Barack Obama a bâti sa carrière sur son opposition à la guerre en Irak mais, désormais président, il se retrouve face à un exercice politique délicat: convaincre les Américains de renforcer l'engagement de leur pays dans un autre conflit, l'Afghanistan.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Le président américain doit annoncer dans les prochains jours sa nouvelle stratégie pour l'Afghanistan, où la guerre dure depuis sept ans. Ses projets d'y déployer davantage de personnel civil, d'entamer un dialogue avec les insurgés les plus modérés et d'augmenter la taille de l'armée afghane ont de bonnes chances d'être soutenus par l'opinion publique américaine.

Mais la question d'envoyer plus de troupes au front risque d'être plus controversée et de lui coûter des points de popularité.

«Je ne suis pas contre toutes les guerres, je suis contre les guerres stupides», avait déclaré M. Obama lors d'un fameux discours prononcé en 2002 contre une intervention en Irak.

Sa détermination à mettre fin à l'impopulaire guerre en Irak a joué en sa faveur dans la course à la Maison-Blanche face au républicain John McCain.

Mais pour convaincre les Américains que le conflit afghan en vaut la peine, il devra parvenir à démontrer son caractère vital pour la sécurité des États-Unis et fixer des objectifs clairs.

Aujourd'hui, Barack Obama jouit d'un fort soutien pour sa politique d'envoi de renforts en Afghanistan (63% d'opinions favorables, selon un sondage publié en février par CNN), mais seuls 47% soutiennent cette guerre, contre 51% d'opposants.

Et d'après une enquête menée début mars par l'université Quinnipiac, les Américains sont partagés sur la demande de l'état-major d'envoyer encore 13 000 soldats de plus à Kaboul: seuls 47% s'y disant favorables, contre 43% opposés.

«Le soutien à une augmentation de la présence militaire en Afghanistan est mou», commente Peter Brown, directeur adjoint de l'institut de sondage de Quinnipiac.

Les plus farouches opposants à cette escalade sont les Noirs, les femmes et les personnes à faibles revenus, soit des catégories qui ont voté Obama pour qu'il termine la guerre en Irak.

Et «plus le nombre de victimes va augmenter, plus les gens vont être sceptiques via-à-vis de l'effort mené là-bas», souligne le chercheur.

L'année 2008 a été l'année la plus meurtrière pour les troupes américaines en Afghanistan depuis leur arrivée en 2001, avec 155 morts, contre 117 en 2007, selon le décompte du site indépendant icasualties.org.

La tendance inquiète certains partisans de M. Obama, qui craignent que l'Afghanistan ne vienne gâcher sa présidence, comme le Vietnam l'avait fait pour Lyndon Johnson et l'Irak pour George W. Bush.

«Nous devons repenser le conflit mené en Afghanistan car ces questions fondamentales pourraient complètement ruiner toutes les choses extraordinaires entreprises par Obama», estime le réalisateur Robert Greenwald, auteur d'une campagne anti-guerre baptisée «Bien faire en Afghanistan». «Envoyons 17 000 docteurs, 17 000 professeurs» au lieu de soldats, suggère-t-il.

Pour l'heure, les initiatives du président bénéficient d'un fort soutien au Congrès américain.

Mais une hausse des morts américains au combat pourrait mettre la pression sur les parlementaires, confrontés à des élections en 2010.

Un groupe de quinze parlementaires des deux bords politiques a récemment appelé le président à ne pas déployer plus de soldats en Afghanistan avant d'avoir élaboré une stratégie de sortie.

«Envoyer 17 000 troupes et continuer à lancer des frappes sur le Pakistan ne constitue pas franchement un changement de politique» par rapport à l'administration Bush, a déploré le conservateur Ron Paul.