Décimés par la crise, les journaux américains se sont vu offrir une bouée de sauvetage par un sénateur démocrate: devenir des organismes à but non lucratif. Exemptés d'impôts, ils pourraient continuer à couvrir l'actualité mais n'auraient plus le droit de prendre position en faveur d'un parti politique.

Karim Benessaieh LA PRESSE

Le projet de loi, baptisé Newspaper Revitalization Act, a été déposé mardi par le sénateur du Maryland, Benjamin Cardin. Il a été mis à l'ordre du jour du comité des finances du Sénat qui en étudiera les détails. On ignore quand il sera de retour devant les sénateurs pour le vote, ni quelles sont ses chances d'être adopté.

 

«Nous sommes très optimistes, a déclaré à La Presse Susan Sullam, directrice des communications du sénateur Cardin. Depuis l'annonce, cela suscité tout un débat.»

Lors de son discours devant le Sénat, mardi, Benjamin Cardin a longuement dépeint l'état de l'industrie américaine des journaux, qui a perdu 25% de ses recettes publicitaires en 2008. Les banqueroutes et les annonces de compressions se sont multipliées, mettant en danger ce que le sénateur a qualifié de «rouage indispensable de la démocratie». «Du Watergate aux ravages du tabac en passant par Enron, les journaux ont aidé à informer le public sur les enjeux importants de notre époque.»

La Loi sur la revitalisation des journaux permettrait à ces publications d'obtenir un statut équivalent aux diffuseurs publics comme PBS, et leur interdirait tout militantisme politique. Leurs revenus de publicité et d'abonnements seraient soustraits à l'impôt et ils pourraient recourir à des campagnes de souscription. Comme les profits des journaux se sont effondrés ces dernières années, le gouvernement ne perdra pratiquement pas un sou, a plaidé le sénateur. Le but de cette loi est de venir en aide aux petits journaux locaux, et non aux publications appartenant à de grands groupes de presse. «Nous sommes en train de perdre notre industrie des journaux, et c'est une réelle tragédie pour nos communautés à travers le pays et pour notre démocratie», estime le sénateur Cardin.

Une telle loi pourrait-elle être exportée au Canada? L'idée déplaît souverainement à André Lareau, professeur en droit fiscal à l'Université Laval. «Pourquoi cible-t-on les journaux, et pas l'industrie forestière, ou le concessionnaire automobile du coin tant qu'à y être? Ce n'est pas très sérieux.» Les organismes à but non lucratif, estime-t-il, ont essentiellement comme mission de soulager la pauvreté dans la société. Aussi important soit-il, le rôle de diffusion de la connaissance des journaux n'a rien à voir avec cette mission. «Il faut garder l'esprit de la charité pour ceux qui en ont besoin. Si l'État veut intervenir, qu'il le fasse directement, et qu'il en paie le prix politique.»