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Le débat sur les méthodes d'exécution est rouvert

Une militante anti peine de mort brandit une... (PHOTO STEVE GOOCH, AP/THE OKLAHOMAN)

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Une militante anti peine de mort brandit une pancarte où l'on peut lire «Ne tuez pas pour moi», alors qu'elle proteste contre la peine capitale, dans le Capitole d'Oklahoma City, le 30 avril.

PHOTO STEVE GOOCH, AP/THE OKLAHOMAN

Chantal VALERY
Agence France-Presse
WASHINGTON

La longue agonie d'un condamné à mort, mardi soir en Oklahoma, illustre la grande confusion des États américains qui, en panne de barbituriques pour procéder à leurs exécutions, bataillent pour trouver une solution de repli.

La Maison-Blanche a estimé que les circonstances de l'exécution de Clayton Lockett n'avaient pas respecté les critères d'«humanité». «Même quand la peine de mort est justifiée, elle doit être appliquée avec humanité», selon Jay Carney, le porte-parole du président Barack Obama.

Quelques minutes après le début de l'injection d'un nouveau cocktail létal, qui n'avait jamais été testé aux États-Unis, Clayton Lockett, condamné pour le viol et le meurtre d'une jeune femme, «a été pris de convulsions, soulevant la tête et la poitrine de la table d'exécution, tremblant, agitant la tête et grognant des mots inaudibles», a raconté un journaliste local Graham Brewer, une version partiellement confirmée par les autorités pénitentiaires.

Le rideau a alors été fermé, empêchant les quelques témoins d'en voir davantage. Peu après, dans une grande confusion, le directeur des prisons, Robert Patton, a invoqué «l'échec de l'intraveineuse» et ordonné l'arrêt de l'exécution.

Mais les trois produits ayant déjà été injectés, Clayton Lockett a succombé à «une crise cardiaque foudroyante» exactement 43 minutes après le début de l'injection, contre une dizaine de minutes habituellement. Dans la foulée, le directeur Patton a décrété le report de 14 jours de l'exécution suivante, programmée deux heures plus tard, celle de Charles Warner.

La gouverneure de l'Oklahoma, Mary Fallin, qui défend farouchement le recours à la peine capitale pour les crimes de haine, a accepté le principe d'«un réexamen indépendant des procédures» d'exécution de l'État, à la demande d'avocats et observateurs, ainsi qu'une autopsie pour déterminer les causes de la mort.

Mais la France, par la voix de son ministère des Affaires étrangères, ainsi que plusieurs organisations de défense des droits de l'homme, en demandent davantage, en exhortant l'Oklahoma à «établir un moratoire en vue d'une abolition de ce châtiment».

Depuis cinq à sept ans, plusieurs État américains ont choisi d'abolir la peine capitale, notamment à cause «de l'incroyable difficulté à conduire les injections létales de manière transparente et conforme au 8e Amendement», qui interdit toute «punition cruelle et inhabituelle», explique Lyn Entzeroth, professeur de droit à l'Université de Tulsa, en Oklahoma.

«Improvisation et cacophonie»

En raison du refus des fabricants européens de fournir l'anesthésiant le plus courant (pentobarbital) pour des exécutions humaines, les 32 États pratiquant encore la peine capitale «ont de très grandes difficultés à trouver des barbituriques et s'échinent à chercher» une source d'approvisionnement, a expliqué Deborah Denno, professeur de droit à la Fordham University.

Ils changent de procédure ou se tournent vers les très controversés préparateurs en pharmacie, dont les médicaments ne sont pas homologués par les autorités fédérales.

«Cela force les États qui utilisent l'injection létale à improviser, et cette improvisation crée cette cacophonie dans les exécutions», a observé Robert Blecker, professeur à l'Ecole de droit de New York.

Les rares laboratoires acceptant de fournir les produits pour le châtiment suprême le font dans le plus grand secret, de peur de représailles, et les États préfèrent taire leur source d'approvisionnement de crainte d'être la cible d'incessantes procédures judiciaires.

M. Blecker, auteur de The Death of Punishment et ardent défenseur de la peine de mort, se félicite en tout cas que cette controverse permette de rouvrir le débat sur des méthodes alternatives à l'injection létale.

Chaise électrique, pendaison, chambre à gaz... «Je suis personnellement favorable au peloton d'exécution, qui reconnaît qu'il s'agit d'une punition et ne prétend pas être de la médecine», dit le Pr Blecker, qui s'est toujours opposé, pour cette raison, à la généralisation de l'injection létale.

«Les procédures d'injection létale ne marchent simplement pas dans ce pays», renchérit la Pr Denno, experte des méthodes d'exécution, alors «les autorités pénitentiaires essaient quelque chose de différent».

Le Tennessee a déjà approuvé le retour à la chaise électrique, la Géorgie, la Virginie, l'envisagent, tandis que le Missouri et le Wyoming parlent de renouer avec le peloton d'exécution, mais «ils n'en sont qu'au stade de la discussion».




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