Les critiques de la guerre en Afghanistan se sont amplifiées mardi à Washington après les révélations massives de documents secrets par le site Wikileaks, qui jettent davantage le doute sur la stratégie de Barack Obama dans ce conflit impopulaire.

AGENCE FRANCE-PRESSE

«Réveille-toi Amérique. La publication par Wikileaks des documents secrets nous donne 92 000 raisons de mettre fin à la guerre», a lancé le représentant démocrate de gauche Dennis Kucinich, l'un des plus farouches opposants au conflit afghan, avant que la Chambre des représentants n'entame les débats mardi sur le financement de la guerre en Afghanistan.

M. Kucinich faisait référence aux quelque 92 0000 documents confidentiels révélés lundi, dont certains dénonçant le soutien présumé du Pakistan aux insurgés afghans.

Parallèlement, une résolution pour le retrait des troupes américaines du Pakistan présentée par M. Kucinich avec l'élu républicain libertaire Ron Paul doit être examinée mardi à la Chambre.

Les deux hommes, habitués de la contestation anti-gouvernementale, se fondent sur un texte de 1973, adopté après la guerre du Vietnam, qui donne au Congrès seul le pouvoir d'autoriser des conflits.

Comble de la contestation anti-guerre, le démocrate Dave Obey, président de la puissante commission chargé de répartir les fonds fédéraux, a décidé de voter «non» mardi au financement du projet de budget supplémentaire pour la guerre en Afghanistan.

«Le gouvernement afghan n'a pas fait preuve de la détermination, de la fiabilité et de la capacité de jugement nécessaires pour parvenir à une conclusion heureuse», a-t-il dit.

Les partisans de la guerre en Afghanistan appellent de leur côté à un financement sans délai des opérations de guerre et notamment de l'envoi des 30 000 soldats supplémentaires annoncés par le président Barack Obama en décembre. «Leur couper les vivres au milieu de ce combat équivaut à un abandon», a dit le républicain Howard «Buck» McKeon.

Mais M. McKeon a toutefois critiqué la stratégie de M. Obama qui prévoit un début de retrait américain en juillet 2011. Pour lui, la date de retrait «ne peut être dictée arbitrairement à Washington», mais elle doit suivre l'évolution des opérations sur le terrain.

L'ex-ambassadeur américain en Irak, Ryan Crocker, s'est inquiété mardi au Sénat de cette même date. M. Crocker craint que les talibans puissent voir cette date comme celle «à laquelle ils doivent s'accrocher», avant que les choses ne s'améliorent pour eux.

Face à l'agitation médiatique et la montée des critiques, le président Obama a affirmé mardi que les documents confidentiels sur l'Afghanistan ne révélaient rien de nouveau mais justifiaient sa décision de remettre à plat la stratégie américaine dans ce pays.

Le président s'est dit «inquiet» d'une telle fuite, susceptible de «menacer des personnes ou des opérations» sur le terrain. Mais «ces documents ne révèlent pas de problèmes qui n'ont pas déjà nourri notre débat public sur l'Afghanistan», a-t-il assuré devant la presse à la Maison-Blanche.

De son côté, le sénateur démocrate John Kerry s'est posé en défenseur de la stratégie du président Obama. «Je pense qu'il est important de ne pas en faire trop et de ne pas trop s'exciter sur la signification de ces documents», a-t-il déclaré lors d'une audition sur le conflit afghan à la commission des Affaires étrangères du Sénat.

«Le fait est que ces troupes sont là maintenant», a déclaré mardi à la presse le chef de la majorité démocrate de la Chambre, Steny Hoyer. Or «l'argent pour financer ces troupes, selon le Pentagone, sera épuisé au 7 août», a-t-il averti.