Sécheresse en Californie: possiblement la pire en «un siècle»

Une bouée d'avertissement repose sur une terre craquée... (PHOTO RICH PEDRONCELLI, AP)

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Une bouée d'avertissement repose sur une terre craquée alors que le lac Mendocino s'assèche, près de la ville d'Ukiah, en Californie, le 4 février.

PHOTO RICH PEDRONCELLI, AP

Michael THURSTON
Agence France-Presse
Los Angeles

Nathan Carver plisse les yeux de désespoir. Cinq générations que sa famille élève du bétail sur cette terre de Californie. Mais au lieu du tapis de verdure qui y pousse en cette saison, ses vaches gambadent sur un sol lunaire. La faute à la sécheresse.

«Mes grands-parents me racontaient le Dust Bowl, lorsque dans les années 1930, des tempêtes de poussière faisaient rage, que tout était sec. Mais, là, de mon vivant je n'ai jamais vu ça», souffle l'éleveur de 55 ans. «Si la sécheresse continue, je vais devoir prendre des mesures radicales».

Le mois dernier, Jerry Brown, le gouverneur de Californie, a décrété l'état d'urgence en raison de la sécheresse qui pourrait bien être la pire qu'ait connue l'État en un siècle.

Plus préoccupant encore, la très fertile Vallée centrale qui court du nord au sud de la Californie et est considérée comme le «grenier» des États-Unis, est très durement touchée.

Hormis quelques averses passagères, il n'a pas plu depuis le mois de novembre dans la région.

Et comme ses vaches n'ont plus d'herbe à brouter, Nathan Carver est forcé d'acheter du foin, qui se vend de 20 à 30 % plus cher, demande oblige. Plus radical encore, certains éleveurs se résolvent tout simplement à vendre leur bétail.

«Beaucoup d'éleveurs vendent tout. Arrivé à un certain point, quand il n'y a plus d'herbage, acheter du foin pour nourrir les vaches revient trop cher», explique M. Carver, dont le ranch se trouve près de Bakersfield, à trois heures de route au nord de Los Angeles.

«Déprimant et décourageant»

Ces temps-ci, les affaires ne semblent jamais avoir si bien marché à la vente aux enchères hebdomadaire de bestiaux de Famoso.

Justin Mebane, le patron du marché de Western Stockman, estime même que les choses pourraient très vite s'emballer si la sécheresse continue.

«Ça n'est que la partie émergée de l'iceberg», a-t-il récemment déclaré au Bakersfield Californian, le journal local. «S'il ne pleut pas, nous allons avoir énormément de travail. Les éleveurs vont devoir liquider leur cheptel».

En temps normal, un marché comme celui de Famoso devrait voir entre 200 et 300 bêtes passer chaque jour, renchérit Jack Lavers, membre de l'Association des éleveurs de Californie.

«En ce moment, il y en a plus de 1000 chaque jour», dit-il. Lui-même s'est déjà séparé d'un tiers de ses 400 têtes de bétail et il compte en vendre encore de 10 et 20 % dans les deux prochains mois.

Il ne fait en aucun cas figure d'exception. Des 1700 membres de son association, «je peux vous garantir que tout le monde a été affecté par la sécheresse. La situation est mauvaise depuis deux ans, mais cette année a été la pire de toutes», relève-t-il.

Outre les feux de forêt qui se sont multipliés, la Californie a vu le niveau de ses cours d'eau et de ses réservoirs baisser à vue d'oeil.

De son ranch, Nathan Carver voit les contreforts de la Sierra Nevada, le massif montagneux de l'est de la Californie.

Sa propriété a été fondée par l'un de ses aïeuls en 1837, bien avant la ruée vers l'or.

Et malgré la crise, l'éleveur n'entend pas céder. Il compte bien transmettre son ranch à l'un de ses quatre enfants.

«Chaque jour, je viens ici, je nourris les vaches et je fixe le sol sec, brun. C'est déprimant et décourageant», se lamente-t-il.

Pourtant, Nathan Carver jure de continuer à se battre, galvanisé qu'il est par le savoir-faire des générations précédentes et sa foi en Dieu.

«Ce qui nous pousse à continuer, nous les éleveurs, c'est notre espoir qu'il pleuve. Les éleveurs sont d'éternels optimistes. On espère toujours que l'année prochaine sera meilleure que celle en cours».




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