Le premier ministre britannique avait préparé sa visite de deux jours à Washington avec une lettre d'amour aux États-Unis publiée dans le Wall Street Journal, sans jamais mentionner BP. Or, les doléances des Américains face au géant pétrolier ont tenu le haut du pavé lors de la rencontre de David Cameron avec Barack Obama hier.

Mali Ilse Paquin, collaboration spéciale LA PRESSE

BP, BP et encore BP. Le premier ministre David Cameron espérait mettre l'accent sur différents dossiers, dont l'Afghanistan, lors de sa première visite à la Maison-Blanche. Sa rencontre avec Barack Obama a cependant été dominée par la marée noire et le rôle de BP dans la libération du terroriste de Lockerbie, le Libyen Abdelbaset Ali Al-Megrahi, en 2009.

Les Américains accusent leur bête noire pétrolière d'avoir obtenu la libération du terroriste en échange d'un permis d'exploration au large de la Libye.

David Cameron a réitéré maintes fois au cours de la conférence de presse à la Maison-Blanche qu'il a toujours pensé que la décision de relâcher Al-Megrahi était «une erreur» mais qu'elle appartenait à l'Écosse, où le Libyen était emprisonné.

«Je n'ai vu aucun document qui suggère que BP ait tenté d'influencer le gouvernement écossais en ce sens», a déclaré le premier ministre qui était chef de l'opposition à l'époque. «Si la société pétrolière a joué un rôle dans ce dossier, ce sera à elle de répondre à cette question.»

BP et la Libye

Le premier ministre de 43 ans a écarté l'idée de tenir une enquête britannique à ce sujet. Il a cependant promis que son cabinet réviserait les documents officiels concernant le Libyen de 58 ans, reconnu coupable de l'attentat qui a causé l'explosion d'un avion Pan Am au-dessus de l'Écosse en 1988.

«Nous voulons voir si certaines archives devraient être publiées, s'il y a eu pression pour obtenir sa libération et, si oui, pourquoi», a-t-il indiqué.

Atteint d'un cancer de la prostate, Al-Megrahi a été amnistié par compassion en août 2009. Des médecins ne lui avaient donné que trois mois à vivre. Son retour triomphal à Tripoli, en Libye, avait scandalisé les familles des 189 victimes américaines de l'attentat ainsi que Hillary Clinton, très engagée dans ce dossier. Al-Megrahi est toujours vivant.

Le Congrès américain soupçonne ainsi BP d'avoir fait pression en 2007 pour le faire libérer. En janvier 2008, quelques semaines après un accord de transfert de prisonniers entre la Grande-Bretagne et l'état nord-africain, BP avait obtenu un contrat de 900 millions de dollars pour explorer la côte libyenne.

Enquête

David Cameron a également rencontré hier soir quatre sénateurs démocrates qui président l'enquête du Congrès sur cette affaire. Des dirigeants de BP devraient être appelés à témoigner, tout comme les médecins d'Al-Megrahi. Les audiences débuteront le 29 juillet.

Le premier ministre avait d'abord décliné l'invitation des sénateurs à cause de son horaire «trop chargé», avant de se raviser.

Barack Obama a montré son appui à la démarche du Congrès. «Tous les faits devraient être exposés. J'ai confiance que le gouvernement du premier ministre Cameron sera coopératif», a-t-il dit.

Sur la corde raide

David Cameron devait accomplir hier l'exercice périlleux de sympathiser avec les Américains sans ternir davantage la réputation de BP. Le géant pétrolier, qui était la première entreprise britannique avant la catastrophe, a perdu la moitié de sa valeur. Près de 40% de ses actions sont détenues aux États-Unis comme en Grande-Bretagne.

Le conservateur, au pouvoir depuis le 6 mai, a rappelé que la survie de BP était dans l'intérêt tant des Américains que des Britanniques. «Je comprends la colère des États-Unis. Mais ce serait une bonne chose pour nos deux nations que la société redevienne forte et stable», a-t-il affirmé.

Obama et Cameron, qui se sont appelés par leur prénom lors de la conférence, ont également abordé l'Afghanistan, l'économie et l'Iran au cours de leur discussion «chaleureuse» de trois heures.

Interrogé sur son homologue américain, David Cameron a répondu: «J'ai rarement rencontré quelqu'un d'aussi calme et cool.»

EN CHIFFRES

1,2

Pertes, en milliard de dollars, attendues d'ici la fin de l'année à cause de la marée noire.

7,4

Pertes, en milliards de dollars, qui pourraient être subies dans la région du golfe du Mexique si la marée se poursuivait jusqu'en décembre et avec le moratoire décidé par le président Obama sur le forage en eaux profondes jusqu'à la fin de l'année.

7

Total de l'accord, en milliards, que BP a annoncé hier avoir conclu avec son concurrent américain Apache pour lui vendre 7 milliards d'actifs, réalisant d'un coup la plus grande partie des cessions auxquelles elle s'était engagée pour compenser le coût de la marée noire. Les actifs cédés se trouvent aux États-Unis, au Canada (Alberta et Colombie-Britannique) et en Égypte.

Source: données de l'agence de notation Moody's, rapportées par l'AFP