(Washington) Un croiseur américain et un destroyer russe ont évité de peu la collision vendredi en mer de Chine, selon les armées russe et américaine qui se rejettent mutuellement la responsabilité de l’incident dans un contexte de relations dégradées entre les deux pays.

Sylvie LANTEAUME
Agence France-Presse

«Dans le sud-est de la mer de Chine orientale […], le croiseur USS Chancellorsville a soudainement changé de cap et coupé la route du destroyer russe Amiral Vinogradov à seulement 50 mètres du navire», a indiqué le service de presse de la flotte russe du Pacifique, cité par les agences de presse russes.

«Pour éviter la collision, l’équipage de l’Amiral Vinogradov a été contraint à une manœuvre d’urgence. Une note de protestation a été émise à l’encontre du croiseur américain soulignant le caractère inadmissible de telles actions», précise l’armée russe.

Dans un communiqué, la 7e flotte américaine a répliqué en accusant le navire russe de «manœuvre dangereuse» et «non professionnelle», et en publiant une vidéo et des photos qui semblent montrer que c’est le navire de guerre russe qui est arrivé par l’arrière et a changé de cap pour s’aligner à quelques mètres du navire américain.

«Le Chancellorsville récupérait son hélicoptère à cap et vitesse constants quand le navire russe a manoeuvré» et s’est approché trop près du croiseur américain en mer des Philippines. «Cette action dangereuse a forcé le Chancellorsville à faire machine arrière et à manœuvrer pour éviter une collision», poursuit le communiqué américain.

Le chef du Pentagone, Patrick Shanahan, a indiqué que l’armée américaine allait en discuter directement avec l’armée russe et que les États-Unis protesteraient officiellement auprès du gouvernement russe.

Mais cet incident «ne nous dissuadera pas» de poursuivre nos opérations, a-t-il ajouté.

Selon un responsable de l’US Navy, la manœuvre russe est contraire aux règles internationales de navigation, qui stipulent qu’un navire arrivant par l’arrière et voulant dépasser un autre navire a pour responsabilité de s’assurer de la sécurité du navire qu’il double.

En outre, l’appontage d’un hélicoptère est une manœuvre délicate, qui impose au navire de maintenir un cap et une vitesse constants, a ajouté ce responsable ayant requis l’anonymat, pour justifier le fait que le navire américain n’a pas ralenti à l’approche du navire russe.

Bain de soleil

REUTERS

Une vidéo publiée par l’armée américaine montre le navire russe croisant tout près de l’USS Chancellorsville.

À cause de l’arrivée du navire russe, l’hélicoptère a renoncé à apponter, a-t-il précisé.

La vidéo publiée par l’armée américaine montre le navire russe croisant tout près de l’USS Chancellorsville, et l’on aperçoit même des marins russes en train de prendre un bain de soleil à la poupe de l’Amiral Vinogradov.  

Deux photos également mises en ligne par l’US Navy montrent que le sillage du navire américain est en ligne droite et peu marqué, tandis que celui du navire russe est très visible, ce qui apparait indiquer une vitesse supérieure. Le sillage de l’Amiral Vinogradov est courbe, ce qui montre qu’il a changé de direction pour s’aligner sur l’USS Chancellorsville.

Un sénateur russe, Alexeï Pouchkov, a estimé sur Twitter que cet incident risquait de «détériorer gravement les relations entre les deux pays», évoquant «l’atmosphère d’hystérie constante au sujet de la Russie dans les cercles politiques américains».

«C’est marcher sur le fil du rasoir», a-t-il ajouté, sans désigner de responsable dans cet incident.

Les incidents entre des navires des deux pays, s’accusant mutuellement de manœuvres dangereuses, se produisent à intervalles réguliers, mais le plus souvent en mer Baltique ou Méditerranée.

Les incidents en mer de Chine opposent généralement l’US Navy à des navires de guerre chinois, lors d’opérations américaines de patrouille des couloirs de navigation à proximité d’îlots disputés.  

Cet incident est intervenu le jour même où le président chinois Xi Jinping effectuait une visite officielle en Russie, où le président russe Vladimir Poutine a accusé Washington «d’étendre sa juridiction au monde entier».