’hui ne sont responsables».  

Il a créé la polémique en estimant que l’élection en 2008 de Barack Obama, premier président noir, était une marque de repentance pour le «péché originel de l’esclavage».

Ces déclarations montrent le «niveau phénoménal d’ignorance» de l’élu du Kentucky, l’un des États esclavagistes avant la guerre de Sécession, a réagi sur la radio Sirius XM le sénateur noir Cory Booker, candidat à l’investiture démocrate pour la présidentielle de 2020.