L'heure des décisions sur un début de retrait d'Afghanistan approche à grands pas pour le président Barack Obama, qui va devoir une nouvelle fois effectuer des choix lourds de conséquences sur la stratégie américaine dans ce pays après une décennie de guerre.

Stephen Collinson AGENCE FRANCE-PRESSE

En annonçant en décembre 2009 l'envoi de 30 000 soldats supplémentaires pour lutter contre les talibans, portant le total à près de 100 000, M. Obama avait promis que dès juillet 2011, «nos soldats commenceront à revenir à la maison».

Mais la Maison Blanche est restée depuis très vague sur l'étendue du retrait et a insisté sur le fait qu'il serait fonction de «la situation sur le terrain», même si de plus en plus de voix s'élèvent au Congrès pour demander la fin des coûteuses opérations dans le pays, en particulier depuis la mort d'Oussama Ben Laden le 2 mai au Pakistan.

Le Pentagone, où le secrétaire à la Défense Robert Gates est sur le départ, souhaiterait un retrait prudent. Des experts mettent en garde contre un départ soudain de soldats qui laisserait le champ libre aux combattants extrémistes, réduisant à néant des progrès «fragiles et réversibles» sur le terrain, selon l'expression de l'administration.

«Si M. Obama annonce le retrait en 2012 de tous les soldats» dont l'envoi avait été décidé en décembre 2009, «la guerre sera sans doute perdue», écrivaient la semaine dernière les universitaires Kimberly et Frederick Kagan dans le Wall Street Journal.

Mercredi, le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney, a affirmé que M. Obama se déciderait «bientôt», sans plus de détails. Il a indiqué que le président prendrait en considération «des recommandations de ses commandants» militaires comme le général David Petraeus, de M. Gates et de son équipe de sécurité nationale.

Des élus du Congrès ont des doutes sur la nécessité de continuer cette guerre, décidée dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001, et qui a coûté la vie à 1 500 soldats américains.

«Notre investissement actuel en soldats et en dollars n'est ni proportionnel à nos intérêts, ni supportable» à terme, a affirmé l'influent chef de la commission des Affaires étrangères au Sénat, le démocrate John Kerry.

«Malgré 10 ans d'investissements et de tentatives pour mieux comprendre la région et ses acteurs, nous restons dans un cycle certes de progrès, mais qui n'aboutit à une solution ni politique, ni militaire», a remarqué le sénateur républicain Richard Lugar.

L'administration américaine cherche du reste à minimiser l'importance de la date de juillet 2011. Elle met en avant depuis le sommet de l'OTAN à Lisbonne, fin 2010, sa promesse de transférer totalement aux forces afghanes la responsabilité de la sécurité du pays en 2014.

Cette échéance entre dans l'équation du choix présidentiel: si les forces américaines partent de toute façon dans trois ans, où est l'intérêt de continuer à dépenser des centaines de millions de dollars, en période de vaches maigres qui plus est, et de risquer des centaines de vies supplémentaires?

Et les rendez-vous politiques à venir aux États-Unis compliquent la donne: candidat à sa réélection en 2012, M. Obama devra répondre de ses choix à la lumière de leurs conséquences immédiates. Un retrait important suivi d'une hausse de la violence en Afghanistan pourrait peser négativement sur ses chances d'un nouveau bail à la Maison Blanche.