Un lieutenant-colonel des Marines américains, blanchi en 2008 dans l'affaire de la tuerie de Haditha, le pire crime de guerre reproché aux Américains en Irak, a été poussé à la retraite anticipée par sa hiérarchie, affirment lundi ses avocats.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Jeffrey Chessani, le plus haut gradé à avoir été inculpé dans une affaire de crime de guerre en Irak depuis l'invasion du pays en 2003, avait été traduit en cour martiale pour avoir «manqué à son devoir d'officier» et ne «pas avoir exécuté un ordre légal», avant de bénéficier d'un non-lieu en juin 2008.

«Le lieutenant-colonel Jeffrey Chessani a vécu vendredi 16 juillet son dernier jour de service actif», écrivent dans un communiqué ses avocats du Thomas More Law Center, une institution à but non lucratif qui affirme défendre «la liberté religieuse des Chrétiens, les valeurs familiales et la sainteté de la vie humaine».

Après le non-lieu de Jeffrey Chessani en cour martiale, «le gouvernement, toujours à la recherche d'un bouc-émissaire, a convoqué une commission d'enquête pour examiner d'éventuelle fautes de conduite», poursuivent les avocats dans un communiqué publié sur le site web de l'institution.

«Le 11 décembre 2009, la commission d'enquête a jugé que Jeffrey Chessani n'était pas coupable de mauvaise conduite mais a décidé qu'il devrait prendre sa retraite», ajoutent-ils. Une décision entérinée le 25 juin par le Secrétaire de la Navy, selon les avocats.

Le lieutenant-colonel Chessani n'était pas directement mis en cause dans la tuerie qui avait coûté la vie à 24 civils irakiens, mais le parquet lui reprochait de n'avoir pas correctement enquêté sur l'affaire.

Les faits remontaient au 19 novembre 2005, lorsqu'un militaire américain participant à une patrouille avait été tué par une bombe artisanale placée en bord de route dans le village de Haditha, à 260 km à l'ouest de Bagdad.

Selon les avocats des Marines, des insurgés cachés dans des maisons civiles avaient alors commencé à tirer, et un combat s'est engagé, dans le respect des règles d'ouverture du feu fixées par le haut commandement.

Toutefois, selon l'accusation, il n'y avait pas d'insurgés et les militaires se sont lancés dans trois heures de tuerie pour venger leur camarade, abattant même les cinq occupants d'un taxi qui s'approchait du quartier. Parmi les victimes, 10 étaient des femmes ou des enfants, tués à bout portant.

Sur les huit Marines inculpés dans cette affaire, sept ont été blanchis. Le procès du huitième, le sergent Frank Wuterich, doit débuter le 13 septembre prochain.